AFFECTIONS PAR ^SYPHILITIQUES
roue de voiture qui Initie un instant sur un caillou du chemin? Pas davantage.
4° Des conceptions délirantes ou même une ébauche de conceptions délirantes, comme cela est d'observation si commune dans les premiers temps ou peu après le début de la paralysie générale? Non, encore.
Et ainsi de suite.
En sorte que cette absence des signes, de tous les grands signes qui caractérisent formellement, foncièrement, la paralysie générale, sera un premier argument ou, disons mieux, un premier faisceau d'arguments contre l'hypothèse d'une paralysie générale. En l'absence de tels signes, comment se hasarder à diagnostiquer une paralysie générale?
II. — Second point : Si le malade en question est un neurasthénique et un grand neurasthénique (ce qu'il doit être pour qu'on en soit à redouter sur lui l'invasion d'une paralysie générale), nous allons forcément à ce titre le trouver affecté d'une foule de symptômes nerveux de tout ordre, constituant un état de souffrance générale du névraxe. Nous allons, nous devons rencontrer sur lui, par exemple, des douleurs de tout siège, dans la téte, dans le rachis, dans les membres, dans l'estomac ; — des hyperesthésies verses; — une asthénie marquée du système musculaire (lassitude assidue, courbature, dépression, avachissement, etc.) ; — des troubles dyspeptiques ; — des palpitations ; — dos symptômes génitaux (éjaculation prématurée, débilité
PSEUDO-ENCKPHALOPATIIIES NEURASTHENIQUES. ^3
virile, prétendue impuissance) ; — et tout cela combiné, comme d'usage, à de l'éiéthisme nerveux, à une impressionnabilité, à une émotivité toute spéciale ; — sans parler même de l'éventualité possible, voire probable, de divers symptômes concomitants d'hystéricisme ou d'bystérie vraie.
Eh bien, est-ce que tout cela se rencontre dans la paralysie générale? Est-ce que des symptômes de cet ordre font partie de la scène usuelle de la paralysie générale? Est-ce qu'ils seraient à leur place, dans leur cadre, avec cette dernière maladie? Vraiment non. Ce seraient, pour cette maladie, des symptômes inusités, anormaux; ce seraient, pour elle, des symptômes déplacés, superflus, sans propos, de véritables hors-d' œuvre ^ passez-moi le mot. 11 y aurait presque mésalliance pour elle à contracter union avec des phénomènes de ce genre qu'elle ne comporte pas, avec lesquels elle ne va pas de compagnie, avec lesquels elle ne fait pas société.
Aussi bien, ces hors-d'œuvre — laissez-moi conserver le mot qui, vraiment, est à sa place — ont-ils une signification en l'espèce. Au point de vue diagnostique, ils témoignent contre la paralysie générale, ils l'excluent en tant qu'origine de tels symptômes. De par eux, tout clinicien ayant quelque flair sera conduit à se dire : « VoiLà qui ne ça pas avec la paralysie générale. Il faut autre chose pour motiver les accidents en question. » Et il cherchera autre chose, et, en cherchant, il découvrira la neurasthénie.
AFFECTIONS PAR ASYI'IIIMTIQUES.
III. — Troisième poiiil, celui-ci le plus délicat, mais le plus significatif aussi.
Examinons, analysons, disséquons un à un les symptômes accusés par le neurasthénique^ et nous aboutirons presque toujours à nous convaincre qu'ils n'ont que l'apparence, l'extérieur, le décor (si je puis ainsi parler) des grands symptômes constitutifs des affections organiques céréijrales, sans en avoir la réalité, le fond. Exemples multiples.
Le neurasthénique dit n'être pas solide sur ses jambes, n'être pas certain de son équilibre, etc. Mais examinez-le bien. Vous le A^errez de fait se tenir et marcher d'aplomb ; vous ne surprendrez chez lui ni ces incorrections ataxiques, ni ces défaillances subites d'équilibre qu'on observe dans la paralysie générale.
