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IV. — Finalement, que dure et que devient cette épilepsie

ÉPILEPSIE

Je me déclare incapable quant à présent, et pour cause, de répondre à ces deux questions. C'est qu'en effet les malades que j'ai traités d'accidents de cet ordre, n'ayant guère eu à se louer de mes soins, ne me sont que rarement restés fidèles. Ils sont allés chercher meilleure fortune ailleurs, et je ne les ai plus revus.

Mais ce que je puis cependant affirmer, c'est que l'épilepsie en question est une épilepsie éminemment persistante et durable. Tant que j'ai eu les malades sous mes yeux, ils sont restés sous le coup de leurs accidents comitiaux, et cela pour longtemps, bien longtemps, à savoir pour des laps de trois, cinq, six, huit, dix et onze années!

Or, les dits accidents ne s'étant en rien modifiés pendant toute cette énorme durée, il est plus que vraisemblable qu'ils ont dû persister au delà. Mais, en définitive, à quoi ont-ils abouti? Je l'ignore, et c'est là, pour l'histoire de cette entité morbide, un desideratum des plus regrettables.

Deux points pour terminer : A quelle étape de la syphilis et à quel âge de la vie s'observe cette épilepsie?

Bien sûrement, elle appartient à l'étape tertiaire de la syphilis et paraît même n'en constituer qu'une manifestation tardive par excellence. — Cela résulte au moins de ce que j'ai observé jusqu'à ce jour, tous les cas dont je dispose notant l'invasion de la maladie à un stade éloigné de la

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diathèse, à savoir de la dixième à la vingt el unième année au delà du début de rinfeclion.

Aussi bien, comme conséquence, celte invasion s'est-elle presque toujours produite à une période déjà plus ou moins avancée de la vie, à savoir de 37 à 48 ans. — Notez cela au passage. Messieurs, comme réponse topique à opposer à ceux de nos confrères qui, par impossible, songeraient à faire de l'épilepsie en question une épilepsie commune, vulgaire ; est-ce à pareil âge que l'épilepsie commune entre en>scène pour la première fois?

xxxvin

Telle est, d'une façon sommaire, la variété d'épilepsie qu'on observe quelquefois chez nos syphilitiques.

Que cette épilepsie soit un dérivé de la syphilis, cela ne me semble pas faire l'ombre d'un doute dans les cas où je l'ai rencontrée et que j'ai choisis entre beaucoup d'autres pour servir à la constitution du type que je viens de décrire. Dans tous ces cas, en eflet, la connexion des accidents épileptiques avec la diathèse se trouvait bien légitimement attestée par toute une série de considérations, à savoir : 1° par des antécédents non douteux de syphilis; — 1° par l'âge auquel s'était produite l'invasion première des symptômes comitiaux; — 3° par l'absence de toute autre cause à laquelle, en

KPILEPSin.

dehors de la syphilis, pussent, ôire imputés les dits accidents; — 4° quelquefois, enfin, par telle où telle autre considération annexe. Ainsi, l'un de mes malades, à l'époque même où se produisait sur lui l'invasion des crises épileptiques, engendrait un enfant qui fut un type de ces enfants chétifs, dégénérés, arriérés, tels qu'en réalise si souvent l'hérédo-syphilis.

Mais, si cette première question ne soulève pas grand embarras, il n'en est pas de même pour une seconde, celle-ci beaucoup plus délicate. On me dira, je m'y attends bien : « Cette épilepsie dont vous parlez actuellement et dont vous tendez à faire une forme à part, une entité morbide spéciale, ce n'est rien autre que l'épilepsie syphilitique déjà connue, ce n'est rien autre que cette « forme épileptique» de la syphilis cérébrale que vous avez décrite vous-même. De quel droit la disjoindre de celle-ci? Pourquoi l'isoler, la spécialiser, la constituer à l'état d'individualité propre? »

Eh bien, non, répondrai-je, l'épilepsie que j'ai en vue dans cet exposé (et que, pour la commodité de la discussion qui va suivre, je demande la permission de qualifier dès à présent à' épilepsie parasyphilitique) n'est pas assimilable au syndrome morbide que l'on comprend actuellement sous le terme d'épilepsie syphilitique ou d'épilepsie symplomatique de syphilis cérébrale. Bien au contraire, elle en diffère absolument; elle en diffère au point de constituer une espèce à part, une indi-

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vidualité propre, qu'il est urgent de séparer de l'ensemble, du « bloc » dans lequel elle est restée englobée jusqu'à ce jour.

