‹ Les affections parasyphilitiquesChapitre 38 sur 62 · Rachitisme et syphilis, i · texte numérisé non relu

Rachitisme et syphilis, i

UACHITISMIÎ.

qu'ils sont à la fois traités par le mercure et allaités par une bonne nourrice peuvent être préservés du rachitisme'. »

Au total, donc, le rachitisme de nos petits malades ne serait qu'un résultat du trouble général importé par la syphilis dans l'organisme. Conséquemment, je le répète, il constituerait un accident d'origine syphilitique, mais non de nature syphilitique.

Et voyez l'avantage de cette interprétation qui se prête également à expliquer ces deux faits : i" comment le rachitisme peut dériver aussi bien d'une cause spécifique que d'une cause non spécifique; — et 2° pourquoi le rachitisme, alors même qu'il dérive de la syphilis, se montre réfractaire aux agents antisyphilitiques.

Je terminerai en rappelant qu'une constatation récente ajoute un nouvel argumenta la thèse que nous venons de défendre.

Des travaux d'ordre chimique ont été entrepris par mon distingué collègue et ami le D' Albert Robin sur les os des enfants hérédo syphilitiques. Or, de ces travaux encore inédits, mais qu'a bien voulu me communiquer M. Robin, il résulte ceci :

Que les os des enfants hérédo-syphilitiques sont particulièrement remarquables par la proportion

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AFFIîCTIONS PAnASYPHlLITIQUES.

considérable cVeau qu'ils contiennent; et cela au détriment des éléments essentiels, nobles, du tissu osseux (à savoir phosphate et carbonate de chaux, associés à l'osséine).

Ainsi, tout ce qui est élément noble, utile, constitutif, est abaissé comme proportions; — tandis que l'élément aqueux, c'est-à-dire l'élément indifférent, banal, secondaire, s'élève jusqu'à une proportion relativement prédominante.

Ouel trouble trophique! Quelle déviation du pro'cessusde nutrition! Et, aussi, quelle confirmation apportée à tout ce que je viens de dire, comme à ce qui me reste encore à dire sur l'influence dystrophique de l'hérédo-syphilis !

Une influence de même ordre et de même origine se traduit quelquefois sur les sujets hérédosvphilitiques par des arrêts partiels de développement, affectant en particulier tel ou tel viscère.

Bien que ce sujet ait été à peine exploré, nous sommes, dès à présent, en possession d'un certam nombre d'observations bien authentiques temoionant de ces singulières influences localisées de rhérédité syphilitique. À tout le moins les exemples qui vont suivre pourront-ils servir de jalons pour des recherches ultérieures.

C'est ainsi que, d'une façon assez commune, on

AURÈTS PARTIELS DU DEVELOPPEMENT. So"

constate chez les hérédo-syphilitiques un défaut de développement du testicule.

Le testicule reste chez eux, comme volume, plus ou moins au-dessous de la moyenne. Quelquefois même il se présente réellement petit, voire minime, voire presque rudimentaire en certains cas plus rares.

Et notez qu'en l'espèce cette réduction de volume, celte ténuité de l'organe n'est en rien le résultat d'un état pathologique antérieur, à savoir de cette albuginite, de ce sarcocèle infantile qu'a SI bien étudié le Hutinel. Car, ici, tout en étant petit, le testicule n'en esl pas moins régulier de foi^e, souple, exempt de toute induration morbide, bref parfaitement sain. D'ailleurs, ce qui complète la démonstration en ce sens, c'est que dans les cas en question, larrét de développement du testicule coïncide fréquemment avec d'autres lésions de même ordre, c'est-à-dire d'ordre dystrophique.

A preuve une belle observation de mon ancien eleve et ami, le docteur Poyet.

Cette observation est relative à un jeune garçon de seue ans, né de parents syphilitiques et ayan présente dans son enfance des aceide,' Is non dou leux de syphilis héréditaire. Or, d'une part ce jeune homme, en raison de sa petite tail e et' de a rae uc de ses formes, avait t'ont à fait l'aHur enlant.ne, « a ce po.nt qu'on l'eût pris volontiers ^"f™' ''^ -i'-^ à ans'» ; et, dW

AFFliCTIONS l'AUASYPHlLlTIQUI'.S.

part, il présentait une verge non développée, « analogue à celle d'un sujet de sept à huit ans », et des testicules qui « ne dépassaient pas le volume d'un haricot ». A noter, de plus, qu'en relation avec cet arrêt de développement du système génital, «la voix était aiguë, criarde comme celle d'un tout petit enfant ou comme le timbre d'un mirhton ».

On a vu de même des arrêts de développement affecter les ovaires, Vutérus, voire le vagin.

Tel est un cas dû à M. le D"^ Lancereaux, cas relatif à une femme de quarante ans, née d'un père syphilitique et ayant présenté dans sa jeunesse divers accidents de syphilis héréditaire. « Non seulement, dit l'observateur, cette femme était de petite taille et peu développée, mais ses seins (à quarante ans) étaient ceux d'une jeune iille non encore pubère. - Elle n'avait jamais été menstruée. — Le pubis était complètement glabre.

La vulve était remarquablement étroite. — Le ya-in permettait difficilement l'introduction du petit doigt, etc. - La malade ayant succombe a une alTection intercurrente, on constata a 1 autopsie un état d'atrophie ou plutôt de non-développement de l'utérus, qui était très petit et comparable a l'utérus d'une fillette de huit à dix ans. - Les ovaires rudimentaires ne contenaient même pas de vésicules de De Graaf. »

N'oublions pas enfin que la microccphalic a été

AnnÊTS DU DÉVKLOPPEMRNT INTELLECTUEL. SoQ

plusieurs fois signalée comme stigmate d'hérédité syphilitique.

