‹ Les affections parasyphilitiques [electronic resource]Chapitre 44 sur 68 · IMBÉCILLITÉ. IDIOTIE · texte numérisé non relu

IMBÉCILLITÉ. IDIOTIE

le trisle tableau d'un être déchu psyeliiquemenl, à peu près dépourvu d'iiiLelligence, automalique, machinal, n'ayant à sa disposition que quelques mots élémentaires, ne comprenant presque rien ou même ne comprenant rien de ce qu'on peut lui dire. Si la vie des dégénérés de cet ordre ne se borne pas absolument à manger, boire et dormir, elle se restreint du moins à une série d'actes purement instinctifs, à des allées et venues sans intention suivie, à des occupations enfantines, à des amusements ineptes, à des insanités de tout genre, etc.; sans parler encore d'incidents passagers qui se tiennent au diapason de l'ensemble cérébral, tels que colères sans motifs, cris, gesticulations, violences, impulsions soudaines, brutales, quelquefois malfaisantes, et toutes manifestations du genre de celles qui composent l'ensemhle svmptomatologique de Y imbécillité ou de Xidiolie.

Ajoutons qu'il n'est pas rare d'observer dans les mêmes conditions, coïncidemment avec celte dégradation de l'intelligence, certains troubles de la motilité, à savoir : incertitude des mouvements, maladresse des mains, tremblements passagers, défaillances d'équilibre, faiblesse des jambes, faiblesse des quatre membres, état de parésie musculaire généralisée, etc.

J'ai rencontré, ces derniers temps, un cas de ce genre sur une jeune enfant de treize ans, dont la mère avait été traitée par moi, il y a une quinzaine d'années, pour divers accidents syphilitiques, et

AFFECTIONS PARASYPHILITIQLES.

voici ce que j'ai observé. D'une part, cette enfant est sourde-muette. — D'autre part, elle est imbécile, ou du moins les raanifeslalions intellectuelles dont elle fait preuve se bornent à ceci : quelques sourires niais échangés avec sa mère ou avec les personnes de son entourage; quelques désirs de gourmandise ou de coquetterie; quelques sentiments d'affectuosité, de tristesse ou de satisfaction (non motivée le plus souvent), de colère, de frayeur, etc. Enfin, elle offre un état de parésie musculaire généralisée. Ainsi, elle ne peut se soutenir sur ses jambes; elle ne dirige même pas ses jambes pour marcher, quand on la met debout en la portant sous les aisselles. Assise, elle s'infléchit sur ellemême dans un sens ou dans l'autre, surtout latéralement. Sa tête vacille et retombe parfois sur les épaules, comme ferait la tête d'un cadavre. Ses mains, qui semblent le moins affectées, ne saisissent les objets qu'avec une insigne maladresse et les tiennent d'une façon plus convulsive qu'assurée; elles sont, de plus, comme subluxées sur l'avantbras et n'exécutent leurs mouvements qu'avec des attitudes bizarres, en se tordant, en se contorsionnant, en se crispant de la plus étrange façon.

Et de même pour d'autres cas que j'aurais à citer V

C'est donc un fait aujourd'hui avéré, indiscu-

1. V. Jm syphilis héréditaire tardive, p. 45o, on quelques cas de même ordre se trouvent relatés.

MORT SAISS LÉSIONS.

table, que les descendants de sujets syphilitiques sont quelquefois frappés de déchéance intellectuelle.

En autres termes, la syphilis héréditaire peut aboutir, par défaut de développement cérébral ou par d'autres processus encore indéterminés, à créer des enfants bornés, incapables, ou même des imbéciles, des idiots.

XLVJI

Enfin, il est un comble, suivant l'expression du jour, à cette action dystrophique de la syphilis ; il est un comble à ces phénomènes d'arrêt de développement; c'est Vari^êt de la vie^ si je puis ainsi parler, c'est la mort^ et la mort, notez bien ceci, non pas comme résultat de lésions spécifiques ou autres, mais sans maladie et sans lésions^ au moins sans lésions appréciables.

Ce fait — n'est-il pas vrai? — est des plus curieux, non moins que majeur au premier chef, inutile de le dire. Aussi bien je m'étonne qu'il n'ait pas été remarqué jusqu'ici comme il aurait dû l'être. Et cependant il est bien authentique, comme vous allez en avoir la preuve.

Un résultat fréquent de l'hérédo-syphilis, voire banal à force d'être fréquent, c'est la mort du produit de conception à divers âges de la grossesse; — c'est, de même, l'expulsion à terme d'enfants

A F FlîCr lOK s I> A n AS Y l'il I Ll',1 Q U ,ÎS .

mort-nés ; — c'est, de môme encore, la mort de l'enfant à échéances plus ou moins rapprochées de la naissance.

