‹ Les affections parasyphilitiques [electronic resource]Chapitre 19 sur 68 · I. V. mon livre sur V Alaxle locomotrice, p. 877 et suiv · texte numérisé non relu

I. V. mon livre sur V Alaxle locomotrice, p. 877 et suiv

11 va sans dire que le traitement spécifique peut aussi rendre le service, en l'espèce, d'écarter les complications.

Daus son livre sur les Maladies de la moelle, M. le D"' Marie a formulé d'une façon presque identique les indications du traitement spécifique dans le tabès. « Ce traitement, dit-il, ce n'est pas contre les manifestations actuelles du tabès que je le donne; je

sais trop qu'il sera impuissant Je le prescris dans l'espoir de

mettre mon malade à l'abii dos autres lésions de nature sypliililique qui sont parfois des complicatious si graves du talies, telles que, par exemple, l'artérite chronique, mère de l'hémorrhagie cérébrale, ou la paralysie générale, fille de la syphilis encéplialo-méningée. Je le prescris aussi parce que j'espère m'opposer de la sorte à ce que le tabès continue sa marche progressive. — Est-ce une illusioii? Je n'oserai prétendre le contraire, mais il me semble que, depuis quelques années, les malades présentant une intensité et un développement considérables de symptômes, les « grands tabétiques », comme on les appelle, sont devenus plus rares. Si le fait est vrai, ne doit-on pas le rapporter à ce que, dans bien des cas, l'administration de la médication spécilique a pu arrêter la marche de la maladie? Celle-ci est, dans ces cas, restée stationnaire, au lieu de se montrer implacablement ]M'Ogressive. » |p. Sag.)

V. aussi : Dinkler, Sur la râleur du traitement mrrciiricl dans l'ataxic locomotrice, Berlincr Klin. Woch., avril 1893; — Analyse dans la Revue neurolojjiquc de Brissaud et Marie, i5 août iSgS, p. 426.

TATÎES.

soit aussi qu'indirect, en ce sens qu'il dérive d'une action des remèdes non pas sur le tabès même, mais sur la syphilis, laquelle, sous leur influence, « cesserait de produire les toxines tabétogènes », c'est possible, et je me garderai aussi bien de le nier que de l'affirmer. En tout cas et réserves faites sur ces quelques résultats éventuellement favorables du traitement spécifique, j'abonde dans le sens de tout le monde, et, avec tout le monde, je reconnais ce qui est d'évidence notoire, à savoir : qu'un abîme sépare ce que fait le traitement spécifique sur les accidents usuels de la syphilis et ce qu'il fait sur le tabès. Sur les accidents usuels de la syphilis, chacun connaît son action devenue proverbiale, action très habituellement (sinon toujours) remarquable à la fois et par son intensité et par la rapidité de ses effets. Sur le tabès, au contraire , action directe nulle , action indirecte plus qu'infidèle, toujours incomplète, se réduisant pour nombre de cas h néant.

Aussi bien de cette différence de résultats thérapeutiques le bon sens clinique a-t-il inféré cette déduction : que, si le tabès était bien sûrement un dérivé de la syphilis, il n'en constituait pas, il n'en pouvait constituer un accident assimilable aux accidents usuels de la maladie- Manifestation cVorigiiie syphilitique, oui, voilà ce qu'est le tabès; mais, manifestation de nature syphilitique, non ! voilà sûrement ce qu'il n'est pas.

Tel est, du reste, le sentiment que, pour ma part.

AFFECTIONS l'Ait ASYPHILITIOLKS.

j'ai toujours cherché à faire prévaloir clans mes leçons, clans mes pui)licalions sur le sujet. Je n'ai jamais parlé c|ue d'un labes d'oiuoiNK syphiliticjuf,, me gardant bien de faire du tabès un accident syphiliticjue proprement dit, un accident de nature syphilitic|ue.

Mais enfin, clira-t-on, f{u'est donc ce tabès issu de la syphilis, s'il n'est pas un accident de nature syphiliticjue?

Ce qu'il est, ce en f|uoi il consiste comme essence, je ne vous surprendrai guère en vous disant cjue je n'en sais rien. Mon ignorance même est absolue sur ce point, et je ne prétends en rien la dissimuler. IMais ne pas comprendre un fait et manquer d'expllcnlion à lui donner n'implicjue en rien, logicjuement, la non existence de ce fait. Or, j'en suis là précisément en l'espèce. D'une part, je vois que le tabès procède de la syphilis, et cela audessus de toute discussion possible; d'autre part, je constate qu'en dépit de son origine spécifique il ne se conduit pas à la façon des accidents usuels de la svphilis, notamment en raison de sa résistance aux lemèdes qui guérissent usuellement ces accidents. Eli bien, j'enregistre, en observateur consciencieux, l'un et l'autre de ces résultats. Mais, quant à les accommoder, quant à explic|uer l'anomalie cj[ui jaillit aussitôt de Ic^ur rapprochement, j'avoue sur ce point ma complète impuissance.

