I. V. ouvrage cite, xiii' leçon, p
PARALYSIE GÉÎSÉKALE.
accrocs de isrononciation, scandage des mots); — inégalité des pupilles; — incorrections passagères de la marche, etc.
B. Troubles psychiques, constitués de la sorte : Comme note prédominante, affaiblissement, affaissement progressif de l'Intellect, et diminution de la mémoire. — D'autre part, troubles délirants, susceptibles de deux formes, d'ailleurs sujettes à alternance, <à savoir : forme dépressive, mélancolique, hypochondriaque ; — et, plus souvent, forme expansiye, avec agitation, exagération de la personnalité, satisfaction personnelle, délire des grandeurs ou délire ambitieux; conceptions multii)les, mobiles, absurdes, contradictoires, etc.
A ces symptômes de fond adjonction possible et fréquente même d'autres manifestations morbides, telles que : ictus apoplectiformes, ictus épileptiformes, hémiplégies passagères, crises d'agitation maniaque, troubles de sensibilité, araaurose, troubles trophiques, etc.
llj. — Evolution aboutissant après deux à trois ans en moyenne — et cela d'une façon invariable, inflexible, fatale — à une période terminale, caractérisée par l'impotence, le gâtisme, la démence, la déchéance absolue de l'être physique et moral, puis à la mort.
Au surplus et pour mieux préciser encore, je vais, par un exemple emprunté à mes notes, préciser la forme morbide que j'ai en vue.
Un jeune peintre contracte la syphilis à vingtsix ans. Il s'en traite d'abord assez correctement sous ma direction; mais bientôt, trop tôt, il se croit délivré, et je ne le revois pUis.
Dix ans plus tard, une jeune femme, avec laquelle il vivait maritalement, vient me trouver tout en larmes et me raconter qu'elle est effrayée de l'état dans lequel se trouve son ami. « 11 est, me dit-elle, complètement changé de caractère; il ne s'occupe plus de sa peinture; il n'a plus la tête qu'à cent
AFFECTIONS P.VH ASYPHILITIQUES.
projets divers, tous plus étranges les uns que les autres. Par moments, il est concentré, morose, silencieux; puis, subitement et sans cause, il entre dans vm état d'irascibilité singulière; un rien l'irrite, le fàclie, le mot hors de lui. En d'autres instants, il ne tient pas en place; il va, il vient, il court chez l'un, chez l'autre; il ramène dîner chez lui à l'improvisle des étrangers, des inconnus; il achète cent choses dont il n'a que faire, etc., etc. »
— Elle me l'amène le lendemain, et je le trouve en état non douteux de paralysie générale : tremblement des lèvres, de la langue, des mains; — inégalité pupillaire; — parole embarrassée; mois estropiés, scandés; — agitation, besoin de mouvement;
— et surtout, satisfaction personnelle. ((Il se porte à ravir et ne sait pourquoi on a voulu qu'il vînt me voir. Du reste il est enchanté de me voir, car cela lui donne l'occasion de m'avertir qu'il va me faire
un grand et superbe tableau, dont je serai étonné
De plus, il va entrer dans une grande aflaire de commission pour l'Inde, où il compte bien gagner 80.000 francs par an, sans doute même bien dav antage », etc., etc.
Je l'engage à reprendre son traitement. En sortant de chez moi, il n'a rien de plus pressé que d'entrer dans une pharmacie où il commande dixhuit litres d'une solution d'iodure de potassium (à 60 grammes par litre). Et, quelques heures après, lorsque le garçon de pharmacie vient lui faire livraison et présenter sa facture, il s'étonne, il
l'AnALYSIH GlîNÉnALE.
s'emporte, il soutient qu'il u'a rien commandé, il se prend de querelle avec ledit garçon, l'injurie, le menace, le frappe. Bref, scène de pugilat, à la suite de laquelle il est arrêté, puis interné dans un asile spécial.
Il séjourne là huit mois, en proie (d'après une communication que j'ai reçue de son médecin) à une « paralysie générale des plus accentuées ».
