I. Livre jaune, p
Mais la France n'a pas accepté cette offre, et le contre-amiral Pottier n'a jamais eu que six ou sept croiseurs grands et petits, la plupart de dimensions moyennes, peu propres aux menues besognes du blocus, peu commodes pour les longues stations en rade. Les amiraux étrangers se plaignirent à plusieurs reprises de cette discrétion de la France ; avec courtoisie, mais avec insistance, ils déclaraient tout haut c< que les grandes puissances méditerranéennes devaient coopérer à forces égales et même que la France, ayant le plus d'intérêts dans la Méditerranée, devrait être la plus fortement représentée ». La division française ne fut pas complétée. Dans un pays parlementaire, il vaudrait mieux, parfois, soumettre la politique au Parlement, lui exposer les besoins réels et lui demander les crédits nécessaires.
Une autre puissance n'eut jamais ici de cuirassé. L'Allemagne, au début, avait proclamé qu'elle se désintéressait des affaires Cretoises : elle n'avait pas en Crète un agent diplomatique de carrière ; elle ne pouvait que s'abstenir (7 juillet 1896). Plus tard, pour répondre aux vœux de l'Autriche, surtout pour plaire au gouver-
LA CANÉE g
nement russe qui lui demandait ses bons offices (21 juillet) S elle avait pris part aux négociations de Gonstantinople et appuyé les mesures de rigueur. Elle préconisait le blocus, mais en déclarant que la marine impériale n'était pas représentée dans la Méditerranée et que, sans doute, elle n'y paraîtrait pas : le gouvernement impérial ne s'engageait à soutenir le blocus que moralement, de ses conseils et de ses notes ^. Mais, en février 1897, quand la situation des Turcs^ fut compromise, l'Allemagne lut la première à réclamer des mesures énergiques :
Le gouvernement impérial, déclarait le baron de Marschall, est tout prêt à appuyer les mesures plus ou moins énergiques que prendront les puissances, tout en les préférant énergiques, car il croit que l'heure des tergiversations est passée... On ne peut pas rester in actif devant la spoliation que la Grèce prépare ^.
Le gouvernement impérial n'avait pas encore habitué l'Europe à une telle horreur de la spo-
I. lÀvre jaune, p. i5o : a Le gouvernement russe a fait demander à la chancellerie impériale allemande d'adresser des instructions, aussi catégoriques que possible, à son représentant à Gonstantinople, pour qu'il joigne son action à celle de Tambassadeur de TEmpereur Nicolas en Turquie. »
a.. Livre jaune f pp. 11 5, i5o, 174, 170. Cette dernière dépèche (n® a 84) a été visiblement tronquée : cf. Livre bleu, 1896, 7, n<» 439.