C'est là ce qui va ressortir, je l'espère, des considérations suivantes.

L'épilepsie parasyphililique, en effet, se différencie de l'épilepsie symptomatique de syphilis cérébrale par toute une série de caractères, à savoir :

I. — Au point de vue symptomatologique, d'abord, elfe s'en différencie par ce fait qu'elle n affecte jamais (au moins d'après ce que j'ai vu jusqu'ici) la modalité commis ive partielle^ circonscrite. Elle n'est jamais Jacksonienne., comme on dit à présent. Toujours elle consiste, dans son type convulsif, en des convulsions généralisées.

Tout au contraire, l'épilepsie jacksonienne (qui, par parenthèse, mériterait peut-être plus justement d'être appelée l'épilepsie de Bravais*) est particulièrement familière à la syphilis cérébrale. C'est là une forme que fréquemment, très fréquemment, nous rencontrons chez nos malades.

IL — En second lieu (et ceci a une portée bien autre), l'épilepsie parasyphilitique naît^i se développe et persiste à l'état d'épilepsie pure et simple., sans mélange., sans association à d'autres phénomènes cérébraux.

I. Voir la remarquable thèse de Bravais [Bêcher ches sur les symptômes cl le iraitement de VépUepsie hémiplégique), Thèses de Paris, 1837.

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Voilà, Messieurs, un point essentiel, fondamental, un caractère d'espèce, dirai-je. Voyez plutôt.

Chez les malades que nous avons en vue, l'affection, d'une part, naît et se développe sous la forme d'une épilepsie pure et simple, caractérisée par des crises de grand et de petit mal, mais sans rien d'autre, sans adjonction notamment de symptômes d'ordre cérébral; — et, d'autre part, elle persiste sous cette forme, toujours sans mélange, toujours sans intervention de troubles cérébraux. Nous l'avons vue subsister ainsi sans modifications pendant des laps de temps considérables, c'est-à-dire, pour préciser, 3, 6, 8, lo et ii ans. Sur le malade que j'ai pu suivre le plus longtemps, cette épilepsie était, onze ans après son début, ce qu'elle était au cours de ses premières années, sans avoir subi la moindre complication, sans s'être annexé le moindre symptôme cérébral.

Eh bien, est-ce là ce que fait l'épiiepsie symptomatique, l'épiiepsie de la syphilis cérébrale? Non certes, tant s'en faut. Son propre, au contraire, est de verser, après un certain temps, dans un ensemble complexe de symptômes cérébraux.

Il se peut bien, certes, qu'à ses débuts et même pour un certain temps, i:^pur quelques mois en moyenne, elle se présente à l'état d'épilepsie pure . et simple. Mais, d'une part, cela n'est pas constant; d'autre part et surtout, cela n'est jamais que provisoire. — J'insiste.

Cela n'est pas constant, vous disais-je. En effet.

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rien de plus fréquent que de voir l'épilepsie symptomalique s'accompagner à ses débuts ou même être précédée de quelques phénomènes cérébraux, tels que céphalée, « malaise dans la tête », lourdeur de tête, tendance au sommeil, aptitude moindre aux travaux de l'esprit, lassitude générale, fatigue musculaire, troubles divers de la santé, etc.'.

Et surtout, cela n'est que provisoire. Car, règle absolue, l'épilepsie symptomatique , après avoir conservé pour un certain temps l'allure exclusivement comitiale, ne tarde guère à changer de physionomie, et comment? Par adjonction aux symptômes comitiaux de quantité d'autres symptômes d'ordre différent. Si bien qu'alors, au lieu de rester l'expression exclusive d'une situation pathologique, elle n'y figure plus que comme élément d'un ensemble plus complexe, voire comme élément subordonné. Elle s'est fondue, si je puis ainsi parler, dans une scène plus compréhensive, scène qui n'est autre que celle d'une grande encéphalopathie. Bref, le malade de tout à l'heure, qu'on eût pris volontiers pour un épileptique vulgaire, se trouve actuellement transformé, suivant le langage du jour, en un cérébral.

Mais précisons, car j'ai à cœur de ne laisser place à aucun doute en vos esprits.

