‹ Les affections parasyphilitiques [electronic resource]Chapitre 31 sur 68 · IV. — Finalement, que dure et que devient cette épilepsie · texte numérisé non relu

IV. — Finalement, que dure et que devient cette épilepsie

ÉPILEPSIE

Je me déclare incapable quant à présent, et pour cause, de répondre à ces deux questions. C'est qu'en effet les malades que j'ai traités d'accidents de cet ordre, n'ayant guère eu à se louer de mes soins, ne me sont que rarement restés fidèles. Ils sont allés chercher meilleure fortune ailleurs, et je ne les ai plus revus.

Mais ce que je puis cependant affirmer, c'est que l'épilepsie en question est une épilepsie éminemment persistante et durable. Tant que j'ai eu les malades sous mes yeux, ils sont restés sous le coup de leurs accidents comitiaux, et cela pour longtemps, bien longtemps, à savoir pour des laps de trois, cinq, six, huit, dix et onze années!

Or, les dits accidents ne s'étant en rien modifiés pendant toute cette énorme durée, il est plus que vraisemblable qu'ils ont dû persister au delà. Mais, en définitive, à quoi ont-ils abouti? Je l'ignore, et c'est là, pour l'histoire de cette entité morbide, un desideratum des plus regrettables.

Deux points pour terminer : A quelle étape de la syphilis et à quel âge de la vie s'observe cette épilepsie?

Bien sûrement, elle appartient à l'étape tertiaire de la syphilis et paraît même n'en constituer qu'une manifestation tardive par excellence. — Cela résulte au moins de ce que j'ai observé jusqu'à ce jour, tous les cas dont jç dispose notant l'invasion de la maladie à un stade éloigné de la

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dialhèse, à savoir de la dixième à la vingt et unième année au delà du début de l'infection.

Aussi bien, comme conséquence, cette invasion s'est-elle presque toujours produite à une période déjà plus ou moins avancée de la vie, à savoir de 37 à 48 ans. — Notez cela au passage, Messieurs, comme réponse topique à opposer à ceux de nos confrères qui, par impossible, songeraient à faire de Fépilepsie en question une épilepsie commune, vulgaire; est-ce à pareil âge que Fépilepsie commune entre en scène pour la première fois?

Telle est, d'une façon sommaire, la variété d'épilepsie qu'on observe quelquefois chez nos syphilitiques.

Que cette épilepsie soit un dérivé de la syphilis, cela ne me semble pas faire l'ombre d'un doute dans les cas où je l'ai rencontrée et que j'ai choisis entre beaucoup d'autres pour servir à la constitution du type que je viens de décrire. Dans tous ces cas, en efïet, la connexion des accidents épileptiques avec la diathèse se trouvait bien légitimement attestée par toute une série de considérations, à savoir : 1° par des antécédents non douteux de syphilis; — 2° par l'âge auquel s'était produite l'invasion première des symptômes comitiaux; — 3" par l'absence de toute autre cause à laquelle, en

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dehors de la syphilis, pussent, être imputés les dits accidents; — 4° quelquefois, enfin, par telle ou telle autre considération annexe. Ainsi, l'un de mes malades, à l'époque même où se produisait sur lui l'invasion des crises épileptiques, engendrait un enfant qui fut un type de ces enfants chétifs, dégénérés, arriérés, tels qu'en réalise si souvent l'hérédo-syphilis.

Mais, si cette première question ne soulève pas grand embarras, il n'en est pas de même pour une seconde, celle-ci beaucoup plus délicate. On me dira, je m'y attends bien : « Cette épilepsie dont vous parlez actuellement et dont vous tendez à faire une forme à part, une entité morbide spéciale, ce n'est rien autre que l'épilepsie syphilitique déjà connue, ce n'est rien autre que cette « forme épileptique» de la syphilis cérébrale que vous avez décrite vous-même. De quel droit la disjoindre de celle-ci? Pourquoi l'isoler, la spécialiser, la constituer à l'état d'individualité propre? »

Eh bien, non, répondrai-je, l'épilepsie que j'ai en vue dans cet exposé (et que, pour la commodité de la discussion qui va suivre, je demande la permission de quaUfier dès à présent (}i épilepsie parasyphilitique) n'est pas assimilable au syndrome morbide que l'on comprend actuellement sous le terme d'épilepsie syphilitique ou d'épilepsie symptomatiqiie de syphilis cérébrale. Bien au contraire, elle en diffère absolument; elle en diffère au point de constituer une espèce à part, une indi-

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vidualité propre, qu'il est urgent de séparer de l'ensemble, du « bloc » dans lequel elle est restée engloliée jusqu'à ce jour.

