‹ Les affaires de CréteChapitre 29 sur 60 · Livre bleu, p. 19, 3o · texte numérisé non relu

Livre bleu, p. 19, 3o

a. Livre jaune, p. 254. Dépêche au consul de France ; Je vous prie de me renseigner sur les conditions de Temprunt, etc. Voir toute cette dépêche pressante et un peu fébrile.

LES DIPLOMATES Io3

politique au Levant. Les ministres passent. Il semble que cette théorie survive et s'impose à tous. Je l'ai entendu émettre publiquement, Il peu près en ces termes : notre rôle commercial et politique au Levant est fini ; notre commerce ne peut plus lutter contre la concurrence anglaise et surtout allemande ; notre politique d'autrefois, à savoir la défense et la protection des chrétiens, pourrait nous mettre en conflit avec notre alliée du jour ; il ne nous faut donc plus considérer la Turquie que comme une table ouverte où, par tous les moyens, nous tâcherons d'étendre la main et de vivre en parasites ; nous n'avons plus de commerce : nous ne voulons plus de protégés ; il nous reste la finance...

Il semble qu'un autre préjugé ait lourdement pesé sur notre politique. Le 5 juin 1896, l'ambassadeur français, qui rentre à Constantinople, après un mois d'absence, écrit à son ministre :

Je viens d'entretenir le Sultan de la situation en Crète. Il m'a remercié des instructions de Votre Excellence. Elles lui ont paru inspirées « par l'amitié la plus sincère ».

Les dépêches du consul et les avertissements de l'ambassadeur ne peuvent rien changer à cette amitié. Après l'assassinat des cawas et le premier massacre de La Canée (mai 1896), certaines

puissances veulent agir ; notre ministre ne donne son appui que sous la « réserve expresse » que l'on évitera toute ce intervention extérieure de nature à porter une atteinte quelconque à l'autorité du souverain* ». On ne peut alléguer ici la politique traditionnelle de la France et l'intégrité de l'Empire ottoman. Cette intégrité n'est pas en cause, car elle n'est pas incompatible avec l'établissement de provinces privilégiées, sous la suzeraineté du Sultan. Or, ce n'est pas la suzeraineté d'Abd-ul-Hamid que défend le ministre français, c'est sa souveraineté, et toute l'autorité que le Sultan en réclame, et tout l'usage que pratiquement il en fait. Dans quatre ou cinq dépêches (n^ 79, 80, 85, 86), le ministre insiste : ce aucune atteinte ne sera portée à l'autorité du souverain » ; il se fait un mérite auprès de la Porte ce de ces réserves qui donnent toutes les garanties désirables aux droits du Sultan^ ». Abd-ul-Hamid aujourd'hui invoque ces réserves; c'est là son grand argument pour s'opposer à l'œuvre européenne en Crète; l'Europe ne peut rien répondre à cet argument.

Les mensonges avérés de la Porte et du Sultan auraient dû pourtant mettre en garde. La Porte a menti, le 29 mai, au sujet des chrétiens de

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