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I. Voir La syphilis du cerveau, p. i

ÉPILEPSIE

lepsie symplomatique? Tous symptômes cérébraux, tous symptômes précurseurs ou témoius d'uue désorganisation cérébrale en évolution, à savoir :

1° Troubles congés tifs : lourdeur de tête, céphalée, vertiges, obnubilations, engourdissements et fourmillements dans les membres, troubles des sens (amblyopie, scotomes, bourdonnements, coplîose), etc.;

2" Troubles intellectuels : aptitude moindre aux travaux de l'esprit; amnésie progressive et amnésie en saccades; modifications morales se traduisant par l'indifférence, l'apathie, la morosité; puis, affaiblissement progressif de l'intellect, aboutissant à l'hébétude;

3° Troubles moteurs : parésies partielles et incomplètes; ébauches d'hémiplégie; puis paralysies vraies, paralysies oculaires, monoplégies, et, comme terme à la fois le plus habituel et le plus grave, hémiplégie.

Rien de semblable, je le répète, avec l'épilepsie parasyphili tique. Voyez la différence!

in. — Troisième point : l'épilepsie parasyphilitique est une épilepsie durable^ et durable en sa forme, durable en l'état, pour de longues années. Je vous disais à l'instant que je l'avais vue persister ainsi onze ans sur l'un de mes clients, lequel de plus m'a quitté alors que sa maladie battait son plein, par conséquent alors qu'elle était loin de tendre à résolution.

AFFECTIONS PAnASYPHILITIQUES.

Eh bien, très différente est l'épilepsie symptomatique, qui mène un autre train, qui affecte une évolution bien plus hâtive. Celle-ci a bientôt fait d'aboutir à telle ou telle des trois terminaisons suivantes : ou bien la guérison, alors qu'intervient à temps un traitement énergique; — ou bien la mort, au cas opposé; — ou bien l'infirmité, la déchéance, caractérisée par l'hémiplégie incurable, l'hébétude, la démence et la mort. Sans compter que parfois elle se montre singulièrement expéditive en besogne, passez-moi le mot ; car quelques mois peuvent lui suffire à clore de la sorte son évolution.

IV. — Quatrième différence : l'épilepsie symptomatique est accessible à l'action du mercure et de l'iodure. Elle peut guérir, elle guérit même assez souvent, comme de nombreux exemples en témoigneraient au besoin. Et, d'autre part, même dans les cas moins heureux où elle aboutit à se compliquer de phénomènes cérébraux graves, on sent bien au cours du traitement, et cela de par quelques amendements temporaires, qu'il y a eu combat entre la maladie et le remède, que le remède avait prise sur la maladie, qu'il avait chance de succès, qu'il aurait pu mieux faire en des conditions meilleures, etc.

Avec l'épilepsie parasyphilitique, au contraire, rien, absolument rien de cela. Alors même que le traitement intervient dès les premiers temps, alors même qu'on met en œuvre une médication inten-

ÉPILEPSIE

sive avec de fortes closes soit de mercure, soit d'iodure, soit de mercure et d'iodure associés, on ne produit aucun effet thérapeutique. J'ai va, sur mes malades, des crises de grand ou de petit mal éclater soit en plein traitement, soit à la suite d'un traitement des plus énergiques. Je me suis entêté plus d'une fois; plus d'une fois j'ai repris la lutte de diverses façons. Efforts inutiles, peine absolument perdue. Il est positif que cette forme d'épilepsie reste absolument réfractaire à l'action des remèdes antisyphilitiques.

