TABES HÉRÉDO-SYPHILITIQUE
I"^- — En revanche, nous pouvons être l)ien autrement explicites en ce qui concerne deux grandes affections dont il me reste à vous parler, à savoir le tabès et la paralysie générale.
Pour le labes, nous possédons aujourd'hui un certain nombre de cas attestant d'une façon non douteuse sa connexion pathogénique avec l'hérédosyphilis.
Telle est l'importance de la question que quelques-uns de ces faits demandent à être produits au titre de pièces justificatives.
En voici quatre, d'abord, qui me sont personnels. (Je ne les place en première ligne que par ordre chronologique.)
I. — Le premier est relatif à un malade de nos salles, dont je vous ai parlé longuement dans une conférence antérieure' et que rappellera probablement à vos souvenirs la particularité curieuse d'une fracture spontanée survenue tout à fait au début de la période préataxique. Vous savez si nous avons soigneusement recherché sur ce malade la cause de son tabès. Tout d'abord, nous
I. V. Tabès tr origine /terJdo-sj'plillitiijitc profiaùle ; frnc/iiic spontanée^ leçon recueillie p.ir le Bniclicl. {France médica/e, i885.)
TAnnS HÉRÉDO-SVPHILlïIQL'E.
n'avons rien trouvé, pas même la syphilis, qui cependant fait si rarement défaut dans les antécédents des tabétiques. Puis, un examen plus minutieux nous a conduits à découvrir sur lui plusieurs signes de l'ordre de ceux qui témoignent le plus communément d'une infection spécifique héréditaire, à savoir : i° une taie cornéenne; — 2" des antécédents d'ophthalmies chroniques, qui auraient affecté le malade pendant toute son enfance; — 3° des malformations dentaires multiples, sous forme de sillons transverses très accentués, d'érosions, de lésions atrophiques affectant le sommet de plusieurs tlents. — A coup sûr, ces divers signes (les seuls d'ailleurs C[u'il nous ail été possible de relever) ne nous permettent pas d'affirmer d'une façon absolument positive une infection hérédo-syphilitique chez le malade en question, mais ils nous autorisent pour le moins à la soupçonner, à la considérer comme très probable.
n. — Un second cas, plus complet, que j'ai recueilli en ville, concerne une femme de trente ans, déjà profondément ataxique à l'époque où je la vis pour la première fois. Chez cette femme, le tabès avait débuté — chose rare et digne de remarque en l'espèce — vers l'âge de vingt ans. Or, cette malade était indemne de toute contamination syphilitique personnelle; mais elle fournissait une série de renseignements qui laissaient peu douteuse sur elle l'existence d'une infection spécifique héréditaire. Son père, nous disait-elle, était
A l'FBCT IO^S l> A U A S V I> Il 1 LIT I II V KS .
morL « des suiles d'une syphilis qu'il avait con- Iractée dans sa vie de garçon )). Sa mère avait fait de très nombreuses fausses couches que divers médecins avaient rapportées à la maladie du mari. Elle-même avait été affectée, vers l'âge de trois à quatre ans, d'un « mal d'yeux grave et chronique )), qui avait duré quinze à dix-huit mois et qui s'attestait encore par la persistance d'un néphélion sur l'une des cornées.
m. — Le troisième fait dont je dispose est relatif à un jeune garçon chez lequel, comme chez la malade précédente, le tabès débuta d'une façon liingulièrement prématurée. A dix-huit ans il était déjà alaxique (sans même tenir compte de divers prodromes sur lesquels il s'expliquait mal, mais qui semblaient de nature à faire reporter le début du tabès proprement dit au seuil même de l'adolescence). Or, ce jeune homme était indemne de toute contagion syphilitique, et même il n'avait jamais eu de rapports sexuels. En recherchant sur lui la cause, le pourquoi de ce tabès, je découvris trois signes peu douteux d'infection héréditaire, à savoir :
1° De nombreuses cicatrices lombo-fessières, du genre de celles que Parrot a si bien étudiées et décrites. Mon regretté collègue, à qui je montrai le malade, me déclara que, pour lui, ces cicatrices étaient a absolument typiques et démonstratives ».
2° Plusieurs érosions dentaires, sous forme de sillons ou d'atrophies cuspidiennes. — En outre,
TAnES IIÉIIKDO-SYPIIILITIQUIÎ.
une canine était absolument amorphe, au point de ressembler moins à une dent qu'à un eadlou jau-
"''s^'^Une atrophie scléreuse des deux testicules, (,ui offraient tout au plus le volume de petites olives, avec une dureté ligneuse. En l'absence de tout antécédent, de tout commémoratif capable d'expliquer une telle dégénérescence, il était au moins rationnel d'en chercher l'origine dans ces orchiles infantUes de la syphiHs héréditaire qu'a signalées un médecin distingué, le D" Hut.nel, et qui sont bien plus fréquentes qu'on ne le croit généralement.