11 sort, en état de rémission, mais conservant les troubles somatiques de sa maladie. — Trois mois se passent à peu près bien. — Puis, rechute intense : agitation, suractivité, série ininterrompue d'extravagances, de niaiseries, d'absurdités, de folies, dont je vous fais grâce. Enfin, un soir, il entre dans un café-concert, et là, saisi d'admiration pour une jeune chanteuse, il lui lance, en guise de bouquet, sa redingote, son chapeau, son gilet. On l'arrête, et on l'interne à nouveau.
Dans l'asile qu'd n'a plus quitté, il continue à
délirer. Puis, quelques mois plus tard, il tombe
dans la dépression, l'hébétude, la démence, le t^âtisme, et succombe après une série d'ictus épifepliformes. — A l'autopsie, lésions usuelles de paralysie générale.
Impossible de ne pas reconnaître dans cette observation un type de la paralysie générale, telle qu'elle est universellement décrite et agréée de tous. Eh bien, telle est la paralysie générale dont nous allons parler.
AFKliCTlONS l'AriASYPHlMTIQLF.S.
Au surplus, le débat ne porte pas en l'espèce sur la question de savoir si une paralysie générale in^aie peut se produire à la suite de la syphilis; car cela, personne ne songe à le contester. Mais ce qui est en cause, ce qui fait question et litige, c'est le rapport à établir ou à ne pas établir, alors qu'une paralysie générale de cet ordre succède à la syphilis, entre cette paralysie générale et cette syphilis.
En autres termes, le problème qui se pose et que nous allons discuter est le suivant : Oui ou non, la syphilis est-elle pour quelque chose dans la genèse de cette paralysie générale? Oui ou non, y a-t-il de l'une à l'autre un rapport, une connexion étiologique?
Or, inutile de vous avertir à l'avance que toutes les solutions possibles ont été données au problème ainsi posé.
Ainsi, à parler d'abord des opinions extrêmes, l'une considère la syphilis qui figure dans les antécédents d'une paralysie générale comme une condition absolument nulle et indinérente en l'espèce. Et, pour l'autre, au contraire, celle syphilis serait l'origine, la cause même de la paralysie générale; sans elle, cette paralysie générale, vraisemblablement, ne se serait pas produite, n'aurait jamais vu le jour.
Puis interviennent les doctrines intermédiaires, ne refusant pas un certain rôle à la svphilis, mais restreignant, amoindrissant ce rôle, faisant de
PARALYSIE GÉNÉRALE
la syphilis une cause simplement « prédisposante,, provocatrice, adjuvante, auxiliaire », etc., en un mot possiblement active, mais active à des degrés inférieurs non moins que par des processus différemment appréciés.
Entre tant et tant d'opinions contradictoires, comment dégager la vérité? La tâche, certes, est plus que difficile. Essayons cependant de diriger nos efforts en ce sens.
Voyons tout d'abord, si vous le voulez bien, quelles raisons autorisent à admettre une relation causale entre la syphilis et la paralysie générale.
N'est-il pas vrai que, dans un problème de ce genre, il est un critérium indiqué par le simple bon sens, un critérium auquel chacun de nous, du premier mouvement, songera à faire appel, comme le plus apte h trancher le débat? Logiquement, chacun se dira : a II est un moyen aussi simple que formel de juger la question en instance, c'est de déterminer le degré de fréquence des antécédents syphiUtiques chez les paralytiques généraux. Car, de deux choses l'une : ou bien, inventaire fait, la syphilis ne figure dans les antécédents de la paralysie générale que pour une proportion minime, insignifiante; et cela implique qu'elle est indifférente à la production de la paralysie générale; —
FoUHNiER. — Affccl. parasypilil . iq
AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.
OU bien elle prend place dans les antécédents de la paralysie générale pour une proportion notable, élevée, considérable même peut-être; et, s'il en est ainsi, impossible de lui refuser, en l'espèce, un rôle étiologique plus ou moins important ». Ainsi raisonne le bon sens, et, comme d'usage, il n'a pas tort.
Engageons-nous donc dans cette voie, et consultons les statistiques.
Les statistiques, ah! nous n'en manquons pas. 11 en est bon nombre, et de toutes sortes; il y en a même pour tous les goûts, je veux dire d'appropriées à toutes les opinions. Ainsi, nous en avons où la fréquence de la syphilis chez les paralytiques généraux se trouve abaissée à un minimum incroyable (de I à 4 pour loo); — et, aux antipodes de celles-ci, s'en présentent d'autres, absolument opposées comme résultats, où la syphilis rebondit à un maximum énorme, jusqu'au point de figurer 80 à 86 fois pour 100 dans les antécédents de la paralysie générale.