Un seul agent médicamenteux l'influence sans la guérir. C'est le bromure de potassium, ou, pour mieux dire, la médication bromurée. Avec le iDromure ou le polybromure on obtient au moins un effet thérapeutique. Certes on ne guérit pas la maladie de la sorte (du moins ne suis-je jamais parvenu à ce résultat), mais on l'amende, on la contient, on réalise des sédations manifestes. De par le bromure (associé ou non cà l'hydrothérapie), je suis arrivé à distancer les crises pour quelques semaines, plus rarement pour quelques mois.Excep tionnellement même on peut obtenir des rémissions plus prolongées*. Mais quant à une guérison

I. Ainsi, grâce au bromure administré d'une façon presque ininterrompue, un de mes clienls, affecté d'une épiiepsie de cet ordre ultra-féconde en accidents de petit mal, vient de passer slx moh indemne de toute crise, à cela près d'un « tout petit accès qui n'a fait qu'apparaître et disparaître en un instant ». C'est là le plus beau succès que m'ait donné le bromure jusqu'à ce jour. Fouhnieh. — Aflect. parasyphll. 1-7

AFFECTIONS PARASYPIIILITIQUES.

complète, je répète n'en avoir pas encore observé.

En voilà assez, je pense. Messieurs, pour vous édifier sur les dilTérences profondes qui séparent l'épilepsie parasyphilitique de l'épilepsie symptomatique. Impossible, d'après cela, de laisser assimilés, confondus, deux types morbides aussi dissemblables, deux types dont l'un n'entre jamais en scène que pour y être bientôt suivi d'un cortège d'accidents cérébraux, tandis que l'autre persiste à l'état d'épilepsie pure et simple; — dont l'un se juge à brève échéance par une terminaison quelconque, heureuse ou néfaste, tandis que l'autre est éminemment durable et durable en sa forme; — dont l'un est accessible à la médication spécifique, tandis c{ue l'autre s'y montre invariablement réfractaire. Manifestement il faut rompre cette union factice, et, d'accord avec la logique non moins qu'avec l'observation, restituer à chacun de ces types son indépendance, son autonomie, son individualité. En fin de compte, il faut dire ce qui est, ce qu'on voit en pratique, à savoir : qu'en fait d'épilepsie la syphilis réalise telle ou telle des modalités pathologiques que voici :

Tantôt des symptômes épileptiques qui, au même degré que la céphalée, les ictus apoplecliformes, les monoplégies, l'hémiplégie, les troubles d'intelligence, etc., sont symptomatiques d'une syphilis cérébrale en évolution;

Et tantôt une sorte d'épilepsie névrose, qui (à

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l'instar de l'épilepsie névrose) reste ce qu'elle a été initialement, sans association consécutive avec d'autres accidents cérébraux.

Voilà le fait.

Eh bien, cette dernière modalité épileptique est précisément l'espèce morbide que, faute d'une appellation meilleure et dans l'ignorance où nous sommes de sa nature vraie, nous avons qualifiée (Yépilepsie parasyphilitique.

Tout ce qui précède, Messieurs, ressort de la clinique et s'impose à nous comme un résultat d'observation. Mais là s'arrêtent nos connaissances sur l'espèce morbide en question. Ce que nous pourrions ajouter maintenant à son sujet ne serait plus que du domaine de l'hypothèse.

Ainsi, certes, il serait curieux, au point où nous en sommes, d'introduire actuellement un autre débat pour rechercher ce que peut être cette épilepsie parasyphilitique, après avoir établi ce qu'elle n'est pas. Mais sur quelles bases édifier une discussion de ce genre? D'une part, nous manquons d'autopsies. D'autre part, l'histoire chnique de cette espèce morbide n'est encore (je suis bien loin de me faire illusion sur ce point) qu'à l'état d'ébauche. Je vous ai dit ce que j'en savais d'après un certain nombre d'observations; mais des observations subséquentes ne viendront-elles pas ajouter à son histoire des éléments nouveaux, inattendus, ou même y apporter des reclilicalions?

AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.

