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beys et par les encouragements de Gonstanti— nople, soutenue par Farmée turque et dirigée par le Commandant Militaire. Les insurgés, excités par les politiciens crétois et parles promesses d'Athènes, encouragés par la présence d'une division navale hellénique et plus encore par l'arrivée du prince Georges et de ses torpilleurs (i2 février), étaient enfin soutenus par le débarquement du colonel Vassos et de deux mille réguliers grecs (i5 février). Empêcher les musulmans de massacrer les chrétiens urbains, empêcher les chrétiens de massacrer les villageois musulmans, maîtriser l'armée turque et contenir les forces grecques, intervenir de tous les côtés à la fois, sans instructions précises et sans droit reconnu, telle était l'œuvre commune que l'Europe exigeait de collaborateurs peu habitués à l'entente cordiale.
Si l'on parvint à éviter le massacre général, si, à l'intérieur du syndicat européen, on vit disparaître les suspicions de la première heure et les défiances inévitables, ce fut certainement grâce au contre -amiral français, alors doyen et président. Quand le vice-amiral Ganevaro survint, les débuts étaient faits : la droiture et la fermeté françaises avaient imposé à tous, et, sans recourir aux moyens violents que préconisait l'Angleterre, le contre-amiral Pottier avait
établi l'autorité de l'Europe « par la persuasion ou par l'intimidation », suivant les ordres de son gouvernement.
Le vice-amiral italien prit alors la présidence (17 février). La tâche lui fut aussitôt simplifiée par la déclaration de la Porte, qui remettait l'île de Crète, en dépôt, entre les mains des grandes puissances. On avait dès lors le droit, — ou une apparence de droit, — d'agir. On pouvait hisser les pavillons européens sur les villes. On pouvait interdire aux forces grecques toute tentative d'agression et les menacer de justes représailles. On pouvait donner des ordres aux autorités turques. On pouvait parler en maître aux Cretois musulmans et chrétiens.
Les Grecs, du côté de la mer, ne firent pas longue résistance. Le prince Georges, qui n'avait aucun penchant à la lutte, emmena ses torpilleurs à Milo. Les croiseurs disparurent aussi. Le seul cuirassé Hydra et deux avisos demeurèrent à l'ancre dans la baie de la Canée, à huit cents mètres de l'escadre internationale. Mais le Commodore grec déclara se soumettre d'avance à toutes les prescriptions des amiraux, et, au bout
d'un mois d'inaction, VHydra regagnait le Pirée (i3 mars).
Sur terre, le colonel Vassos fit d'abord mine de poursuivre sa marche et de ne pas tenir compte de l'occupation européenne. Une menace, suivie d'effet, le ramena à des pensées moins ambitieuses : le 19 février, il promettait de ne plus attaquer les villes protégées par l'Europe, Dès lors, il se cantonnait dans ses lignes, excitant sous main les insurgés, les désavouant en public, les empêchant de traiter avec les amiraux et déclarant aux amiraux n'avoir aucune influence sur ces Cretois rétifs, irritant tout le monde par sa conduite ambiguë, jusqu'au jour où les événements de Thessalie le forcèrent à se rembarquer (6 mai).
Du côté des autorités turques, civiles et militaires, les amiraux ne rencontrèrent d'abord aucune difficulté. Dans les bureaux et dans les casernes, tout était affolé ou prostré par les succès de l'insurrection. Dès le 3 février, le Vali et le Commandant Militaire avaient imploré l'assistance des consuls, puis la protection et l'aide des marins contre la populace déchaînée, contre les insurgés menaçants, contre l'incendie allumé au quartier chrétien.
Après un répit d'une semaine, l'insurrection se compliquant de l'indiscipline des troupes, de
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la révolte quasi ouverte du Commandant Militaire, de la mauvaise foi de la Porte et de l'anarchie complète dans les villes restées turques, le vali^ Bérovitch-Pacha, menacé personnellement, envoie sa démission et se réfugie à bord du cuirassé russe Alexandre IL Le Sultan lui donné Tordre de reprendre son poste. Bérovitch refuse et s'embarque sur le premier paquebot autrichien pour rentrer chez lui, en Albanie (i4 février). Les amiraux trouvent donc le Konak (palais du gouverneur) abandonné. Ds y installent leur représentant, le capitaine de vaisseau italien Amoretti, qui devient en pratique gouverneur de la Canée avec le titre de commandant supérieur ; chaque puissance lui débarque cent hommes pour la pohce et la défense de la ville; Ismaïl-bey, le mouchavir (secrétaire général) qui remplace le vali en fuite, reçoit l'ordre viziriel de ne rien faire sans consulter les amiraux.
Il en fut de même dans le reste de l'île. Ce furent les autorités turques qui prièrent les amiraux d'occuper Candie, Rhétimno, Sitia, Spinalonga, puis Kissamo et enfin Hiérapétra. Mais dans ces villes, l'occupation ne fut pas mixte. Chaque puissance eut son domaine et le garde encore. Kissamo est ajix Autrichiens, Rhétimno aux Russes, Candie aux Anglais, Sitia et Spina-
longa aux Français, Hiérapétra aux Italiens.