Tel est le premier résultat qui ressort de l'examen du sujet.
Or, que veut dire cela, toujours au nom du sens commun, sinon que, dans ces statistiques, il en est de bonnes et de mauvaises, de bien faites et de mal faites?
Nous voici donc forcés, au lieu de les accepter toutes en bloc^ au lieu de les additionner et d'en
PARALYSIE GÉNÉRALE
prendre la moyenne, d'en établir la critique, de voir ce qu'elles valent, et de rechercher impartialement quelles sont celles à qui nous pouvons attribuer créance. En autres termes et plus crûment, nous voici amenés à faire un triage entre toutes ces statistiques pour choisir les bonnes et exclure les mauvaises.
Fort heureusement, nous allons élre puissamment aidés dans ce travail délicat par ce ftiit que certaines des statistiques en question se condamnent elles-mêmes et deviennent manifestement inacceptables^ erronées comme résultats, alors qu'on prend la peine de les examiner d'un peu près, c'est-à-dire de rechercher sur quelles bases, à quelle époque et dans quel milieu elles ont été instituées, etc. Quelques exemples.
I. — Ainsi, inacceptables, condamnables au premier chef, comme indubitablement entachées d'erreur, sont les statistiques où la syphilis ne figure dans les antécédents de la paralysie générale que pour une proportion infime de i à 4 pour loo. Et cela pour une excellente ou plutôt déplorable raison : c'est que, sur loo hommes pris au hasard, dans notre milieu, sains ou affectés de n'importe quelle maladie, il y a toujours plus de i à 4 syphilitiques. Au minimum, dirai-je, il y en a i5. Que si, par impossible, vous aviez la liberté d'interroger sur leurs antécédents spéciaux les loo premières personnes, qui, je suppose, aujourd'hui à midi passeront sur le Pont-Neuf, vous en trouve-
AIFF.CTIONS PARASVI'HILITIQLIF.S.
riez au minimum i .) en puissance de sypliilis, oui i5, si ee n'est plus. Clela, je l'affirme et suis en droit de l'aflirmer. Car maintes fois j'ai fait ou j'ai fait faire des relevés de cet ordre en divers milieux, notamment dans des services d'hôpitaux non spéciaux, et jamais je n'ai trouvé ou jamais l'on n'a trouvé moins de i5 syphilitiques sur loo individus rassemblés par lehasard dans un milieu quelconque'.
S'il en est ainsi, que penser de ces statistiques où l'on n'a trouvé que i à 4 syphilitiques sur loo paralytiques généraux? Ce serait à croire de par elles que la paralysie générale servirait par anticipation de palladium contre la syphihs. Vraiment, si la plaisanterie était permise en aussi triste matière, je serais tenté de dire avec l'un de nos confrères : « Voulez-vous un moyen de vous pré-
I. Ces statistiques ou, disons mieux, ces tentatives, ces ébauches de statistique sur la fréquence de la syphilis ne donnent quelques résultats dignes de ce nom que dans le sexe masculin. Impossible chez les femmes, d'aboutir sur ce point à quoi que ce soit de sérieux, et cela pour des raisons de tout ordre, à savoir : parce que, par exemple, les femmes dissimulent le plus souvent la sjphilis alors qu'elles n'ont pas intérêt à l'avouer; — parce qu'elles ignorent très souvent aussi qu'elles sont affectées de syphilis ; — parce qu'elles confondent avec la syphihs tout ce qui intéresse les organes génitaux, etc., etc....
Et, même chez, l'homme, les résultais que l'on obtient ne sont que trop souvent entachés d'incertitudes et d'erreurs. Assurément, pour parvenir à déterminer quelle est la fréquence vraie de la syphilis dans les divers milieux de notre société, il nous faudra encore beaucoup de recherches, beaucoup d'investigations patientes et variées.
Aussi bien ne suis-je en droit de donner le chiffre sus-enonce (i5 pour lOO) que comme approximativement vrai, comme sujet en tout cas à revision d'après les résultats de recherches ultérieures.
PARALYSIE GliNÉRALE.
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