Quels sont donc les symptômes qui, à un moment donné, viennent s'associer de la sorte à l'épi-

ir Voil' La syphilis du ceiTcàit, ]>. i58.

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lepsie symptomatique? Tous symptômes cérébraux, tous symptômes précurseurs ou témoins d'une désorganisation cérébrale en évolution, à savoir :

1° Troubles congés tifs : lourdeur de téte, céphalée, vertiges, obnubilations, engourdissements et fourmillements dans les membres, troubles des sens (amblyopie, scotomes, bourdonnements, cophose), etc.;

2° Troubles intellectuels : aptitude moindre aux travaux de l'esprit; amnésie progressive et amnésie en saccades; modifications morales se traduisant par l'indifférence, l'apathie, la morosité; puis, afTaibhssement progressif de l'intellect, aboutissant à l'hébétude ;

3° Troubles moteurs : parésies partielles et incomplètes; ébauches d'hémiplégie; puis paralysies vraies, paralysies oculaires, monoplégies, et, comme terme à la fois le plus habituel et le plus grave, hémiplégie.

Rien de semblable, je le répète,, avec l'épilepsie parasyphilitique. Voyez la différence !

— Troisième point : l'épilepsie parasyphilitique est une épilepsie durable^ et durable en sa forme, durable en l'état, pour de longues années.. Je vous disais à l'instant que je l'avais vue persis-. ter ainsi onze ans sur l'un de mes chents, lequel de plus m'a quitté alors que sa maladie battait son plein, par conséquent alors qu'elle était loin de tendre à résolution.

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Eli bien, très dilïerente est l'épilepsic symptomatique, qui mène un autre train, qui afTecte une évolution bien plus hâlive. Celle-ci a bientôt fait d'aboutir à telle ou telle des trois terminaisons suivantes : ou bien la guérison, alors qu'intervient à temps un traitement énergique; — ou bien la mort, au cas opposé; — ou bien l'infirmité, la déchéance, caractérisée par l'hémiplégie incurable, l'hébétude, la démepce et la mort. Sans compter que parfois elle se montre singulièrement expéditive en besogne, passez-moi le mot; car quelques mois peuvent lui suffire à clore de la sorte son évolution.

IV. — Quatrième différence : l'épilepsie symptomatique est accessible à l'action du mercure et de l'iodure. Elle peut guérir, elle guérit même assez souvent, comme de nombreux exemples en témoigneraient au besoin. Et, d'autre part, même dans les cas moins heureux où elle aboutit à se compliquer de phénomènes cérébraux graves, on sent bien au cours du traitement, et cela de par quelques amendements temporaires, qu'il y a eu combat entre la maladie et le remède, que le remède avait prise sur la maladie, qu'il avait chance de succès, qu'il aurait pu mieux faire en des conditions meilleures, etc.

Avec l'épilepsie parasyphilitique, au contraire, rien, absolument rien de cela. Alors même que le traitement intervient dès les premiers temps, alors même qu'on met en œuvre une médication inten-

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sive avec de fortes doses soit de mercure, soit d'iodure, soit de mercure et d'iodure associés, on ne produit aucun effet thérapeutique. J'ai vLi, sur mes malades, des crises de grand ou de petit mal éclater soit en plein traitement, soit à la suite d'un traitement des plus énergiques. Je me suis entêté plus d'une fois; plus d'une fois j'ai repris la lutte de diverses façons. Efforts inutiles, peine absolument perdue. Il est positif que cette forme d'épilepsie reste absolument réfractaire à l'action des remèdes antisyphilitiques.

Un seul agent médicamenteux l'influence sans la guérir. C'est le bromure de potassium, ou, pour mieux dire, la médication bromurée. Avec le bromure ou le polybromure on obtient au moins un effet thérapeutique. Certes on ne guérit pas la maladie de la sorte (du moins ne suis-je jamais parvenu à ce résultat), mais on l'amende, on la contient, on réalise des sédations manifestes. De par le bromure (associé ou non à l'hydrothérapie), je suis arrivé à distancer les crises pour quelques semaines, plus rarement pour quelques mois.Excep tionnellement même on peut obtenir des rémissions plus prolongées*. Mais quant à une guérison

I. Ainsi, grâce au bromure administré d'une façon presque ininterrompue, un de mes clients, affecté d'une épifepsie de cet ordre ultra-féconde en accidents de petit mal, vient de passer SIX mots indemne de toute crise, à cela près d'un « tout petit accès qui n a fait qu'apparaître et disparaître en un instant ». C'est là le plus beau succès que m'ait donué le bromure jusqu'à ce jour. FouKNiEK. — Afjcct. parasypliil.