INIaintenant, de cette impuissance ressort-il que

TABES

telle ou telle de ces deux constatations cliniques, en apparence contradictoires, soit entachée d'erreur? En aucune façon. Les deux faits subsistent inébranlés; le secret seul de leur accouplement reste à découvrir.

Or, à défaut d'explication, du moins une analogie vient-elle à notre secours en l'espèce. Et cette analogie nous est offerte par le groupe des manifestations dérivées de la syphilis auxquelles nous avons donné le nom d'affections parasyphihtiques. Le propre de ces affections n'est-il pas en effet le défaut d'obédience aux agents spécifiques en dépit de leur provenance spécifique? Voyez la syphilide pigmenlaire du cou; personne n'en a jamais contesté l'origine syphihtique; eh bien, que lui font le mercure et l'iodure? Rien de rien. Or, n'est-ce pas là exactement le cas du tabès?

Si bien que l'anomalie singulière, extraordinaire au premier abord, voire presque suspecte, du tabès issu de la syphilis et faisant, pour ainsi dire, bande à part dans la syphilis par sa résistance aux agents spécifiques, se trouve sinon expliquée, cki moins légitimée par cet exemple irrécusable de la syphilide pigmentaire. Celte anomalie, elle a son homologue dans la syphihs, et vous savez déjà qu'elle en a plus d'un. Elle ne constitue plus dès lors, dans le tableau de la grande infection spécifique, un fait unique, isolé; tout au contraire, elle devient partie d'un groupe, élément d'un ensemble; la voilà rentrant et prenant place dans une catégo-

PAnASYPHILITIQUES.

rie de phénomènes morbides connus, déterminés, classés.

En définiLive, donc, le tabès n'est autre, par rapport à la syphilis, que ce qu'est à cette maladie la syphilide pigmentaire ; c'est dire que, comme la syphilide pigmentaire, il en constitue une de ces déterminations annexes auxquelles, dans notre ignorance sur leur nature réelle, nous sommes convenus de donner le nom d'affections parasyphilitiques. C'est, en un mot, une afFection parasyphilitique.

Au point de vue historique, j'ajouterai que le tabès a été la première affection parasyphilitique reconnue, dégagée, constituée. Servant de type, il a contribué depuis lors à en faire distinguer plusieurs autres, tels, par exemple, que la paralysie générale, dont nous allons actuellement parler.

Paralysie (;é>'Érale

PARALYSIE GÉNÉRALE

On aurait pu facilement faire œuvre de prophète en prédisant, il y a quelques années, que la doctrine du tabès d'origine syphilitique aboutirait un jour ou l'autre à la doctrine de la paralysie générale de même origine.

Et, en effet, tant et tant de symptômes communs, tant et tant d'analogies d'évolution et de terminaison relient ces deux maladies l'une à l'autre, qu'il était tout naturel de conclure de l'étiologie de l'une à l'étiologie de l'autre. Du jour, donc, où il put sembler acquis que le tabès dérive, pour l'énorme majorité des cas, d'une origine syphilitique, on fut conduit par la logique des choses à se demander si la paralysie générale, elle aussi, ne devait pas être un résultat, une conséquence de la syphilis. C'était rationnel, c'était légitime, c'était, dirai-je même, forcé.

Et de cela, d'ailleurs, voici la preuve historique.

Certes, il avait bien été question de vieille date de relations possibles entre la paralysie générale et la syphilis. Que dis je même! Dès 1857 Essmarch

AFFECTIONS PAU ASYPHILITIQl ES.

et Jessen, dès i863 Kjelberg ' avaient expressément émis l'opinion que la paralysie générale reconnaît toujours et invariablement la syphilis comme cause. Mais on n'avait guère prêté créance ni même attention à cette proposition plus qu'audacieuse. A parler net, personne, au moins chez nous, ne croyait à un rapport quelconque entre les deux maladies. De celaj'aurais vingt témoignages à citer. Le suivant me suffira, et vous allez voir s'il est formel : Dans l'excellent article Paralysie générale » publié par le Diclioniiaire encyclopédique des sciences médicales en i885, le mot de syphiUs ne figure même pas au chapitre de l'éliologie !