C'est là ce qui va ressortir, je l'espère, des considérations suivantes.

L'épilepsie parasyphilitique, en effet, se différencie de l'épilepsie symptomatique de sypbilis cérébrale par toute une série de caractères, à savoir :

I- — Au point de vue symptomatologique, d'abord, elle s'en différencie par ce fait qu'elle n affecte jamais (au moins d'après ce que j'ai vu jusqu'ici) la modalité convulsive partielle^ circonscrite. Elle n'est jamais J acksonienne comme on dit à présent. Toujours elle consiste, dans son type convulsif, en des convulsions généralisées.

Tout au contraire, l'épilepsie jacksonienne (qui, par parenthèse, mériterait peut-être plus justement d'être appelée l'épilepsie de Bravais*) est particulièrement familière à la s^^îliilis cérébrale. C'est là une forme que fréquemment, très fréquemment, nous rencontrons chez nos malades.

n. — En second lieu (et ceci a une portée bien autre), l'épilepsie parasyphilitique naît., se développe et persiste à l'état d'épilepsie pure et simple., sans mélange., sans association à d'autres phénomènes cérébraux.

I. Voir la remarquable thèse de Bravais [Rcclierclies sur les symptômes et le traUeincnt de Vépllepsie licmiplégiqiu'i)^ Thèses de Paris, i'8a7.

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Voilà, Messieurs, un point essentiel, fondamental, un caractère d'espèce^ dirai-je. Voyez plutôt.

Chez les malades que nous avons en vue, l'affection, d'une part, naît et se développe sous la forme d'une épilepsie pure et simple, caractérisée par des crises de grand et de petit mal, mais sans rien d'autre, sans adjonction notamment de symptômes d'ordre cérébral; — et, d'autre part, elle persiste sous cette forme, toujours sans mélange, toujours sans intervention de troubles cérébraux. Nous l'avons vue subsister ainsi sans modifications pendant des laps de temps considérables, c'est-à-dire, pour préciser, 3, 6, 8, lo et ii ans. Sur le malade que j'ai pu suivre le plus longtemps, cette épilepsie était, onze ans après son début, ce qu'elle était au cours de ses premières années, sans avoir subi la moindre complication, sans s'être annexé le moindre symptôme cérébral.

Eh bien, est-ce là ce que fait l'épilepsie symptomatique, l'épilepsie de la syphilis cérébrale? Non certes, tant s'en faut. Son propre, au contraire, est de verser, après un certain temps, dans un ensemble complexe de symptômes cérébraux.

Il se peut bien, certes, qu'à ses débuts et même pour un certain temps, pour quelques mois en moyenne, elle se présente à l'état d'épilepsie pure et simple. Mais, d'une part, cela n'est pas constant; d'autre part et surtout, cela n'est jamais que provisoire. — J'insiste.

Cela n'est pas constant, vous disais-je. En effet,

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rien de plus fréquent que de voir lepilepsie symptomaLique s'accompagner à ses débuis ou même êlre précédée de quelques phénomènes cérébraux, tels que céphalée, « malaise dans la tête », lourdeur de lête, tendance au sommeil, aptitude moindre aux travaux de l'esprit, lassitude générale, fatigue musculaire, troubles divers de la santé, etc.*.

Et surtout, cela n'est que provisoire. Car, règle absolue, l'épilepsie symptomatique, après avoir conservé pour un certain temps l'allure exclusivement comitiale, ne tarde guère à changer de physionomie, et comment? Par adjonction aux symptômes comitiaux de quantité d'autres symptômes d'ordre différent. Si bien qu'alors, au lieu de rester l'expression exclusive d'une situation pathologique, elle n'y figure plus que comme élément d'un ensemble plus complexe, voire comme élément subordonné. Elle s'est fondue, si je puis ainsi parler, dans une scène plus compréhensive, scène qui n'est autre que celle d'une grande encéphalopathie. Bref, le malade de tout à l'heure, qu'on eût pris volontiers pour un épileptique vulgaire, se trouve actuellement transformé, suivant le langage du jour, en un cérébral.

Mais précisons, car j'ai à cœur de ne laisser place à aucun doute en vos esprits.

Quels sont donc les symptômes qui, à un moment donné, viennent s'associer de la sorte à l'épi-

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