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complète, je répète n'en avoir pas encore observé.

En voilà assez, je pense. Messieurs, pour vous édifier sur les différences profondes qui séparent l'épilepsie parasypbilitique de l'épilepsie symptomatique. Impossible, d'après cela, de laisser assimilés, confondus, deux types morbides aussi dissemblables, deux types dont l'un n'entre jamais en scène que pour y être bientôt suivi d'un cortège d'accidents cérél^raux, tandis que l'autre persiste à l'état d'épilepsie pure et simple; — dont l'un se juge à brève échéance par une terminaison quelconque, heureuse ou néfaste, tandis que l'autre est éminemment durable et durable en sa forme;

dont l'un est accessible à la médication spéci-

iîque, tandis que l'autre s'y montre invariablement réfractaire. Manifestement il faut rompre cette union factice, et, d'accord avec la logique non moins qu'avec l'observation, restituer à chacun de ces types son indépendance, son autonomie, son individuaUté. En fm de compte, il faut dire ce qui est, ce qu'on voit en pratique, à savoir : qu'en fait d'épilepsie la syphilis réalise telle ou telle des modalités pathologiques que voici :

Tantôt des symptômes épileptiques qui, au même degré que la céphalée, les ictus apoplectiformes, les monoplégies, l'hémiplégie, les troubles d'intelligence, etc., sont symptomatiques d'une syphilis cérébrale en évolution ;

Et tantôt une sorte d'épilepsie névrose, qui (à

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l'instar de l'ëpilepsie névrose) reste ce qu'elle a été initialement, sans association consécutive avec d'autres accidents cérébraux.

Voilà le fait.

Eh bien, cette dernière modalité épileptique est précisément l'espèce morbide que, faute d'une appellation meilleure et dans l'ignorance où nous sommes de sa nature vraie, nous avons qualifiée d'épilepsie parasyphilitique.

Tout ce qui précède, Messieurs, ressort de la clinique et s'impose à nous comme un résultat d'observation. Mais là s'arrêtent nos connaissances sur l'espèce morbide en question. Ce que nous pourrions ajouter maintenant à son sujet ne serait plus que du domaine de l'hypothèse.

Amsi, certes, il serait curieux, au point où nous en sommes, d'introduire actuellement un autre débat pour rechercher ce que peut être cette épilepsie parasyphilitique, après avoir établi ce qu'elle n'est pas. Mais sur quelles bases édifier une discussion de ce genre? D'une part, nous manquons d'autopsies. D'autre part, l'histoire clinique de cette espèce morbide n'est encore (je suis bien loin de me faire illusion sur ce point) qu'à l'état d'ébauche. Je vous ai dit ce que j'en savais d'après un certain -nombre d'observations; mais des observations subséquentes ne viendront-elles pas ajouter à son histoire des éléments nouveaux, inattendus, ou même y apporter des rectifications?

PARASYPHIUTIQUES.

L'essentiel, par exemple, serait d'être renseigné sur le point suivant : Cette épilepsie particulière est-elle le résultat de lésions^ ou bien n'est-elle que le produit d'un trouble dynamique importé par la syphilis dans le cerveau? Or, je le répète, nous n'avons pas de documents pour élucider la question. Tout ce qu'il nous est permis d'inférer sur le sujet par simple voie d'induction, c'est que vraisemblablement l'épilepsie parasyphilitique n'est pas le résultat de lésions ou de reliquats de lésions identiques à celles qui constituent la syphilis cérébrale, et cela pour les raisons suivantes :

1° Parce que, si elle était l'expression de lésions de cet ordre, elle devrait aboutir à l'ensemble symptomatologique complexe qui traduit nécessairement, fatalement, une lésion quelconque du ceryeau; — or, c'est là précisément ce qu'elle ne fait pas, puisqu'elle subsiste tout au contraire à l'état d'épilepsie pure et simple, sans annexion d'autres phénomènes cérébraux ;

2° Parce que, dans cette hypothèse, elle ne serait pas durable, durable surtout au degré qui la caractérise; dans cette hypothèse, elle aurait, comme toute lésion cérébrale, une évolution bien plus hâtive, bien autrement précipitée.