L'essentiel, par exemple, serait d'être renseigné sur le point suivant : Cette épilepsie particulière est-elle le résultat de lésions^ ou bien n'est-elle que le produit d'un trouble dynamique importé par la syphilis dans le cerveau? Or, je le répète, nous n'avons pas de documents pour élucider la question. Tout ce qu'il nous est permis d'inférer sur le sujet par simple voie d'induction, c'est que vraisemblablement l'épilepsie parasypbili tique n'est pas le résultat de lésions ou de reliquats de lésions identiques à celles c[ui constituent la syphilis cérébrale, et cela pour les raisons suivantes :

1° Parce que, si elle était l'expression de lésions de cet ordre, elle devrait aboutir à l'ensemble symptomatologique complexe qui traduit nécessairement, fatalement, une lésion quelconque du cerveau ; — or, c'est là précisément ce qu'elle ne fait pas, puisqu'elle subsiste tout au contraire à l'état d'épilepsie pure et simple, sans annexion d'autres phénomènes cérébraux ;

2" Parce que, dans cette hypothèse, elle ne serait pas durable^ durable surtout au degré qui la caractérise; dans cette hypothèse, elle aurait, comme toute lésion cérébrale, une évolution bien plus hâtive, bien autrement précipitée.

3° Parce que, si elle résultait d'une lésion syphilitique, elle devrait ne pas se montrer aussi invariablement réfractaire à l'influence de la médication antisyphilitique; etc., etc.

Pour ces motifs et d'autres encore, il n'est donc

ÉPILEPSIE

guère vraisemblable qu'elle dérive d'une lésion syphilitique de l'encéphale.

Mais, en fin de compte, quelle est-elle donc? Cela, nous n'en savons rien, je suis toujours amené à vous le répéter. Et, quant à présent, tout ce que nous pouvons en dire se réduit à ceci :

C'est qu'à tous égards elle se rapproche de ces curieuses affections auxquelles on a appliqué, dans ces derniers temps, le qualificatif d'affections para syphilitiques. Elle s'en rapproche, en effet, à un triple point de vue : i° en ce qu'étiologiquement elle procède, et cela d'une façon non douteuse, d'une origine syphiUticpe ; — i° en ce que, quant à ses symptômes (et, vraisemblablement aussi — nous le saurons quelque jour — quant à ses raisons anatomiques), elle ne présente rien qui appartienne en propre à la syphilis, rien qui soit dûment et exclusivement syphilitique) ; — 3° en ce qu'elle n'est pas influencée par le traitement antisyphihtique.

Bref, elle est à la syphihs ce qu'est à cette même maladie la syphilide pigmentaire, ce que lui est le tabès, ce que lui est la neurasthénie, ce que lui est la paralysie générale, etc. ; c'est-à-dire qu'elle dérive de la syphilis comme origine^ sans avoir la nature, l'essence d'une manifestation syphilitique.

Donc, au moins provisoirement, nous sommes conduits par la logique des choses à la considérer comme une affection parasypliilitique.

PARASYPHILITIQUES.

AMYOTROPHIE PARASYPHILITIQUE.

Je VOUS disais au début de ces conférences que la liste des affections parasyphilitiques était loin d'être close et que l'avenir nous réservait sans doute de voir quelques types nouveaux s'y adjoindre.

Je ne savais pas être si bon prophète. Car, ces derniers temps, un de mes plus distingués collègues et amis, M. le Raymond, vient de décrire une forme curieuse à'amyotrophie progressive d'origine s^^philitique, laquelle semble bien, à tous égards, avoir sa place marquée dans le groupe des affections qui nous occupent'.

Qu'est-ce donc, d'abord, que cette « amyotrophie progressive » de M. Raymond?

Cliniquement, c'est une atrophie musculaire d'origine spinale; — atrophie progressive, envahissante, tendant à se généraliser; — atrophie rappelant bien, à vrai dire, comme physionomie d'ensemble et surtout comme aboutissant terminal, le type classique connu sous le nom de « type Aran- Duchenne », mais en différant essentiellement par

I. Sur quelques cas d'atrophie musculaire à marche progressive chez des syphilitiques. — Bull, et Mém. de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 3 fev. iSgS.