Eh hien, toutes ces morts d'enfants hérédosyphilitiques, à quoi sont-elles dues?

Souvent, très souvent, elles ont leurs raisons; c'est-à-dire qu'alors elles sont justifiées, et amplement, par tels ou tels symptômes graves constatés pendant la vie, par telles ou telles lésions que révèle l'autopsie. Dans ces cas, rien que de normal et de rationnel. Passons.

Mais, inversement, il est des cas, et en bon nombre, où ni la clinique ni l'autopsie ne viennent révéler le pourquoi de la mort.

I- — Parlons de la clinique tout d'abord. Voici comment les choses se présentent le plus souvent.

Un enfant, issu de souche syphilitique, est venu au monde, je suppose, dans des conditions de développement moyen ou passable qui permettent de le considérer comme viable. Il ne présente pas d'accidents spécifiques, et son état général continue un certain temps, des semaines ou même des mois, à se montrer à peu près satisfaisant. Pas de nuage à l'horizon, tout semble au mieux. Puis, voici que tout à coup, sans incident, sans intercurrence movhldc^ sans raison appréciable, cet enfant s'affaiblit, décline, périclite. Il s'affaisse, devient comme inerte, ne tette plus, ne veut plus téter, vomit, dépérit à vue d'œil, tombe dans une sorte de collapsus, d'athrepsie aiguë, et succombe.

MORT SAIVS I. USIONS.

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Parfois encore — mais d'une façon bien moins commune — les enfanls hérëdo-syphililiques (les tout jeunes enfants surtout) meurent d'un instant à l'autre, de la façon la plus inopinée, la plus inattendue, sans que parents et médecins sachent comment et pourquoi s'est produite celte mort plus que singulière. J'ai déjà dans mes notes plus tl'une dizaine de cas de ce genre. Comme exemple, vous me permettrez de vous citer le suivant, que j'ai observé avec le concours d'un de mes collègues,, accoucheur des plus connus et des plus distingués.

Un jeune homme contracte la syphilis et ne s'en traite pas ou ne s'en traite que d'une façon éphémère, tout à fait insuffisante. Quelque temps après il se marie. Sa femme devient enceinte presque aussitôt. Au cours de sa grossesse, elle commence à être affectée de divers phénomènes de syphilis secondaire. Elle accouche, presque à terme, d'un enfant de poids moyen, passablement constitué, et exempt de tout symptôme apparent de syphilis. Or, allaité par sa mère, surveillé quotidiennement par mon collègue et par moi, cet enfant se développe assez régulièrement pendant quelques semaines, sans présenter le moindre phénomène morbide, syphilitique ou autre. Tout paraît donc marcher pour le mieux, au moins relativement, lorsqu'un matin nous apprenons que l'enfant a succombé brusquement dans la nuit. Et cependant, la veille au soir, il avait encore élé examiné par mon collègue, qui l'avait trouvé dans

AFFECTIONS PAHASY PHILITIQUKS.

un état presque salisfaisant. Une lieure avant sa mort, sa mère l'avait tenu dans ses bras et changé de langes a sans rien remarquer d'extraordinaire ». Bref, la mort s'était produite d'une façon absolument brusque et tout à fait inattendue.

Notez bien, Messieurs, ces cas de mort subite, de mort non précédée d'aucun phénomène morbide apparent, car vous en rencontrerez sûrement 'dans votre pratique. Ils ne sont même pas très rares, puisque j'en connais pour ma seule part, je le répète, une dizaine d'exemples. Plusieurs accoucheurs de mes collègues ou amis m'ont raconté en avoir observé de semblables, et toujours dans les mêmes conditions, toujours « sur des enfants syphilitiques ou suspects de syphilis )> . C'est donc la un fait que je recommande à votre attention.

II. — En face de ces cas, de ces morts cliniquement inexpliquées, chacun se dira avec toute apparence de raison ce que je n'ai pas manqué en pareille occurrence de me dire à moi-même : a Je ne sais pas le pourquoi de cette mort; mais sûrement je l'aurais su, si j'avais eu la possibihté de pratiquer l'autopsie».

Or, voici un fait qui va vous surprendre davantage, — que dis-je! — qui va vous sembler exorbitant, extraordinaire, impossible. C'est que, l'autopsie pratiquée et pratiquée le plus complètement, le plus consciencieusement du monde, quelquefois on n'est pas plus avancé pour cela. L'autop-

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