3° Parce que, si elle résultait d'une lésion syphilitique, elle devrait ne pas se montrer aussi invariablement réfractaire à l'influence de la médication antisyphiUtique-, etc., etc.

Pour ces motifs. et d'autres encore, il n'est donc

Él'ILEPSIE.

guère vraisemblable qu'elle dérive d'une lésion syphilitique de l'encéphale.

Mais, en fin de compte, quelle est-elle donc? Cela, nous n'en savons rien, je suis toujours amené à vous le répéter. Et, quant à présent, tout ce que nous pouvons en dire se réduit à ceci :

C'est qu'à tous égards elle se rapproche de ces curieuses affections auxquelles on a appliqué, dans ces derniers temps, le qualificatif d'affections para syphilitiques. Elle s'en rapproche, en eff'et, à un triple point de vue : 1° en ce qu'étiologiquement elle procède, et cela d'une façon non douteuse, d'une origine syphilitique; — 2° en ce que, quant à ses symptômes (et, vraisemblablement aussi — nous le saurons quelque jour — quant à ses raisons anatomiques), elle ne présente rien qui appartienne en propre à la syphilis, rien qui soit dûment et exclusivement syphilitique) ; — 3° en ce qu'elle n'est pas influencée par le traitement antisyphilitique.

Bref, elle est à la syphihs ce qu'est à cette même maladie la syphilide pigmentaire, ce que lui est le tabès, ce que lui est la neurasthénie, ce que lui est la paralysie générale, etc. ; c'est-à-dire qu'elle dérive de la syphilis comme origine., sans avoir la nature, l'essence d'une manifestation syphilitique.

Donc, au moins provisoirement, nous sommes conduits par la logique des choses à la considérer comme une affection parasyp/iilitique.

AFFECTIONS PAHASYPHILITIQUES,

AMYOTROPHIE PARASYPHILITIQUE.

Je VOUS disais au début de ces conférences que la liste des affections parasyphilitiques était loin d'être close et que l'avenir nous réservait sans doute de voir quelques types nouveaux s'y adjoindre.

Je ne savais pas être si bon prophète. Car, ces derniers temps, un de mes plus distingués collègues et amis, M. le D' Raymond, .vient de décrire une forme curieuse à' amyotrophie progressive d'origine syphilitique, laquelle semble bien, à tous égards, avoir sa place marquée dans le groupe des affections qui nous occupent'.

Qu'est-ce donc, d'abord, que cette « amyotrophie progressive » de M. Raymond ?

Cliniquement, c'est une atrophie musculaire d'origine spinale; — atrophie progressive, envahissante, tendant à se généraliser; — atrophie rappelant bien, à vrai dire, comme physionomie d'ensemble et surtout comme aboutissant terminal, le type classique connu sous le nom de « type Aran- Duchenne », mais en différant essentiellement par

I. Sur quelques cas d'alropliic musculaire à marche progressive chez des syphilitiques. — Bull, et Mém. de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 3 fév. iSgS.

AMYOTROPHIE PROGHESSIVE.

deux symptômes principaux, voire capitaux, à savoir : des phénomènes très accentués de douleurs et des phénomènes de parésie localisée, les uns et les autres servant de préludes à la fonte de chaque groupe musculaire.

En second lieu, comment et pourquoi cette amyotrophie spéciale vient-elle prendre place dans notre sujet? De par les trois raisons que voici :

]" Parce que, d'abord, il n'est pas douteux dès à présent qu'elle reconnaisse la syphilis comme cause originelle. Sur quatre cas, observés par MM. Vulpian et Raymond, quatre fois la syphilis se trouve dûment signalée dans les antécédents.

2° Parce que cette amyotrophie semble bien n'éprouver aucune influence, soit suspensive soit modificatrice, de la part des agents antisyphilitiques.

3" Parce que (au moins d'après la seule autopsie pratiquée jusqu'à ce jour) les lésions productrices de cette amyotrophie sont des lésions banales, vulgaires, n'offrant rien de spécifique, rien qu'on ne puisse rencontrer en dehors d'une étiologie spécifique.

