PROTECTORAT
Nous engagerons vivement les trafiquants étrangers qui habitent Haïti à respecter la nation qui leur donne l'hospitalité à ne pas se moquer d'elle.
Ils envoient par le monde une foule de dépêches aussi courtes qu'absurdes par lesquelles ils cherchent à faire croire que le gouvernement haïtien demande le protectorat d'une grande puissance européenne ou américaine.
Haïti n'a besoin d'être protégée par personne pour se développer. Elle n'a besoin pour vivre, ni du drapeau anglais, ni du drapeau étoile de la République fédérale^ ni du drapeau tricolore.
Nous savons parfaitement que derrière le protectorat viendrait l'annexion définitive c'est-à-dire la mort de la patrie l'extinction du génie haïtien. On convoite Haïti parce qu'on veut commander la route de Panama.
Nous ne saurions nous prêter sans hiuniliation et sans honte à ces combinaisons perverses de quelques marchands d'hommes aussi insolents que cupides
Nous sommes Haïti et nous voulons rester tels ou mourir tels que nos pères de 1804 nous ont faits.
Haïti c'est la race noire indépendante, se gouvernant ellemême, ayant ses lois ses usages^ ses moeurs^ sa vie politique qui ne le cèdent en rien à ceux de plusieurs pays européens ou américains.
Nous n'avons pas le droit de trafiquer d'un pareil héritage.
(1) Ecrit le 18 novembre 1883.
Nous n'avons pas. le droit de reculer devant les devoirs qui nous incombent.
La nation haïtienne est lumière. Elle marche malgré les secousses apparentes. La race noire la regarde, pense à elle et en elle.
Quand on est si haut on peut mourir^ mais on n'a pas le droit de descendre ou de déchoir.
Nation nous sommes et non colonie.
Nous voulons rester nation.
Nous avons du sang d'orgueilleux dans les veines.
Que nul ne l'ignore-