AMYOTROPHIE PROGRESSIVE.

deux symptômes principaux, voire capitaux, à savoir : des phénomènes très accentués de douleurs et des phénomènes de parésie localisée^ les uns et les autres servant de préludes à la fonte de chaque groupe musculaire.

En second lieu, comment et pourquoi cette amyotrophie spéciale vient-elle prendre place dans notre sujet? De par les trois raisons que voici :

1° Parce que, d'abord, il n'est pas douteux dès à présent qu'elle reconnaisse la syphilis comme cause originelle. Sur quatre cas, observés par MM. Vulpian et Raymond, quatre fois la syphilis se trouve dûment signalée dans les antécédents.

2° Parce que cette amyotrophie semble bien n'éprouver aucune influence, soit suspensive soit modificatrice, de la part des agents antisyphilitiques.

3° Parce que (au moins d'après la seule autopsie pratiquée jusqu'à ce jour) les lésions productrices de cette amyotrophie sont des lésions banales, vulgaires, n'offrant rien de spécifique, rien qu'on ne puisse rencontrer en dehors d'une étiologie spécifique.

A ces trois titres, donc, cette amyotrophie se présente à nous avec les allures, la physionomie d'une affection parasyphilitlque .

Comme spécimen de cette nouvelle et curieuse entité parasyphilitlque, je ne saurais mieux faire que vous citer l'observation suivante, laquelle a

AFFECTIONS l'AHASYPHILITIQUES.

été présentée à la Société médicale des hôpitaux par M. Raymond avec un grand luxe de détails cliniques, anatomiques, histologiques, etc., et avec toute une série de planches que je vais placer sous vos yeux.

Un jeune homme de 20 ans contracte la syphilis en 1874, et ne s'en traite qu'une dizaine de mois. Comme d'usage, il guérit provisoirement et en apparence. — Aussi bien, comme d'usage encore, est-il repris en i883 d'une poussée de syphilis, sous forme de syphilides ulcéreuses disséminées.

— En i885, début de l'affection nerveuse qui va nous occuper, sous forme de douleurs lancinantes dans l'épaule droite, douleurs que l'on prend d'abord pour « du rhumatisme w ; — puis, bientôt après, crampes et contractures intermittentes dans les doigts et la main du côté droit. L'action d'écrire devient douloureuse, difficile, presque impossible.

— En 1889, nouveau symptôme : diplopie droite, survenue subitement, et persistant deux mois. — Puis, à dater de ce moment, l'affection nerveuse s'affirme énergiquement par deux ordres de symptômes, à savoir : 1° phénomènes douloureux^ consistant en douleurs lancinantes dans la région cervicale postérieure, dans le bras droit, dans les épaules, etc. ; — 1° phénomènes parétiques^ voire presque paralytiques, affectant des localisations diverses : paralysie successive de tous les doigts de la main droite, qui commence à maigrir; diffi-

AMYOTUOPHIE PROGHESSIVE.

culte pour relever la tête en arrière; paralysie de la corde vocale droite.

Et alors, invasion d'une amyolrophie progressivement envahissante jusqu'à généralisation.

Pour un certain temps, cette amyotrophie se localise dans le membre supérieur droit et la région postéro-supérieure du tronc. — Puis elle envahit le tronc et le membre supérieur gauche. — Puis elle se porte sur les membres inférieurs, sur le diaphragme, sur les muscles glottiques, etc. — Progressivement aussi elle s'exagère comme intensité de phénomènes et aboutit à décharner tout le corps, qui peu à peu <( se change en un véritable squelette ».

Naturellement, alors, entrent en scène des symptômes de dyspnée, avec tirage sternal de plus en plus accusé, de dysphagie, d'aphonie, de difficulté de mastication, etc., etc. ; le tout avec conservation absolue des autres grandes fonctions, notamment de la sensibilité et de l'intelligence. Le malade assiste ainsi en témoin conscient à la destruction progressive de son être, et finit par succomber aux progrès de l'asphyxie (avril 1890).