Il dit de même « avoir du tremblement ». Mais le tremblement qu'il peut présenter par instants (et seulement par instants, d'une façon passagère) n'a rien d'analogue à ces tremblements divers de la paralysie générale dont je vous parlais tout à l'heure. C'est et ce n'est qu'un tremblement émotifs purement émotif, qui se produit à propos d'un rien, cela est vrai (à propos, par exemple, d'une émotion, d'une rencontre, d'une question, de la présence d'un médecin, etc.), mais qui s'apaise bientôt, qui ne dure pas, qui n'est pas permanent. Comparez, à cet égard, l'écriture d'un neurasthénique à celle d'un paralytique général, et vous serez édifiés.
Mieux que cela encore, A l'entendre, ce même
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malade aurait <( perdu la mémoire ». Eh bien, interrogez celte mémoire, scrutez-la, sondez-la de par une longue conversation avec le malade, comme aussi de par les renseignements que pourra vous fournir son entourage, et vous arriverez à reconnaître que, pour être parfois paresseuse ou distraite ou passagèrement obnubilée, ladite mémoire n'en existe pas moins, qu'elle est conservée intacte en tant qu'instrument, et que, surtout, elle ne présente pas ces effacements, ces lacunes, j'allais dire ces scotomes qu'on observe usuellement dans la paralysie générale.
De même pour l'intelligence. Le neurasthénique, qui ne se ménage guère dans ses appréciations sur lui-môme, se dit abaissé, déprimé intellectuellement. A l'en croire, il ne serait plus « propre à rien » comme travail de tête ; il serait même en voie de « devenir fou ou ramolli ». Sur ce point encore, messieurs, allez au fond des choses, c'estii-dire rendez-vous un compte précis de ce qu'est l'état des facultés psychiques, cela de par un interrogatoire prolongé, de par les témoignages des parents, des amis, et vous verrez que cette intelligence, si fort dépréciée par le malade, n'est pas lésée, entamée, réduite, déprimée comme il le prétend ; vous verrez que ce malade raisonne^jusle et bien; qu'il a la plénitude de sa conscience, de son jugement, de ses facultés; que tout ce qu'il dit, écrit ou fait est absolument correct, sensé, exempt de toute déviation; et vous conclurez, au total, que
AFFECTIONS l'AUASVI'lIILlTIQDES.
le trouble pathologique se borne chez lui purement et simplement à ceci : une certaine paresse ci meure en œuvre un instrument resté sain^ c'est-àdire une certaine paresse à exercer des facultés intactes. Chez le neurasthénique, en un mot, il se peut bien qu'il y ait lassitude et courbature d'esprit, soit! Mais il n'y a pas lésion des facultés psychiques. Et, de même qu'au physique un homme las, voire courbaturé, fourbu, n'a rien de commun avec un pai^alytique, de même, au moral, une intelligence fatiguée, aslhénique, engourdie, eslbien différente d'une intelligence entamée, aberrante, déviée.
Encore un autre contraste. Le neurasthénique, certes, a des préoccupations tristes qui lui donnent un certain air de ressemblance avec le paralytique général l3q3émaniaque. Mais voyez ce qu'est cette lypémanie de part et d'autre.
Le neurasthénique souffre — souffre véritablement — ou de la tête, ou du rachis, ou de l'estomac. Il peine à marcher, il peine à faire travailler son cerveau. En raison de cela et pour ces motifs trop réels, il se croit menacé d'une maladie grave ou de l'encéphale ou de la moelle ou de l'estomac, et il s'inquiète, et les inquiétudes qu'il conçoit le conduisent à un état habituel de morosité, de tristesse, de chagrin. Soit! Mais rien que de raisonnable, de mentalement correct dans cet enchaînement de faits. Ces inquiétudes ont leurs motifs, bien qu'exagérées; ce chagrin n a rien en soi d'illogique.
PS EU D O -ENCli P H A LO P A TII I ES K E L' H A STH EN 1 Q L' ES .
Inversement, que Irouvons-nous chez le paralytique général? Des conceptions lypémaniaques d'une part imaginaires, inventées de toutes pièces, et, d'autre part, imbéciles, absurdes, folles. Sans plus de raison pour craindre ceci que cela, indifféremment et au gré de son imagination aberrante, le paralytique général se croit ou ruiné, ou déshonoré, ou persécuté, ou trahi, ou malade, etc., et, dans ce dernier cas, de quelles maladies parfois ne s'affuble-t-il pas! C'est sa gorge cpii ne peut plus avaler parce qu'elle est « bouchée » ; c'est son estomac qui est « pourri » ; c'est « une hèle qui lui ronge les entrailles », et ainsi de suite.
