‹ Les affaires d'HaitiChapitre 43 sur 48 · LEURS GRANDES VERITES · texte numérisé non relu

LEURS GRANDES VERITES

Dans la rnagistrale préface de son Histoire du XlXèihe sièchCj Michèlet dit ceci: «L'histoire! ne fera jamais rien si elle «ne perd le rœ.pect. Le sacrilège là raillerie des faux dieux. «C'tôt le premier devoir de l'historien, son indispensable ins- «tniment pour rétablir la vérité- Mais il faut que la moquerie «soit 'rexQKession d'un mépris sérieux^ profond solidement fondé.»

C'est aussi le premier devoir du journaliste cet historiJeai de l'heure présente de dire les faits !e plus crûment^ le plus nettement possible, de déchirer virilement les masques derrière lesquels s'agitent les pantins qui, tr<^ souvent^ font l'histoire.

Le journal l'Américpe qui se publie à Gand^ en Belgique^

(1) Ecrit le 10 août 1883. Je sais bien qu'on me reprochera toute ma vie les violences, les sacrilèges, les railleries des faux dieux que contient ce livre. Au lieii de m'en repentir, je m^urpplaudis de ma colère. Elle a trop duré, elle a été trop soutenue pour qu'elle n'ait pas été stn„ cère et Tiécessaire. Si tant était qu'um citoyeii eût besoin de s'excuser d'être violent <dors cfu'il défend à l'étranger son pays et sa race, attaqués par des com,patrU>tes et des congénères, voici mes excuses: j'écris vais en pleine hatadle, féixiis personnellement attaqué, caUymttiié chaque jour, je jouais gros jeu, ma patrie était en danger, je signais tous m,es articles et mes adversaires qui ne sigyiaient jamais les leurs étaient encore ktien plus violents que moi. De plus, tous mes articles sont des ripostes. Qui riposte à demi fait preuve de peu d'énergie ou physique ou mentdte.

insérait dans son numéro du 19 Juillet 1883^ et sous l'anonyme d'un Haïtien, confesse-t-il^ les lignes suivantes:

«Nous avons lu dans le journal «Paris» du 6 Juillet, une •«lettre réfutant les grandes vérités (sic) publiées par la «France sur les événements d'Haïti»

Or parmi les «grandes vérités» publiées par la France du 18 Juin il faut signaler ceU^ contenues dans cet alinéa : «P «serait à craindre que exaspéré et voulant à tout prix con* «server la présidence, Salomon ne mît à exécution la menace «qu'il a faite il n'y a pas longtemps, de décl^îner sur les «Haïtiens ces hordes dé bandits montagnards connus sous le «nom de piqiiets (1) et dont la génération actuelle ne i»ut se «rappeler sans frémir les atrocités commises, il y a quarante- « trois anSj alors que Salomon père ce cynique aventurier les «arma poiu* la première fois contre la population hostUe à ses «desseins»

L'article où l'on parlait de «cette grande vérité» qui, dès qu'on l'a réfutée n'est plus une vérité était précédé dtesi mots que voici de la direction, probablement du journal «l'Amérique»: «Un de nos correspondants! haïtiens nous adresse la note suivante sur les affairep d'TEIaïti» etc.

Et dans la «France» du 3 Juillet, je rdève les «grandes vérités» suivantes qui^ comme celles du paragraphe cidesssus transcrit ont été réfutées, attendu quelles sont

(1)\A la façon dont cette phrase est construite om, croirait qite, dans V esprit de son rédacteur, il y a en Haiti deux espèces de citoyeTis : les Ha^itiens et les piquets. Il semble même que, pour lui, les piqitets ne sont pas des Haïtiens. C^est pharamineux! Le plus piqvAnt c'est que jusquHci ce sont ces "bandits rTwnta.gnards» qui paient seuls tous les impôts, y compris cehii du sang.

aussi autant d'erreurs historiques politiques et sociologi* ques^ qiie de fautes de géographie.

«La plupart des présidents d'Haïti ont été des dictateurs militaires, qui se sont emparés du pouvoir^ appuyés sur une indigne tourbe de nègres capables de tous les excès...

«Le président Geffrard, s'appuyant sur luie minorité inteUi- «gente^ celle des gens de couleur ou des mulâtres (1) dont «beaucoup ont fait leur éducation en France a fait un mo- «ment oublier aux Haïtiens leurs longues misères passées «(2)^ mais voici que le président actuel, le nègre Salomon, «en enrôlant autour de lui les pires des noirs recommence «les ignobles méfaits de Soulouque (3)».