Pratiquée de la façon la plus minutieuse, l'autopsie révèle, sans parler des altérations musculaires, des lésions multiples, à savoir : lésions des méninges médullaires, qu'on trouve épaissies et opalines ; — des racines antérieures, qui se présentent grêles et atrophiées; — des cornes antérieures, profondément altérées par diminution con-

AFFECTIONS PAUASYPUILITIQUES.

sidërable des cellules ganglionnaires et par déformation de ces cellules, etc. ; — des noyaux bulbaires ; — des nerfs périphéricjues; — et surtout du système vasculaire. Tous signes, en effet, d'une myélite vasculaire diffuse et surintense. Ainsi : vascularisation générale de la moelle dans toutes ses parties; vaisseaux volumineux et gorgés de sang; artérioles offrant un volume excessif; production surabondante de vaisseaux de nouvelle formation ; altérations vasculaires par infiltration des tuniques moyenne et externe; quelquefois même, dans les parties les plus atteintes, bourgeonnement de la tunique interne, avec oblitération du vaisseau, etc., etc. — Aussi bien l'auteur fait-il de ces altérations vasculaires les lésions principales et primordiales en l'espèce, a H s'agit là, dit-il, d'une myélite vasculaire diffuse, et l'altération des vaisseaux semble dominer toute la situation. ))

En ce qui concerne notre sujet actuel, qu'avonsnous à retenir du cas qui précède, comme aussi d'autres faits semblables cités par MM. Vulpian, Raymond et Rendu*? Les deux points suivants :

!• — C'est, d'abord, que les lésions productrices

I. V. BiiUet. et Mém. de la Soc. luéd. des hôpitaux de Paris, 3 fév. 1893.

A remarquer, dans le cas de M. Reudu, que renvaliissement de l'atrophie musculaire avait e'té également précédé (comme dans les cas de M. Raymond) de phénomènes douloureux au niveau des muscles et sur le trajet des nerfs périphériques.

AMYOTROPHIE PROGRESSIVE.

de cette amyoti'ophie spéciale ne présentent rien de spécial, rien qui appartienne en propre à la syphilis. A cet égard, M. Raymond est absolument formel : « Cette myélite vasculairc diffuse, dit-il, est une lésion banale et n'offre rien de spécifique.... Elle ne comporte histologiquement aucun caractère spécifique — Les altérations vasculaires, notamment, auxquelles paraissent subordonnées en l'espèce les altérations des éléments nobles de la moelle, sont dépourvues de toute spécificité. » — « Et d'ailleurs, rien d'étonnant à cela, ajoule-t-il; car c'est aujourd'hui une notion presque classique que la syphilis tertiaire peut engendrer dans les centres nerveux et principalement dans la moelle des lésions banales qui ne diffèrent en rien de celles qui reconnaissent une autre étiologie'.»

I. Communication orale. — Pour le D'' Raymond, les lésions médullaires de cet ordre seraient, en toute vraisemblance, des lésions infectieuses. « Ou n'a peut-être pas, dit-il, tenu suffisamment compte du rôle de Vinfection dans le développement de certaines formes d'amyotrophies.... L'origine infectieuse de certaines polynévrites ne fait plus de doute pour personne. Pour certaines leucomyélites (scléroses diffuses consécutives à la fièvre typhoïde, aux fièvres éruptives), poiir certaines polyomyélites (paralysie infantile notamment), l'iiypothèse d'une semblable origine est des plus vraisemblables— Je me demande donc si chez mon malade, qui avait eu la syphilis, les lésions spinales de son amyotrophie ne sont pas

des lésions syphilitiques de l'ordre que je viens de dire J'ajoute

que l'expériineatation a fourni un commencement de preuves à l'appui de l'origine infectieuse de certaines amyotrophies. Dans un intéressant mémoire sur l'atrophie musculaire expérimentale, M. Roger a montré qu'en inoculant à des lapins des cultures d'un streptocoque provenant d'un érysipèlc, dont la virulence s'était atténuée à la longue, ou pouvait développer une maladie chronique

