Livre jaune, p. C
3. Pour cette citation et les suivantes, Livre jaune ^ pp. 76-79.
chrétiens seulement et laisser toute libcrlé aux excès des musulmans » (lo juin 1896).
Mais les Cretois menacent de se donner à l'Angleterre : ils annoncent une réunion générale qui demandera l'occupation anglaise, comme étant le seul moyen de sauver le pays. Aussitôt l'Europe prend peur : elle ordonne à ses ambassadeurs de se concerter et d'intervenir. L'ambassadeur français soutient ouvertement ce les demandes légitimes des Cretois», et le Sultan promet d'accepter ses conseils. La Russie, la France, l'Autriche et l'Angleterre se mettent d'accord pour réclamer le rétablissement du Pacte de Khalépa et la convocation de l'Assemblée. L'Allemagne et l'Italie finissent par se joindre à elles. A la fin de juin 1896, le Sultan se déclare disposé à tontes les concessions : l'Assemblée est convoquée et l'amnistie proclamée; un vali chrétien, Bérovitch-Pacha, remplace le vali musulman.
Les tribulations de l'Europe commencent. Le Sultan essaie d'éluder en pratique les concessions théoriques qu'il vient de faire. Les chrétiens de Crète sentent « qu'il cherche à endormir les puissances par des promesses, tandis qu'en Crète des ordres seront donnés pour étouffer l'insurrection )). Ils ne veulent plus entendre parler d'un arrangement avec lui, sans une sanction ou une garantie des puissances. Ils refusent de venir à
Il8 LES AFFAIRES DE CRÈTE
r Assemblée. Tout est remis en question. Et TAutriche s'affole à l'annonce de troubles en Macédoine. Elle lance des notes à tous les cabinets. Elle menace les Cretois de laisser la Turquie rétablir l'ordre à sa guise, et, suivant les propres termes du comte Goluchowski, ce de livrer l'île à toutes les horreurs de l'écrasement» : elle mate ainsi les résistances des chrétiens et obtient la réunion de l'Assemblée.
Mais, après les chrétiens, les musulmans irrités entrent en scène; le pillage et les incendies reprennent autour de Rhétimno. Le vali chrétien est contrecarré, comme d'habitude, par le Commandant Militaire (( qui continue à faire massacrer des chrétiens ; on soupçonne une entente entre les autorités et les musulmans pour rendre impossible toute solution pacifique» (i 0-16 juillet 1896). L'Europe se décide enfin à tenir au Sultan un langage énergique ; en Crète, les matelots européens se tiennent prêts au débarquement. Le prince Lobanoff, lui-même, fait dire au Sultan que (( malgré tous les efforts des puissances pour le soutenir, il est en train de perdre la Crète et de se perdre lui-même, et que, si aucun ordre n'est en ce moment donné par lui, la patience des puissances finira par se lasser* ».