Tandis que, depuis l'époque où l'origine syphihtique du tahes a cessé d'être une simple hypothèse pour devenir une vérité reçue, accréditée,

I. Kjelberg (d'Upsal), dès i863, avait émis une opinion plus que radicale, d'après laquelle « la paralysie générale ne se développe jamais dans un organisme parfaiiemeut exempt de sypliilis soit héréditaire, soit acquise ». Il est resté fidèle, paraît-il, à cette doctrine, comme le prouve une lettre adressée par lui au D' Beugler et publiée dans la thèse de ce dernier (Thèses de Nancy, iSgS). — «... Pendant les 29 années qui se sont écoulées depuis lors, dit-il dans cette lettre, j'ai trouvé de nombreuses preuves à l'appui de mon opinion, mais pas uu seul fait qu'on puisse lui opposer, à mon avis, comme décidément contradictoire.... La paralysie générale est, selon moi, une manifestation tertiaire de la sypliilis, affectant les ramifications artérielles de la pie-mère et de la couche corticale de certaines parties du cerveau.... Quant au rôle, dans les maladies mentales, de l'alcool et de l'hérédité, il est certainement très important; mais, spécialement pour la paralysie générale, ce rôle n'est pas marqué. Les malades paralytiques ont des tendances aux libations comme à d'autres extravagances, mais l'alcool n'a rien à faire comme cause de paralysie générale. » (p. 92.)

PARALYSIE GÉNÉRALE

nous avons vu se produire une véritable avalanche de travaux sur les rapports de la syphilis et de la paralysie générale. La France — je regrette d'avoir •i le constater — est restée longtemps étrangère à ce mouvement d'opinion; mais ailleurs et surtout en Allemagne, dans les pays Scandinaves, aux États-Unis, etc^, une véritable « agitation » s'est prockiite subitement sur le sujet. Si bien qu'à dater de l'époque que je viens de dire, la science s'est enrichie, rien que sur ce point, d'une foule de mémoires, de notes, de statistiques, d'intéressantes discussions soulevées dans une série de Congrès, etc. Si bien, finalement, qu'aujourd'hui, en dépit d'oppositions routinières, il s'est constitué une véritable question désormais inéluctable, cà savoir celle des rapports de la syphilis avec la paralysie générale. Ces rapports, on peut bien les hiterpréter d'une façon ou d'une autre quant à leur modalité, quant h leur importance étiologique, pathogénique, etc., mais il n'est plus à les nier. Ils sont irrécusables, de par tout un faisceau de témoignages. Dès aujourd'hui on peut dire que bien sûrement, en vertu d'un processus quelconque et pour une proportion numérique qui reste à déterminer, /a sijphilis est devenue facteur étiologique de la paralysie générale. Restent les détails à fixer ; mais, quant au fond, la cause est entendue.

Or, voyons comment se présente la question actuellement.

AFFECTIONS PAnASYPHlLH IQUES.

Et d'abord, ayons soin d'exclure toute possibilité d'équivoque. La paralysie générale dont il va s'agir ici est bien la paralysie générale vraie^ et non la pseudo-paralysie générale qu'à tort ou à raison (je ne discute pas ce point pour l'inslant) j'ai décrite dans mes leçons sur la sy philis du cerveau*, et que d'autres auteurs ont qualifiée du nom de paralysie générale syphilomateuse. Ce dont

nous allons parler — et parler exclusivement ,

c'est la paralysie générale classique, l'affection dite « paralysie générale des aliénés, périencéphalite chronique diffuse, démence paralytique », etc. ; c'est la maladie si merveilleusement décrite, à l'honneur de l'École française, par Bayle, Délaye, Calmeil, Parchappe, Baillarger, Lasègue, et tant d'autres; c'est la maladie qui, pour en résumer la caractéristique à grands traits et seulement dans ses symptômes principaux, s'accuse de la façon suivante :

y — n'abord, période prodromique toujours assez longue, où s'observent seulement certaines modifications du caractère et une légère inhabileté des mouvements.

II- — Puis, période d'état où prédominent deux ordres de symptômes :

A. Symptômes dits somaliques, constitués principalement par ceci : des tremblements musculaires (tremblement, propulsions et ondulations vermiculaires de la langue; — sautillements des muscles de la face; — tremblement vibratoire des mains, d'où modification précoce de l'écriture); — ti-oubles caractéi'istiques delà parole (parole traînante, et surtout

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