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I. Livre jaune, pp. ia

l8o LES AFFAIRES DE CRETE

janvier 1897). L'opinion publique est pourtant surexcitée, autant par la conduite des Turcs que par certaines maladresses de l'Europe, qui parle de recruter en Bulgarie la gendarmerie Cretoise. Mais le gouvernement grec tient bon, jusqu'au jour oii arrive un télégramme du consul grec de la Canée (5 février 1897):

Les soldats turcs ont donné le signal du massacre en tirant des remparts sur la ville. J'ai fait demander, par les consuls, qu'on débarquât des matelots pour sauvegarder ce qui reste ; les consuls ont refusé. Aucun espoir. Les chrétiens de la ville seront tous massacrés.

Ce télégramme balaie toutes les résistances : la flotte grecque va protéger en Crète les chrétiens et les nationaux grecs. Donc, si les dires du consul grec sont exacts, c'est le refus de l'Europe de protéger les Cretois, qui força la main du gouvernement grec. Le consul de France, doyen du corps consulaire, prétend que le consul grec a trompé son gouvernement et que jamais on n'a formulé pareil refus*. Entre

I. Livre jaune, p. lo : « Les informations de M. Blanc ne concordent nullement avec celles que M. Gennadis a. envoyées à son gouvernement touchant le refus de débarquer des marins qui aurait été opposé au consul général grec par ses collègues. Or, il est important de noter que c*est cette nouvelle controuvéc qui a provoqué l'indignation de la Chambre grecque et que c'est d'elle que le gouvernement s'est autorisé pour décider, aux applaudissements de tous les partis, l'envoi de deux bâtiments qui ont pris la mer ce matin. »

LES GRECS lOI

ces deux affirmations contradictoires, je ne crois pas que la vérité soit facile à discerner, car on a, d'un côté, la parole d'un consul français et voici, d'autre part, le plaidoyer du consul grec :

ce Le consul de France a refusé ma demande.

Il m'a allégué les instructions de son ministre, qui étaient absolument muettes sur la protection des chrétiens. Il m'a dit qu'à ce sujet un désaccord s'était élevé entre le ministre français et son ambassadeur à Constantinople, l'un considérant que l'Europe devait assistance c< à ses nationaux et à tous les chrétiens * » , l'autre ne voulant â aucun prix intervenir, sauf pour la sauvegarde de ses nationaux et protégés directs. Dans ce conflit, le consul aurait demandé de nouvelles instructions, et le ministre lui aurait fait savoir que, seule, la Russie a droit à la protection des orthodoxes dans tout l'empire turc, et que le gouvernement français ne porterait jamais atteinte au droit de la Russie ».

Nous voyons en effet par le Livre Jaune que le ministre français, même après les massacres de février 1897, télégraphie à son consul : ce Je compte sur votre fermeté et votre sang-froid, pour assurer la sécurité de nos nationaux et protégés, et pour sauvegarder, autant qu'il sera

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