‹ Les affaires de CréteChapitre 52 sur 60 · Livre jaune, p · texte numérisé non relu

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cette note en mémoire ; a la fin de juin, il annonçait aux ambassades que Djevad-Pacha partait en Crète, afin de régler la concentration et d'étudier Tévacuation des troupes impériales : singulier choix que celui d'une Altesse pour une besogne d'officier d'administration I

Les amiraux, déjà contrecarrés dans leurs efforts par les intrigues et la morgue renaissante d'Ismaïl-Bey, virent arriver sans plaisir ce nouvel émissaire d'Abd-ul-Hamid. Quelques-uns proposèrent de le rembarquer aussitôt et de le renvoyer à son maître. Mais la majorité décida de le recevoir. Djevad-Pacha débarqua, s'installa modestement et vécut tranquille, ne cherchant qu'à plaire aux amiraux et à leurs officiers, les suppliant de daigner s'asseoir à sa table et les remerciant avec effusion de leurs moindres égards, puis, peu à peu, les accablant d'invitations et de visites, imposant partout sa présence, ghssant les soldats turcs à la suite des soldats européens dans les revues internationales, célébrant d'un cœur joyeux et d'une main prodigue la fête ce de la noble nation française » au i4 Juillet et celle du glorieux empereur d'Autriche au jour de son anniversaire, bref, se posant en ami intime, s'installant en collaborateur des amiraux, auxquels il demandait enfin une grande revue internationale le jour de la

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fête du Sultan : ayant fêté lui-même la République et FEmpereur, il attendait des amiraux la réciproque pour son Maître. Ce jour-là, il compromit son œuvre. Les amiraux, qui se sentaient gagnés à la main, refusèrent sans ménagement: Djevad-Pacha dut recommencer, à pied d'oeuvre et sur un terrain encombré, la besogne si bien conduite jusque-là.

Personne ne doute qu'il ne la mène à bout.

Les musulmans crétois acceptaient jadis l'éloignement des troupes ottomanes ; la grande majorité d'entre eux appelait ou admettait l'autonomie. Il faudrait aujourd'hui une lutte acharnée pour les reprendre à l'influence du Sultan et de ses émissaires. L'Europe a rendu inutile tout le travail des amiraux en ne débarrassant pas la Crète quand elle le pouvait. On aura tôt ou tard à réprimer une insurrection musulmane, aussi longue, aussi violente que l'insurrection chrétienne, car, du côté des Crétois, les difficultés pour les amiraux ont changé de sources, mais n'ont pas diminué.

En débarquant, en effet, les amiraux avaient adressé aux habitants de la Crète, chrétiens et musulmans, une proclamation pour les inviter au calme et à la concorde et leur faire connaître les intentions de l'Europe.

L'escadre internationale a pris sous sa protection directe les villes de la Canée, la baie de la Sude et la vallée de communication de ces deux endroits, ainsi que les villes deRhétimno, de Candie et de Sitia. Mais les amiraux entendent s'opposer aussi à tout acte d'hostilité commis en présence d'un de leurs bâtiments sur quelque point de l'île qu'il se produira.

Il est désirable, dans l'intérêt de l'humanité, que leur appel soit entendu et ils recommandent vivement aux habitants de la Crète de rentrer dans le calme.

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en les assurant que la solution sera d'autant plus satisfaisante pour tous et plus rapide qu'ils auront mieux suivi ces conseils désintéressés.

Préoccupés avant tout de porter remcde aux maux qui ont désolé le pays et d'en prévenir le retour, les Puissances préparent d'un commun accord un ensemble de mesures destinées à régler le fonctionnement nouveau du régime autonome. Ramener l'apaisement; garantir à chacun, sans distinction de race ni de religion, la liberté, la sécurité de ses biens; faciliter par la reprise des travaux agricoles et des transactions, lo développement progressif des ressources du pays, tel est le but que veulent atteindre les Puissances.

Elles entendent que ce langage soit compris de tous.

Une ère nouvelle s'ouvre pour la Crète. Que tous déposent les armes : les Puissances veulent la paix et l'ordre. Elles auront au besoin l'autorité nécessaire pour faire respecter leur décision.

Elles comptent sur le concours de tous les habitants de l'île, chrétiens ou musulmans, pour les aider dans raccom[)lissement d'une œuvre qui promet d'assurer aux Cretois la concorde et la prospérité.

Un mois plus tard, ils s'adressaient encore aux Cretois pour leur annoncer T autonomie accordée par TEurope :

Les amiraux proclament solennellement que les grandes Puissances sont irrévocablement décidées à assurer l'autonomie complète de la Crète, sous la suzeraineté du Sultan. // est bien entendu que les Cretois resteront entièrement libres de tout contrôle de là Porte en ce qui regarde leurs affaires intérieures.

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Au texte primitif, que leur avaient envoyé les diplomates, les amiraux avaient tenu à ajouter la phrase soulignée ici*, et rien mieux que ce détail ne montre la droiture de leurs intentions.

Mais les chrétiens, que l'Europe avait laissé massacrer depuis trois siècles, trouvèrent étrange qu'on ne leur tolérât pas le moindre massacre, quand le couteau était enfin entre leurs mains. Us trouvèrent plus étrange encore que l'Europe vînt les remettre sous la suzeraineté du Sultan, en esclavage, alors que tant d'autres. Italiens, Serbes, Bulgares, Roumains, avaient obtenu de cette même Europe le droit de disposer d'euxmêmes. L'autonomie n'était conforme nia leurs désirs du moment, ni à leurs sentiments traditionnels ; qu'elle fût conforme à leurs intérêts , ils n'étaient pas en humeur de le voir.

La population chrétienne des villes, pillée, brûlée par la canaille musulmane, avait dû s'enfuir. Les navires européens, qui l'avaient sauvée, avaient transporté dans les ports grecs des dizaines de mille réfugiés. Propriétaires, commerçants, artisans, boutiquiers, ce peuple tranquille et capitaliste aurait pu comprendre les bienfaits de l'autonomie, les charges financières et personnelles qu'elle leur évitait, les bénéfices et

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