«n a exilé emprisonné, fusillé tous les bons citoyens (4)

(1) Haiti est une république démocratique où le suffrage universel existe et fonctionne: elle ne saurait être gouvernée par une Ttiinorité. Et si cette minorité fait écrire que la majorité — de vingt contre un — « est une indigne tourbe de nègres », non seulement elle commet un double mensonge, mais encore elle fait preuve par deux fois de son ineptie politique.

(2) Cest peut-être pour cela que, sous son gouvernement, il y avait au moins une révolte tous les ans.

(3) Geffrard a commis plus de méfaits que Soulouque. L'histoire tnettra chacun à sa place.

(4^ Si tous les bons citoyens sonn4, fusillés ou emprisonnés, ceux git? sont en ce moment des rebelles ne sont donc pas de bons citoyens?

pillé le Trésor public (1) et réduit à néant les échanges de cette île merveilleuse (2).

«Un beau jour^ le 27 Mars dernier les honnêtes gens (3) se sont révoltés contre le tyran et se sont tout d'abord emparés de Miragoâne, dans la baie d'Haïti (sic) (4).

«Toute la population travailleuse va se soulever peu à pei» contre le dictateur (5). D veut enrôler tout le monde et donne à ses soldats nègres la paie dérisoire de 7 francs 50 par mois soit un doUar et demi^ qu'il ne leur paie point de sorte qu'ils n'ont qu'à compter sur le pillage et le désordre pour vivre et se maintenir...

«Port-au-Prince a une population de 28.000 âmes. Les «prisons regorgent. On compte plus de douze cents citoyens «emprisonnés (6) et de temps en temps il en disparait quelle Ce sont justement les ^^honnêtes gens' qui, à Jticmel, ont pillé le trésor de cette ville Vannée dernière, au début de leur insurrection, O honnêtes gens! que vous nous la baillez bonne?

(2^ Ceci est une niaiserie économique. Qui veut trop prouver ne prou ve rien. Denys de Syracv^e lui-même n'aurait jamais pu réduire à néant les échanges de la Sicile.

(3) Il en restait donc. Je les croyais tous 'iusillés ou emprisonnés*. Que de contradicUons! Et quelle logique!

(4() Una baie d'Haijti/ Où çà peut-il bie^i être? Mon Dieu, que ces géographes sont ignorants! Pas une de leurs cartes qm jasse mention de cette baie d'H<Liti. Je le dirai à M. Levasseur, de Vlnstitut.

(5) Elle se souleva, mais en faveur du «dictateur^, mauvais prophète.

(6,) Sans com/pter les femmes, les enfants et les vieillards, comme on dit dans la Bible.

«cpies^uns (1). On dit alors quils sont «soirtis du dbemin»,. «c'est-à-dire qu'on les a fusillés...

«Depuis quatre-vingts ans que ce pays est en république (2)^ il y a eu plus de soixante-dix révolutions (3).

«Tous les étrangers qui résident en Haïti font des vœux «pour le succès de ceaix qu'on est convenu d'appeler des <«rebelles (4) mais qui composent véritablement le parti li- «béral, et pour la défaite de Salomon^ le dictateur, qui commande le parti militaire et autoritaire»

Le rédacteur de «^la France» signataire de l'article du 3 Juillet dont je vi«is de rapporter quelque paragraphes en les mettant entre guillemets, sans doute éclairé par mon article du «Paris» du 6 Juillet et par mon ouvrage : La République d'Haïti et ses Visdteurs dont je lui offris un exemplaire, a reconnu que sa bonne foi avait été surprise par ce même

(1) Ce qui vn^étorme, c'est cpiHl ait oublié de prétendre qu'on les man. geait et que les meilleurs morceaux étaient réservés pour la table des agents diplomatiques accrédités en Hditi.

(2) Erreur encore. De 1849 à 1859 inotamment U a été en empire; or son indépendance ne date que de 1804.

C3I)Bé quelques autres encore. De telle façon que VEspagne rwus jait concurrence sur ce point, la jalouse, elle qui, s'il ert faut croire le Rappel a eu cent ciiiqtMnte révolutions et plus, depuis quatre-vingts ans.

(4) Ils faisaient peut-être des voeux pmir les rebelles, mais ces voeux devaient être bien platoniques, bien discrets car ils signaient aussi des adresses flatteuses qu'ils envoyaient au président Salcnnon et mettaient spontanément a sa disposition un mitlion d'un seul coup. Voir plus haut à mon article du Paris du 6 juillet, page 32,

Haïtien sous Finspiration duquel il avait publié son article dans «la France» du 18 Juin,

Que de calomnies contre le peuple d'Haïti sont accumulées comme à plaisir dans ces quelques lignes guLUemetées au long!...

