‹ Les affaires de CréteChapitre 51 sur 60 · I. Livre jaune, pp · texte numérisé non relu

I. Livre jaune, pp

la tête, en s'appuyant sur la populace pour résister aux amiraux. Et les amiraux remontraient à leurs gouvernements que cet état ne pouvait durer. Dans une de leurs conférences, ils estiment ce qu'ils sont impuissants à faire davantage pour la pacification de l'île, que, dans un pays où la famine menace, où l'autorité est absolument méconnue, où personne ne rend la justice, et où les crimes restent impunis, il est urgent de créer le plus tôt possible une administration, d'envoyer un gouverneur et des fonctionnaires. Les amiraux n'ont ni le temps, ni les pouvoirs, ni surtout la compétence pour fonder le régime nouveau. »

Cette dépêche des amiraux est du i8 mars 1 897 ; l'Europe aujourd'hui n'a pas encore pu se mettre d'accord pour l'envoi d'un gouverneur. Les préfets turcs occupent toujours les konaks (préfectures) de Sitia, de Candie et de Rhétimno ; à la Canée, le mouchavir Ismaïl-Bey a pris le titre de Vali ; la Turquie, forte de cette possession, plus forte encore de ses victoires, n'admet nullement que l'Europe désigne aujourd'hui un gouverneur sans son avis ou contre son adhésion, et les amiraux assistent encore à la réussite d'un autre stratagème d'Ab-ul-Hamid.

Devant rinsurrection, toutes les troupes ottomanes s'étaient retirées dans les forteresses cotières à l'abri du canon européen. Les amiraux durent recourir à ces troupes pour établir au devant des villes les lignes de défense et protéger les populations musulmanes contre les Grecs et contre les insurgés. Ces troupes étaient en général disciplinées et solides. Mais, obéissant à leurs officiers et aux ordres secrets de Constantinople, elles pouvaient du jour au lendemain se retourner contre les Européens. Le 8 mars, le conseil des amiraux était d'avis ce qu'il faut pouvoir assurer Tordre en se passant du concours des troupes turques et qu'il est désirable de voir rappeler ces troupes le plus tôt possible ». Huit mois après, les troupes turques sont toujours en Crète, et elles ont à leur tête Son Altesse Djevad- Pacha, ancien grand-vizir.

Ce n'est pas que les diplomates aient négligé l'avis des amiraux. Quand on proclama l'autonomie de la Crète, tout le monde admit la nécessité de ce rappel. Mais les uns le voulaient immédiat ce pour bien montrer aux Cretois que les promesses de l'Europe n'étaient pas vaines ». Les autres proposaient de l'espacer sur un temps indé-

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terminé. L'Angleterre en faisait une condition de son adhésion. La Russie le renvoyait à un examen ultérieur de la [future administration Cretoise. La France reconnaissait la justesse, en théorie, des demandes anglaises et appuyait, en pratique, les observations russes : « il lui paraissait nécessaire de laisser, tout au moins à titre provisoire, les garnisons turques sur certains points* ».

Les ambassadeurs trouvèrent une formule heureuse, qui semblait beaucoup promettre et qui ne changeait rien à l'état présent : ce L'autonomie impliquant la réduction progressive des forces ottomanes, il conviendra de prendre les mesures nécessaires pour la concentration des troupes impériales dans les places fortes*. » Et le Sultan, profitant, comme toujours, de la discussion, garda ses troupes en Crète autour de ses préfets.

Pendant la guerre thessalienne, il les laissa dans l'ombre et ne chercha qu'aies faire oublier, car il avait déclaré, par une note du i3 mars, ce que la présence des troupes était l'un dé ces détails qui pourraient être discutés après le retrait des forces helléniques » : la Crète étant délivrée des Grecs, il voulait gagner quelque temps encore. Il fut d'ailleurs le premier à remettre

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