IV. — Enfui, mon quatrième cas concerne un malade profondément ataxique, indemne de syphilis acquise, mais présentant lui aussi, comme les trois précédents, divers signes non douleux, je dirai même presque positifs, d'infection héréditaire. D'autre part, comme document complémentaire, cet homme affirme (et il est absolument catégorique sur ce point) que son père «a été affecté de la syphilis et traité pour la syphilis à l'hôpital du Midi en i84o, c'est-à-dire juste un an avant de lui donner naissance ». 11 tient cela, assure-t-il, de source bien certaine, et maintes fois on lui a dit dans sa famille « qu'il lui arriverait malheur, parce qu'il était né d'un mauvais sang w.
v et VI. — Voici maintenant deux cas de B. Remali dans lesquels le tabès s'est produit sur de jeunes sujets certainement hérédo-sypliilili-
AFFliCTlONS l'AIlASYPHILITIQUES.
ques, et cela (remarquez bien celte particularité je vous prie) vers neuf ans sur l'un et treize ans sur l'autre. Ces tahes juvéniles ne forment-ils pas les dignes pendants de ces « paralysies générales juvéniles « dont je vous ai déjà entretenus et suilesquelles nous aurons l'occasion de revenir dans un instant? Vous allez en juger.
Obs. I [Sommaire). — Marie D..., âgée de douze ans. — Née d'un père qui a contracté la syphilis en 1866 et dune mère également syphilitique, laquelle est encore affectée actuellement d'une périostose frontale. — Cette femme a eu onze grossesses, dont quatre se sont terminées par des fausses couches, et dont trois autres ont donné naissance à des enfants qui sont morts au cours de leur première année. — Trois enfants survivants, dont Marie D... est l'aînée.
Bonne constitution. — Comme antécédents morbides, rougeole, scarlatine, varicelle et diphtliérie, — En outre, à neuf ans, chute sur l'occiput, sans accidents consécutifs.
Peu de temps après, invasion des symptômes de l'affection labétique actuelle, sous forme de troubles urinaires (incontinence d'urine, nocturne et diurne; miction difficile et lente). — Puis, incontinence des matières fécales, symptôme qui a disparu depuis neuf mois. — Plus tard, pertes de connaissance; — cé()halée occipitale; — ptosis; — diplopie; ■ — abaissement progi^essif de l'acuité visuelle.
Actuellement, A'ue très affaiblie. — A l'ophthalmoscope, on constate un certain degré d'atrophie des nerfs optiques, avec rétrécissement des vaisseaux de la papille.
D'autre part, douleurs en ceinture; — douleurs fulgurantes dans les bras et les jambes, parfois accompagnées de petites secousses dans les extrémités; — diminution de la sensibilité' au toucher et à la douleur, surtout dans les membres inférieurs; — symptômes de parestJvJsie (sensations de froid, d'engourdissement dan.s les bras et les jambes); — abolition
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complète dos rcl^cxes rotidien.s-; — de temps ù autre, crises gastriques avec vomissements ; — troubles urmaires persistants ; etc.
Obs. II. [Sommaire). — R. Ernest, âge de seize ans. — Ne d"un père syphilitique, qui présente actuellement divers signes non douteux de tabès.
Débile depuis son enfance. — Peu de temps après sa naissance il a présenté divers accidents qui paraissent peu douteux en tant que manifestations d'hérédité spécifique (coryza, boutons sur la tôle, boulons sur tout le corps).
Depuis trois ans, accidents intermittents d'incontinence urinaire nocturne. — Enfin, depuis deux ans, accès de douleurs déchirantes dans les incisn'es, qui sont cependant très saines. — Signe de Roniberg très accentué. Le malade titube dès qu'il ferme les yeux ou dès qu'on lui commande de tourner rapidement sur les talons. — Hjperesthésie au niveau de la seplième vertèbre cervicale. — Anesthésie au toucher et à la douleur, principalement à la face interne des cuisses. — A-bolition complète des réflexes rotuliens^.
VII. — Strùmpeli a relaté un cas fort inléressanl de paralysie générale associée au tabès sur une jeune fille de treize ans (Remarquez encore l'âge). En voici le sommaire :
«Fillette de treize ans, admise à la clinique d'Erlangen le G juin 1887. — J?ère ayant contracté la syphilis en 1870. Marié en 1871. — Trois enfants : i" la fillette qui fait le sujet de l'observation ; née en 1872; — second enfant mort-né; — troisième enfant bien portant. — Antécédents : Enfant toujours débile. — Intelligence moyenne. — Éruptions cutanées dans l'enfance. — A sept ans, affection oculaire. — iV treize ans (octobre i885), attaque suivie de parésie passagère du bras droit et de la jambe gauche. — Pendant un an, répétition de ces attaques environ tous les mois. Dès la première et