Le dégoût vous monte aux lèvres quand on pense que ces lignes ont été conune dictées par un Haïtien^ et qu'un autre Haïtien a pu trouver qu'elles renfermaient de «grandes vérités».

Ces deux Haïtiens traîtres à leur patrie, se disent libéraux. J'ai déjà prouvé que les prétendus honnêtes gens^ les fameux libéraux de Miragoâne et de Jérémie, n'étaient que des anti-nationaux dépourvus de toute patience et de toute prévoyance politiques.

Les badauds et les superficiels les tenaient pour savants et patriotes, mais leur tentative de Miragoâne prouve^ une fois encore qu'ils ne sont que des fantoches et d'exécrables citoyens.

Ce sont eux, ce sont leurs chefs qui ont des préjugés de couleur contre les noirs dHaïti : tous leurs actes et tous leurs écrits le prouvent.

Leurs complices de l'étranger qui font publier des rapsodies dans l'Amérique de Gand, ceux qui prudemment se tiennent dans l'ombre pouin parier de ïeur «dignité» ou pour adresser

(1) 'Celui qui insulte son pays à l'étranger commet une trahison en, vers sa nation, parce que l'étranger a toujours des intérêts opposés à ceux de la nation dams les affaires de laquelle il veut intervenir.» Funck-Brentano. Cours de Droit des Gens professé à l'Ecole des Sciences Politiques. Leçon du 22 janvier 1884. Notes perswinelles.

des lettres sous des noms supposés aux journaux de Paris ^ lettres rédigées en style d'épicier et dans lesquelles ils font d'ignobles réclames à des assassins, fils d'assassins ceux-là seront à jamais couverts d'opprobre et d'ignominife.

Ils ont beau supposer dans leur non-pareiUe vanité, qu'ils sont les plus intelligents les plus capables et que, seuls, ils gouverneront toujours le peuple haïtien, ils se trompent : ils ne sont ni les plus forts, ni les plus adroits.

Et la preuve la meilleure, c'est l'empressement ridicule, c'est la rage qu'ils mettent à escompter l'avenir d'Haïti, c'est leur aveuglement quand ils insultent le peuplé qu'ils ont la prétention de diriger c'est leur candeur sans seconde quand ils le font appeler ignorant et voleur.

Toutes les fois qu'ils ne sont point au pouvoir pour eux, la nation haïtienne n'existe plus.

Ils ont beau me menacer d'exil ou de mort qu'ils soient vainqueurs ou vaincus, il ne nïe feront pas peur.

Je parlerai toujours, j'avertirai mes frères; je leur dirai qu'on les veut tromper; je répéterai qu'un gouvernement de la majorité par la majorité et par ceux qui respectent la majorité est seul possible en Haïti; je sonnerai le clairon jusqu'au jour où mes poumons éclateront.

La nation haïtienne tout entière est représentée dans la Chambre et le Sénat, dans l'Assemblée nationale- Or voici les nobles et fortes paroles que, le 16 Juillet dernier au cours de la séance d'ouverture au Parlement, le président de l'Aœemblée nationale, l'honorable M. Montasse, adressait au général Salomon, président d'Haïti;

«L'Assemblée nationale vous donne Président, par mol

organe, iassurance de sa ferme volonté de concourir avec vous, à tout ce qui tendra au rétablissement de la paix publique, au relèvement de nos finances à la régénération de la patrie.

«Ne perdez pas courage, Président le pays debout à vos côtés, a les yeux fixés sur vous; il vous soutient, vous ne faillirez pas à la tâche.»

Ce sont là des paroles sacrées; ce sont tous les citoyens qui s'expriment par la voix du président de l'Assemblée nationale; c'est la nation qui parle.

Puisque les rebelles ont osé dire que les deux Chambres qui soutiennent le président d'Haïti étaient composées «des pires des noirs»; puisque ces étemels révoltés par ces seuls mots ont insulté la nation tout entière; puisque ces menteurs ont pris le fusil eh bien! peuple haïtien toujours moqué et ruiné par eux, prends aussi le fusil, aide.toi de toute arme et fais-toi justice, une fois entre toutes de ce millier d< politiciens à réputation surfaite ou usurpée qui occupent Mi. ragoâne, Jérémie et Jacmel; fais-toi respecter par tous leurs complices de l'intérieur et de l'extérieur.

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