‹ Les affaires de CréteChapitre 38 sur 60 · I. Livre jaune, p · texte numérisé non relu

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question Cretoise le plus vite possible », et il demande les bons offices des ambassadeurs « pour donner satisfaction au peuple crétois, tout en sauvegardant les droits du souverain » . Le 25 août, les ambassadeurs remettent leurs propositions. Le 26, elles sont admises par la Porte et sanctionnées le 27 par le Palais.

Sauf le ministre français, qui regrette certaines garanties données aux Crétois *, tout le monde est satisfait de l'accord : les députés chrétiens «prient les consuls d'exprimer à l'Europe leurs sentiments de très vive reconnaissance et d'agréer personnellement l'expression de leur profonde gratitude»; les députés musulmans « auxquels nous avons communiqué le texte paraissent également satisfaits » ; les beys eux-mêmes (( promettent d'agir personnellement auprès de leurs coreligionnaires pour hâter la solution pacifique de la crise » ; ils reconnaissent que les droits de la minorité musulmane ont été sauvegardés (2 septembre). Un traité en règle intervient entre les deux partis : les villageois musulmans promettent de quitter les villes ; les villageois chrétiens leur promettent appui et sécurité.

Cette désagrégation des masses musulmanes — les cinquante ou soixante mille musulmans

I. Livre jaunes p. 207, Pour les citations suivantes, pp. ai5-aa5.

de Tîle sont groupés en quatre ou cinq centres — est la première besogne qui. s'offre aux consuls. Le consul de France écrit, le 3 septembre :

La présence de ces émigrés constitue non seulement un danger redoutable, mais, en outre, toute tentative de pacification sera impossible aussi longtemps qu'ils ne seront pas rentrés dans leurs villages. S'il suffisait, pour les y décider, de leur donner des ordres pércmptoircs, la chose serait facile. Mais il faut en même temps leur assurer des abris : la plupart de leurs villages ont été brûlés ; si on ne leur fournit pas les moyens de reconstruire leurs maisons, ils ne bougeront pas.

Heureusement, nous avons l'expérience du passé : cette concentration des musulmans s'est produite dans chaque insurrection, et, en 1889, j'ai assisté au même flux et reflux. Je puis donc vous indiquer ce qui est nécessaire. Il faut de l'argent et du bois : de l'argent pour que les gens puissent acheter de la chaux et divers matériaux ; du bois pour qu'ils puissent couvrir leurs maisons, faire des portes et des fenêtres. En 1889, le Sultan a envoyé plusieurs navires chargés de bois et de planches, qui ont été distribuées gratuitement aux indigents. Un appel à la générosité du souverain est nécessaire. Quant à l'argent indispensable pour fournir les premiers secours, il faut prévoir une dépense approximative de cent mille livres turques.

Cent mille livres turques! il suflRrait de cent mille livres, soit à peine deux millions et demi de francs, pour régler la question Cretoise. Il

semblerait que l'occasion fût bonne pour réclamer aux financiers les deux millions et demi usurpés par eux : depuis dix ans que la connivence des Turcs a permis à la Régie d'établir son monopole dans Tîle, le consul d'Angleterre estime précisément à cent mille livres le total des sommes levées par elle ce d'une façon illégale*»... Il semblerait aussi que les six puissances, sans se ruiner, pussent faire l'avance de la somme : quatre cent mille francs chacune, leurs budgets peuvent supporter un pareil accroissement, et leur politique orientale leur a coûté bien d'autres sommes, qu'elles ne recouvreront jamais.

Mai^ il ne paraît pas que l'une ou l'autre de ces idées ait été produite. On se rabattit sur un emprunt, que l'on mit quatre mois a négocier : les Turcs et les Anglais le voulaient pour leurs financiers ; la France le réclamait pour sa Banque de Paris et des Pays-Bas (durant deux mois, les dépêches du Quai d'Orsay ne traitèrent que de cette affaire). Les consuls avaient bien prévenu pourtant qu'il fallait se hâter, faire les choses très vite, sans perte de temps. Les musulmans, faute d'argent, ne quittaient pas les villes ; ils restaient sous la main des beys et du

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