Tout ce qui précède est relatif au développement physique.

Eh bien, de même, une conséquence possible de l'hérédo-syphilis consiste en de véritables arrêts^ à des degrés divers, du développement intellectuel.

C'est un fait aujourd'hui bien authentique — quoique peu connu, peu accepté, je dois le reconnaître — que les descendants des sujets syphilitiques sont quelquefois frappés de déchéance intellectuelle.

Très positivement, la syphilis héréditaire crée parfois des enfants bornés comme intelligence^ voire des enfants idiots.

Et rien d'étonnant à cela. D'une part, il est bien légitime que la syphilis réagisse sur l'intelligence de par les déterminations spécifiques qu'elle peut exciter vers le cerveau dans le jeune âge. Et, d'autre part, en ce qui concerne notre sujet, il n'est pas plus surprenant que l'influence hérédo-syphilitique retentisse sur le développement intellectuel par des processus d'autre genre, ne comportant plus rien de syphilitique.

AFFECTIONS PAUASYPHILITIQU ES.

Quels IroLibles cérébraux relèvent de ce dernier mode d'influence? Le voici :

I. — Dans un premier degré, on a affaire à des sujets bornés, simples, obtus, niais, à insuffisance intellectuelle dûment accentuée.

Ce sont là des sujets qui, la plupart du temps, ont subi un arrêt de développement tout à la fois physique et psychique. Ils ont fait leurs dents tard; ils ont marché tard; ils n'ont grandi que lentement. De même ils ont été en retard pour parler. Au delà, ils n'ont appris à lire et à écrire — mais à lire, plus spécialement encore — qu'avec une difficulté singulière. Toujours leur mémoire s'est montrée défectueuse, débile, paresseuse, infidèle. Dans un âge plus avancé, ils deviennent de mauvais écoliers, inintelligents, mal doués, rebelles à la culture et au développement, « bornés », en un mot, et constituant le type de ce qu'on appelle par euphémisme « des enfants arriérés «. Inutile d'ajouter que tels ils restent et resteront plus tard, avec des aptitudes intellectuelles très inférieures au niveau moyen.

Il, — Dans un second degré, l'arrêt du développement intellectuel est pour ainsi dire absolu, non moins que définitif et irrémédiable.

Un certain nombre d'observations de ce genre ont été citées déjà par divers auteurs, notamment par Critchett, J. Hutchinson, H. Jackson, Mercier, Parrot, J. S. Bury, Tarnier, etc.

Tous ces cas, identiques comme fond, présentent

IMIIÉCILLITK. IDIOTIE. 'OU

le triste tableau d'un être déchu psychiquement, à peu près dépourvu d'intelligence, automatique, machinal, n'ayant à sa disposition que quelques mots élémentaires, ne comprenant presque rien ou même ne comprenant rien de ce qu'on peut lui dire. Si la vie des dégénérés de cet ordre ne se borne pas absolument à manger, boire et dormir, elle se restreint du moins à une série d'actes purement instinctifs, à des allées et venues sans intention suivie, à des occupations enfantines, à des amusements ineptes, à des insanités de tout genre, etc.; sans parler encore d'incidents passagers qui se tiennent au diapason de l'ensemble cérébral, tels que colères sans motifs, cris, gesticulations, violences, impulsions soudaines, brutales, quelquefois malfaisantes, et toutes manifestations du genre de celles qui composent l'ensemble symplomatologique de V imbécillité ou de Vidiotie.

Ajoutons qu'il n'est pas rare d'observer dans les mêmes conditions, coïncidemment avec cette dégradation de l'intelligence, certains troubles de la motilité, à savoir : incertitude des mouvements, maladresse des mains, tremblements passagers, défaillances d'équilibre, faiblesse des jambes, faiblesse des quatre membres, état de parésie musculaire généralisée, etc.

J'ai rencontré, ces derniers temps, un cas de ce genre sur une jeune enfant de treize ans, dont la mère avait été traitée par moi, il y a une quinzaine d'années, pour divers accidents syphilitiques, et

AI'I'ECTIONS PARASYPHILITIQUES.

Yoici ce que j'ai observé. D'une part, cette enfant est sourde-muette. — D'autre part, elle est imbécile, ou du moins les manifestations intellectuelles dont elle fait preuve se bornent à ceci : quelques sourires niais échangés avec sa mère ou avec les personnes de son entourage; quelques désirs de gourmandise ou de coquetterie; quelques sentiments d'affectuosité, de tristesse ou de satisfaction (non motivée le plus souvent), de colère, de frayeur, etc. Enfin, elle offre un état de parésie musculaire généralisée. Ainsi, elle ne peut se soutenir sur ses jambes ; elle ne dirige même pas ses jambes pour marcher, quand on la 7Jiet debout en la portant sous les aisselles. Assise, elle s'infléchit sur ellemême dans un sens ou dans l'autre, surtout latéralement. Sa tôte vacille et retombe parfois sur les épaules, comme ferait la tête d'un cadavre. Ses mains, qui semblent le moins affectées, ne saisissent les objets cju'avec une insigne maladresse et les tiennent d'une façon plus convulsive qu'assurée; elles sont, de plus, comme subluxées sur l'avantbras.et n'exécutent leurs mouvements qu'avec des attitudes bizarres, en se tordant, en se contorsionnant, en se crispant de la plus étrange façon.

Et de même pour d'autres cas que j'aurais à citer'.

C'est donc un fait aujourd'hui avéré, indiscu-

I. V. La syphilis héréditaire tardive, p. 45o, où quelques cas de même ordre se trouvent relatés.

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