A ces trois litres, donc, cette amyotrophie se présente à nous avec les allures, la physionomie d'une affection parasyphilitique .

Comme spécimen de cette nouvelle et curieuse entité parasyphilitique, je ne saurais mieux faire que vous citer l'observation suivante, laquelle a

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été présentée à la Société médicale des hôpitaux par M. Raymond avec un grand luxe de détails cliniques, anatomiques, histologiques, etc., et avec toute une série de planches que je vais placer sous vos yeux.

Un jeune homme de 23 ans contracte la syphilis en 1874, et ne s'en traite qu'une dizaine de mois. Comme d'usage, il guérit provisoirement et en apparence. — Aussi bien, comme d'usage encore, est-il repris en i883 d'une poussée de syphilis, sous forme de syphilides ulcéreuses disséminées.

— En i885, début de l'affection nerveuse qui va nous occuper, sous forme de douleurs lancinantes dans l'épaule droite, douleurs que l'on prend d'abord pour « du rhumatisme w ; — puis, bientôt après, crampes et contractures intermittentes dans les doigts et la main du côté droit. L'action d'écrire devient douloureuse, difficile, presque impossible.

— En 1889, nouveau symptôme : diplopie droite, survenue subitement, et persistant deux mois. — Puis, à dater de ce moment, l'affection nerveuse s'affirme énergiquement par deux ordres de symptômes, à savoir : 1° phénomènes douloureux^ consistant en douleurs lancinantes dans la région cervicale postérieure, dans le bras droit, dans les épaules, etc. ; — 2.° phénomènes parétiques^ voire presque paralytiques, affectant des localisations diverses : paralysie successive de tous les doigts de la main droite, qui commence à maigrir; diffi-

AMYOTROPHIE PROGnESSIVE.

culte pour relever la tête en arrière; paralysie de la corde vocale droite.

Et alors, invasion d'une amijolrophic progresswemenl envahissante jusqu'à généralisation.

Pour un certain temps, cette amyotrophie se localise clans le membre supérieur droit et la région postéro-supérieure du tronc. — Puis elle envahit le tronc et le membre supérieur gauche. — Puis elle se porte sur les membres inférieurs, sur le diaphragme, sur les muscles glottiques, etc. — Progressivement aussi elle s'exagère comme intensité de phénomènes et aboutit à décharner tout le corps, qui peu à peu « se change en un véritable squelette ».

Naturellement, alors, entrent en scène des symptômes dé dyspnée, avec tirage sternal de plus en plus accusé, de dysphagie, d'aphonie, de difficulté de mastication, etc., etc. ; le tout avec conservation absolue des autres grandes fonctions, notamment de la sensibilité et de l'intelligence. Le malade assiste ainsi en témoin conscient à la destruction progressive de son être, et finit par succomber aux progrès de l'asphyxie (avril 1890).

Pratiquée de la façon la plus minutieuse, l'autopsie révèle, sans parler des altérations musculaires, des lésions multiples, à savoir : lésions des méninges médullaires, qu'on trouve épaissies et opalines; — des racines antérieures, qui se présentent grêles et atrophiées; — des cornes antérieures, profondément altérées par diminution con-

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sidérable des cellules ganglionnaires et par défor • mation de ces cellules, etc.; — des noyaux bulbaires; — des nerfs périphériques; — et surtout du système vasculaire. Tous signes, en efFet, d'une myélite vasculaire diffuse et surintense. Ainsi : vascularisalion générale de la moelle dans toutes ses parties; vaisseaux volumineux et gorgés de sang; artérioles offrant un volume excessif; production surabondante de vaisseaux de nouvelle formation; altérations vasculaires par infiltration des tuniques moyenne et externe; quelquefois même, dans les parties les plus atteintes, bourgeonnement de la tunique interne, avec oblitération du vaisseau, etc., etc. — Aussi bien l'auteur fait-il de ces altérations vasculaires les lésions principales et primordiales en l'espèce. « Il s'agit là, dit-il, d'mie myélite vasculaire diffuse, et l'altération des vaisseaux semble dominer toute la situation. »

En ce qui concerne notre sujet actuel, qu'avonsnous à retenir du cas qui précède, comme aussi d'autres faits semblables cités par MM. Vulpian, Raymond et Rendu' ? Les deux points suivants :

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