Sous réserve des ordres envoyés par les amiraux, chaque commandant supérieur dispose à son gré de son domaine et chaque gouvernement donne a ses officiers ses instructions confidentielles. Aussi chacune de ces villes jouit-elle d'un régime fort différent de sa voisine. Toutes, sauf Spinalonga et Sitia, regrettent que les amiraux n'aient pas, supprimant ces différences, installé partout une administration commune, avec des contingents internationaux, et gardé pour leur conseil l'autorité effective. Les amiraux commencent a éprouver le même regret : le colonel anglais de Candie en use avec eux trop à son aise...
Mais si le pouvoir, dans ces villes, passait aux mains de l'Europe, les fonctionnaires turcs subsistaient, — préfets et sous-préfets partout, officiers, soldats et gendarmes partout aussi, sauf a Sitia où l'on se débarrassa de ces collaborateurs gênants, — et le drapeau turc flottait partout à côté des pavillons des six puissances. Parmi ces fonctionnaires ottomans, quelques-uns, en petit nombre, étaient tout prêts à tenir tête.
Les amiraux avaient trouvé la gendarmerie Cretoise en pleine période de désarroi, entre le licenciement des gendarmes indigènes et l'enrôlement de gendarmes étrangers, Albanais ou
Monténégrins. Tous, indigènes et étrangers, sauf les Monténégrins, avaient pris part au pillage et à l'incendie de la Canée. Ils comptaient bien poursuivre ces opérations fructueuses. Les amiraux y coupèrent court. Les gendarmes indigènes se fondirent alors dans la masse musulmane armée ou furent enrôlés parmi les réguliers turcs. Les Albanais, non payés, se révoltèrent sous prétexte de réclamer leur solde. Mais les marins européens forcèrent leur caserne, en fusillèrent deux ou trois à bout portant et mirent les autres aux fers : on trouva dans leurs poches plusieurs milliers de piastres. Cette exécution fut d'un bon exemple. Personne parmi les Turcs ne songea plus à résister ouvertement (3 mars). Les amiraux installèrent une gendarmerie monténégrine, que la Russie paya, et des carabiniers, que les Italiens fournirent. Leur commandant prit en main la police de la ville. Un nouveau pas vient d'être fait par l'établissement d'un tribunal international, La Canée, grâce à ces mesures énergiques, jouit d'un calme absolu. La résistance ouverte n'a jamais été d'ailleurs dans la politique des Turcs, ni surtout dans la politique d'Abd-ul-Hamid. Ayant remis la Crète aux mains des puissances, le Sultan comptait bien un jour la recouvrer intacte, sauvée de toute atteinte grecque et cré toise, quand les
forces européennes auraient imposé la retraite aux Grecs et le silence aux Cretois. Il ne mettait pas son espoir dans les mesures ouvertes, violentes ou pacifiques, mais dans le temps et les ajournements, les promesses et les manquements de paroles, les machinations obscures et les défiances soulevées ou entretenues de puissance à puissance, et les rivalités possibles et les discussions certaines, bref dans la politique qui l'avait si bien servi lors des affaires arméniennes, — comme aussi dans le dévouement et les promesses des amis de la Turquie et de ses amis personnels.
Pour le moment, il lui suffisait que Tavenir ne fût pas engagé et que son autorité subsistât en Crète, nominalement par la présence d'un gouverneur et de préfets turcs, réellement par le maintien des troupes ottomanes. Aussi Bérovitch- Pacha était à peine en fuite, que le Sultan proposa de nommer Pliotiadès-Bey gouverneur de Crète; les ambassadeurs acceptèrent; Photiadès refusa. Le Sultan s'adressa à l'ancien vali de Crète, Carathéodori-Pacha, que les ambassadeurs acceptèrent encore et qui déclina l'honneur. Le Sultan revint à Photiadès qui dut accepter (16-21 février). Mais les ambassadeurs ce s'étaient crus autorisés à approuver cette nomination, vu l'urgence », alors que l'agrément devait être donné
par les puissances*, et Tune des puissances, au moins, ne voulait plus donner son agrément, sans de grave réserves. L'Angleterre tenait à ce rassurer les Hellènes sur le sort ultérieur de la Crète et leur faire comprendre qu'en aucun cas cette île ne retomberait sous le régime de la soumission pure et simple à l'autorité de la Turquie; il fallait qu'elle fût affranchie désormais du bon plaisir du Sultan ». L'Angleterre exigeait donc qu'avant toute autre mesure, la Crète fut déclarée province privilégiée^. Ces scrupules semblèrent étranges au concert européen. Mais le gouvernement de la Reine n'en voulant pas démordre, la Russie se chargea de trouver une formule conciliatrice, et les six puissances tombèrent d'accord sur les deux points suivants :
i^ La Crète ne pourra en aucun cas être annexée à la Grèce dans les conjonctures présentes.
2^ Elle sera dotée par les puissances d'un régime autonome.
Cette déclaration faite (2 mars), la grande difficulté fut de savoir qui choisirait le chef du nouveau gouvernement. L'Angleterre ne voulait confier ce choix ni à la Turquie ni à la Grèce. L'Autriche parlait d'une commission interna-