‹ Les affections parasyphilitiquesChapitre 37 sur 62 · RACHITISME · texte numérisé non relu

RACHITISME

un rare talent, celte doctrine a soulevé une opposition presque générale. Elle a été combattue et délinitivement réfutée par une nombreuse série de travaux que je n'ai pas à citer; elle n'a plus aujourd'hui qu'un intérêt historique.

Toutefois de cette doctrine il ne reste pas que des ruines, comme on semble le croire et comme certains auteurs ont eu le tort de l'affirmer. Car elle a eu le privilège de mettre en évidence un fiiit réel, authentique, auquel on n'attachait pas (avant les recherches de Parrol) la créance qu'il mérite, à savoir : l'indéniable fréquence du rachitisme chez les enfants issus de souche syphilitique.

Oui, incontestablement oui, au-dessus de toute discussion possible, le rachitisme se rencontre avec une réelle fréquence sur Les sujets affectés de syphilis héréditaire. Et même cette fréquence est telle qu'elle devient significative par elle seule et qu'elle atteste, dirai-je, d'une façon évidente une relation de cause à efi'et entre la syphilis et le rachitisme.

Cette conclusion ressort tout à la fois de l'observation de nos devanciers et de la nôtre. Quantité d'auteurs, anciens', modernes ou contemporains,

I. A ne citer qu'un seul exemple, Aslruc, au siècle dernier, écrivait ceci :

« ... S'ils vivent, les enfants issus de parents syphilitiques sont ccrouelleux, petits, rachitiqiies, bossus; ils ont de grosses articulations, de grosses têtes, des nez écrasés, des jambes crochues., tour-

PARASYPIIILITIQUES.

ont signalé le racliillsme en relation avec la syphilis héréditaire. Parrot n'avait fait qu'achever — il le déclare lui-même — la démonstration sur ce point. Et, pour ma part, avant de connaître les résuUats de mon collègue et ami, j'avais déjà constaté tant et tant de fois le rachitisme en coïncidence avec la syphilis héréditaire que, de vieille date (dans mes leçons de Lourcine, par exemple), je n'avais pas hésité à affirmer une connexion étroite entre ces deux maladies.

De cela, d'ailleurs, combien de spécimens n'avezvous pas vus dans nos salles! Rappelez-vous, entre autres cas de ce genre, le dernier qui s'est présenté à nous. Il y a quelques jours, une femme syphilitique nous amenait ses deux enfants : or, l'aîné, âgé de quatre ans, offrait un type accompli de rachitisme, tandis que le plus jeune, âgé de quelques mois, était criblé de syphilides.

Autre cas identique, celui-ci emprunté à ma pratique de ville. Un jeune homme contracte une syphilis qui devient grave et dont j'ai toutes les peines du monde à le déliarrasser. 11 se marie prématurément et donne naissance à deux enfants, sa femme restant saine. Or, de ces deux enfants, l'aîné (que, malheureusement, je n'ai pu observer qu'à son retour de nourrice) est actuellement âgé de six ans et présente au plus haut degré les déformations classiques du rachitisme. Quant au plus

ntles en dehors ou en dedans \\h sont estropiés, tordus, contrefaits en. différentes manières, etc.... » (Trad. franc., 1743, T. IV, p. 12a.)

nACHITISME.

jeune, afFeelé presque dès sa naissance de manifeslalions syphilitiques, il a succombe, vers deux ans et demi, à des accidents de syphilis cérébrale.

Des cas de ce genre abondent et surabondent. En sorte que le point de fait est jugé. Oui, très certainement, le rachitisme est une conséquence commune de la syphilis héréditaire.

Mais reste le point de doctrine, à savoir : Le rachitisme est-il une lésion syphilitique, ou bien n'est-il qu'une conséquence banale, indirecte^ de l'hérédité syphilitique?

On sait comment Parrot avait tranché la question en faisant du rachitisme une lésion syphilitique et en imputant indistinctement à la syphilis tous les cas de rachitisme. Eh bien, vous ai-je dit, une réaction, dont je n'ai pas à raconter ici les étapes, s'est produite contre cette doctrine exclusive, qui est complètement abandonnée de nos jours.

Actuellement, au contraire, on inchne à ne voir dans le rachitisme qui se produit sur les enfants hérédo-syphilitiques qu'une conséquence indirecte de la syphilis. Telle est l'opinion que je soutiens dcjDuis longtemps. Pour moi, le rachitisme ne serait qu'une affection d'origine, mais non de nature syphilitique; ce serait donc, en un mot, une affection parasyphilitique.

J'imagine que la syphilis produit le rachitisme au même titre qu'elle produit la débilitation native, l'appauvrissement de hi constitution, le lympha-

AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES,

tisme, les dystropbies de tout ordre, les malformations dentaires, les arrêts de développement, l'infantilisme, etc., toutes conséquences banales d'une cause spécifique, mais d'une cause spécifique exerçant sur l'économie une influence intense de dépression, de dénutrition, de déchéance organique, de dégénérescence.

Cette opinion est celle qu'ont expressément énoncée plusieurs de nos collègues. Ainsi, pour W. Taylor, « la syphilis peut bien produire le rachitisme, mais indirectement et en raison de ce fait qu'elle altère la nutrition par son influence dépressive, débilitante^ ».

De même, pour M. Cazin, « si la syphilis peut aboutir au rachitisme, c'est qu'eUe y prédispose, comme à la scrofule, en tant que cause de détérioration de l'individu et de l'espèce'' ».

(( J'adopte pleinement, écrit M. le D-" Comby dans son remarquable livre sur le rachitisme, l'interprétation proposée par M. Fournier sur les relations du rachitisme et de la syphilis héréditaire.... Oui, la syphilis prédispose réellement les enfants aux atteintes du rachitisme. Mais, si les enfants atteints de syphilis héréditaire deviennent souvent rachitiques, c'est parce que leur nutrition générale est profondément troublée par la maladie ou par l'allaitement artificiel qui est la conséquence fréquente de la maladie. Ces mêmes enfants, lors-

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