AFFECTIONS PAnASYPHILITIQUES,

II. — C'est, en second lieu, que jusqu'ici, dans les cas de cet ordre, le traitement spécifique n'a paru exercer aucune action curative ni même suspensive sur la maladie. Le malade précite', par exemple, est resté soumis au traitement spécifique pendant deux ans, et vous avez vu quel a été le résultat de cette médication. Eh bien, il en a été de même dans toutes les observations connues. « Au reste, dit encore M. Raymond, rien de surprenant à cela ; car les myélites de cette variété, comme toutes

caractérisée par l'atrophie des muscles des membres postérieurs.... Après Roger, Gilbert et Lion ont réussi à développer des paralysies chez le lapin en inoculant le bacille d'Escherich, et ils ont trouvé également à l'autopsie des altérations très prononcées des cellules des cornes antérieures, etc. »

V. encore sur le même sujet : E. Poussard, D'une amyotrophic spinale progressive chez les syp/iilillques, Thèses de Paris, 1893. — L'auteur de cet estimable travail insiste également sur ce point que « les lésions productrices de cette amyotrophic ne présentent aucun caractère spécifique ni macroscopiquement ni hislologiquement ». — Pour expHquer le processus morbide, il met en cause lui aussi (tout le monde y arrive, paraît-il) les toxines de la syphilis. « Les lésions observées, dit-il, sont vraisemblablement le résultat d'une arlJrite toxique. L'agent infectieux serait représenté par la toxine sécrétée parla bactérie syphilitique et charriée par le sang, plutôt que par la bactérie elle-même. C'est probablement cette toxme qui, irritaut les vaisseaux, en détermine l'altération.... Peutêtre encore la toxine, amenée directement en contact avec les cellules de la moelle, exerce-t-elle son action nocive sur ces dernières en même temps que sur les vaisseaux » (p. 84).

A l'appui de cette interprétation, l'auteur invoque d'abord l'autorité de M. le D'' Marie, interprétant par « la présence d'un agent infectieux circulant dans les vaisseaux » la genèse du tabès, de la sclérose en plaques, de la paralysie infantile, de certaines méningites de l'enfance, etc. ». D'autre part, il rappelle les expériences célèbres de MM. Roux et Yersin reproduisant les paralysies diphtéritiques par l'injection d'un liquide de culture filtré et dénué de tout micro-organisme, etc.

HYPOTHÈSES d'aVENIR.

celles qui paraissent être une conséquence éloignée de la syphilis, n'ont rien de spécifique, et sont simplement constituées par des lésions banales à marche continue. »

A ces deux titres, donc, l'amyotrophie spéciale en question serait, par rapport à la syphilis, le pendant exact du tabès ou de la paralysie générale d'origine syphilitique. Elle aussi, conséquemment, rentre dans notre cadre et semble bien d'ores et déjà devoir être considérée comme une affection d'ordre parasyphilitique.

Les sept types pathologiques dont je vous ai entretenus jusqu'ici, Messieurs, constituent d'irrécusables exemples d'affections parasypliililiques. Je les ai choisis à dessein, comme les plus formels et les plus démonstratifs, pour vous donner une idée de ce que peut faire la syphilis en dehors de ses manifestations propres ou directes, en dehors du bilan symptomalologique auquel on la restreint usuellement.

Maintenant, si j'avais l'obligation d'épuiser le sujet, d'autres types de même ordre me resteraient à mentionner. Mais ceux-ci, relativement aux précédents, ne sont encore que peu connus et incomplètement étudiés; peut-être même vous sembleraient-ils discutables et entachés de suspicion, de

AFFECTIONS PAnASYPHILlTIQUES.

par rinsuffisance des documents dont nous disposerions à leur égard. En sorte que je ne vous en parlerai pas. Prudemment, je préfère me borner aux types qui précèdent, types non sujets à caution, et cela en vue de ne pas compromettre une bonne cause par des allégations encore difficiles ou impossibles à légitimer.