Comparez maintenant. Quelles différences entre les deux tableaux !
Enfin, n'oublions pas celte autre dissemblance vraiment caractéristique.
Le neurasthénique lypémaniacj[ue qui se croit gravement afleclé, qui se dit même « perdu » à propos d'un mal imaginaire ayant son point de départ dans une souffrance réelle, est un malade accessible au raisonnement^ accessible à la réconfortation, à la consolation. Un médecin peut raisonner, discuter avec lui, le persuader qu'il n'a pas ce qu'il croit avoir, le lasséréner en un mot, au moins pour un temps. Tel était le cas, entre tant et tant d'autres que j'aurais à citer, de ce mien client dont je vous ai conté l'histoire et cjui, fortement lypémaniaque, ne s'avouait pas moins « guéri.
AFPECTIO \S PAIt.VSYIMllLI I IQUIÏS.
lemporai rement guéri de tous ses maux », à la suite de chacune des visites qu'il me faisait, et guéri comment? Rien que par quelques bonnes paroles, quelques mots de consolation ou même de plaisanterie sur les nombreuses maladies qu'il croyait avoir.
Et bien, essayez de discuter avec un paralytique général et de lui démontrer l'inanité des maladies dont il se dit affligé. Il ne vous écoutera seulement pas, il ne vous fera pas l'honneur de discuter avec vous, il ne prêtera pas la moindre attention à tous vos raisonnements; vous ne le dissuaderez jamais, vous ne le consolerez pas une seconde. Autant vaudrait prodiguer vos arguments à un mur, suivant le dicton populaire. A preuve le malade que je vous montrais ce matin dans nos salles et qui, comme tant d'autres (soit dit incidemment), doit sa paralysie générale à la syphilis. 11 est hanté, persécuté par une idée lypémaniaque aussi absurde que possible, dont il parle sans cesse, à tout propos et hors de propos, idée qu'il vous a répétée tout à l'heure comme il nous l'a répétée cent fois, et toujours les larmes aux yeux. « Il ne peut, dit-il, ni manger, ni aller à la selle » (bien qu'il mange et aille à la selle très normalement); et cela lui provient de ce qu'un jour « des gens, qui se sont introduits dans sa chambre, lui ont fait manger par force quantité d'aliments qu'il n'a pu digérer et qui lui restent à perpétuité dans l'estomac. » Dites-lui tout ce que vous voudrez pour le dissuader; peine abso-
l'SEL'CO-E>CÉPHALOPATIUES N Et li ASTHÉNIQCES .
liiment perdue! Deux minutes plus lard, il vous racontera la même chose avec la même conviction, avec la même crise de larmes.
Voyez combien diffèrent à tous égards, quand on prend la peine de les analyser à fond, les troubles lypémaniaques de la neurasthénie et ceux de la paralysie générale.
Donc, dirai-je (maintenant que j'ai achevé mon parallèle en trois points), en procédant suivant la méthode diagnostique sus -indiquée, on aboutit presque sûrement, au moins pour la grande généralité des cas, à différencier la neurasthénie de la paralysie générale, et à l'en différencier à un triple point de vue que voici :
1° En ce que l'ensemble neurasthénique ne présente pas les symptômes essentiels, vraiment constitutifs de la paralysie générale;
2" En ce que cet ensemble, d'autre part, surabonde en symptômes qui ne sont pas ceux de la paralysie générale et qui feraient tache dans le tableau de cette maladie ;
3° En ce que ces symptômes, quand on les analyse à fond au lieu de les regarder en surface, sont, à tout prendre, très différents de ceux de la paralysie générale.
Eh bien, ajouterai-je encore, c'est grâce à cette même méthode diagnostique, c'est par les mêmes procédés que vous arriverez avec non moins de
AFFECTIONS PAnASYPlULITIQUES.
précision eL de sûreté à différencier la neurasthénie des autres affections cérébrales qu'elle peut simuler. De cela voici la preuve.
Prenons un second type, et comme tel, nous ne saurions mieux choisir que la syphilis cérébrale dont si souvent, en pratique, la neurasthénie reproduit l'image.
Soit donc, je suppose, un sujet syphilitique qui, après quelques années d'infection, vient se plaindre à vous des divers symptômes suivants : maux de tête; — vertiges; — malaise cérébral mal défini : défaillances de mémoire; fatigue intellectuelle, inaptitude au travail; dépression psychique; obnubilations passagères; — malaise physique, avec faiblesse, lassitude, courbature musculaire; — engourdissements, fourmillements dans les mem- ])res; — troubles de la vue, bourdonnements d'oreilles, etc., etc.
En face d'un tel ensemble, dites-moi si tout aussitôt vous ne suspecterez pas l'invasion d'une syphilis cérébrale. En sorte que votre premier souci sera d'établir par un examen plus approfondi du malade s'il est ou non sous le coup d'une encéphalopathie spécifique. Eh bien, ici encore, ce sera la méthode précédente qui, avec sa triple source d'indications, pourra vous servir de guide; car, s'il ne s'agit, dans le cas supposé, que d'une neurasthénie simple, vous arriverez à la reconnaître et à la différencier sûrement d'une syphilis cérébrale d'après les trois ordres de considérations que je
PSEUDO-ENCÉPIIALOPATHIES ^•EUR ASTHENIQUES.
VOUS développais tout à l'heure. Pour préciser, vous aboutirez à mettre hors de cause en l'espèce la syphilis cérébrale :
1° Parce que, dans la scène morbide en question, feront défaut nombre de symptômes essentiels, constitutifs de la syphilis cérébrale, de S3'mptômes sans lesquels il n'est pas permis de supposer une syphilis cérébrale, tels que : phénomènes dûment congestifs (ictus ou résolutifs ou apoplectiformes);
— ébauche (tout au moins) de symptômes parétiques ou paralytiques dans la face ou les membres;
— paralysies crâniennes et, plus spécialement, paralysies oculaires; — troubles intellectuels dûment avérés par début d'affaissement psychique, d'hébétude, d'amnésie, etc. ; — névrite optique, etc., etc.
2" Parce que, dans cette même scène où' font défaut les phénomènes précités, vous verrez intervenir tout au contraire une surabondance de symptômes qui n'appartiennent pas à la syphilis cérébrale, qui ne rentrent pas dans son cadre, qui y seraient déplacés, et qui, inversement, comportent le cachet, la physionomie propre de la neurasthénie.
3" Parce qu'enfin, si vous descendez au fond des choses, si vous prenez corps a corps tels ou tels des troubles morbides qui, sur votre malade, ont pu vous donner le change au premier abord pour des symptômes d'une encéphalopathie organique, vous verrez qu'ils n'en ont que l'apparence et non la réalité, qu'ils n'en sont, comme on l'a dit, que des « simulacres » .
FOUHNIER. - Àlfect. paras Y;>'iil. (j
AFFECTIONS P.VIlASVl'lIll.l . I(,)L;J.S.
De soi'le qu'en dédniUve el de par celle Iriple analyse clinique, vous aboulirez facilemenl à reslituer toutes choses en leur place et à reconnaître finalement la neurasthénie, au lieu de la syphilis cérébrale, comme origine des troubles accusés par votre malade.
XH
Dans ce qui précède je ne vous ai décrit, messieurs, que les grandes formes, les formes les plus accentuées de la neurasthénie, celles qui, plus que d'autres, s'imposent à Faltenlion par la netteté et l'intensité de leurs symptômes.
Que si, maintenant, j'avais dessein de compléter le tableau, j'aurais à vous dire que ces formes, prises comme types primordiaux, sont susceptibles de très nombreuses variétés, à savoir, par exemple : variétés de degré, comme intensité de phénomènes morbides; — variétés incomplètes, frustes, par absence possible et fréquente même de divers symptômes; — variétés mixtes, résultant d'associations, de combinaisons cliniques, etc. El, de la sorte, j'aboutirais à vous décrire, comme l'ont fait déjà les auteurs qui se sont occupés de la neurasthénie en général : une forme spinale {myèlasthénie) se traduisant plus spécialement par des symptômes médullaires; — une forme cérébrale, à prédominance d'accidents céi-ébnuix [ccrébras-
>KUnASTUÉNIE.