Mais soyez sûrs, en tout cas, que l'élude inaugurée ici n'est encore qu'à l'état d'ébauche. Soyez sûrs que le cadre des affections parasyphilitiques ira s'élargissant et s'enrichira d'annexions nouvelles. Je ne crois pas trop m'aventurer en prédisant que certains états pathologiques, dont la nature intime n'est pas encore élucidée ou bien dont la connexion d'origine avec la syphilis peut rester sujette à controverses, viendront prendre place quelque jour à côté des types que je vous ai signalés jusqu'ici.

Ai nsi, — simplement à titre de spécimens, et sans prendre d'engagements sur ce que j'ignore — je me risquerai à vous citer comme destinées vraisemblablement à rentrer dans la catégorie des types parasyphilitiques les affections suivantes :

I. — Le diabète^ que l'on rencontre trop souvent en relation avec la syphilis pour qu'il n'y ait pas de lui à elle un certain lien pathogénique ;

n. — l^j hémoglobinurie^ qui, de l'aveu général, a si souvent une origine syphilitique;

ni. — Le tabès oculaire (amaurose tabétique);

HYPOTHÈSES d'aVENIR.

IV. — Le tahes auriculaire^ où peut-être vient prendre place cette forme si terrible de surdité rapide, qui s'affirme et se complète en quelques semaines, pour résister ensuite à toutes les ressources de l'art' \

V. — Certaines dermatoses de la période tertiaire, que j'ai signalées et décrites sous le nom A'Erythèmes tertiaires^ que le professeur Unna (de Hambourg) a voulu rattacher à des troubles vasoneurotiques et qu'il a rangées dans sa classe des « Neuro-syphilides », mais dont la nature, à vrai dire, reste encore indéterminée';

VI. — Peut-être encore Vadénie^ que plusieurs fois déjà j'ai été frappé de rencontrer sur mes malades, et cela en des conditions où vraiment il était difficile d'en méconnaître l'affiliation à la syphilis ;

VII. — Peut-être même certaines formes de la leucoplasie buccale^ affection encore mal déterminée, mais assez connue cependant pour que déjà on puisse en présager le démembrement en espèces diverses;

VIII. — Peut-être même aussi une variété de pelade dystrophique ;

1. V. P. Hermet, Leçons sur les maladies de l'oreille, Paris, 1892. — A. Délie, Surdité et syphilis tertiaire tardive acquise ou héréditaire. Annales des mal. de l'oreille, etc., i8g3.

2. V. Bulletin de la Société française de Dermal. et de Sypii., 1888-93. — Unna (de Hambourg), Neuro-syphilides et neuro-léprides. Congrès internalioual de dermat. etde syphil., 1889. — Brauman, De Pérylhcme circiné tertiaire de la syphilis. Thèses de Paris, 1891.

AFFECTIONS PAU ASYPHILITIQUES .

Et j'en oublie; — ou plutôt je préfère ne pas même désigner ici certains types sur lesquels je suis encore plus incertain.

Mais tout cela, quant à présent, ce n'est encore que de l'hypothèse. Gardons-nous de confondre la science faite, élaborée, avec de simples matériaux d'étude pour la science à venir. Toutes ces affections que je viens de vous signaler — imprudemment peut-être — comme destinées à rentrer un jour dans le cadre des déterminations parasyphilitiques, nous ne les connaissons aujourd'hui que très imparfaitement, du moins quant à leurs relations possibles avec la syphilis. Il convient donc de n'en rien dire encore et de savoir attendre.

Aussi bien, sans en prendre plus souci quant à présent, abandonnerai-je ce point pour A'Ous conduire sur un autre terrain.

Je viens d'étudier devant vous les manifestations parasyphilitiques dérivant de la syphilis acquise; laissons ce sujet pour l'instant, bien que certainement fort incomplet, et passons à la syphilis héréditaire qui, elle aussi, va nous fournir de nombreux et curieux exemples de l'influence parasyphilitique de la diathèse.

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