‹ Les affections parasyphilitiques [electronic resource]Chapitre 5 sur 68 · I. V. Àiwnlc.i (h. dcrmatol. et de sfplulis, 1889, p. I · texte numérisé non relu

I. V. Àiwnlc.i (h. dcrmatol. et de sfplulis, 1889, p. I

^VI'HILIDE PIGÎMENTAIRE.

inutiles à citer pour le sujet que nous avons en vue, la svphilide pigmentaire.

Une fois constituée de la sorte, que devient-elle?

D'abord, elle reste ce qu'elle est, sans modification aucune, sans addition de symptômes nouveaux, notamment sans desquamation, sans douleur, sans prurit, et aussi sans tendance à s'accroître, à s'étaler, à envahir des territoires nouveaux. Cl'est donc, par excellence, une lésion immobile.

C'est, en second lieu, une lésion singulièrement durable. A l'inverse de la plupart des sypbilides, cle toutes les svplnlides secondaires notamment, qui n'ont qu'un temps d'évolution plus ou moins limité, elle persiste, et longtemps, très longtemps. Elle persiste même de telle soi te qu'il y a une difficulté pratique prescjue insurmontable à en fixer la durée. I^ourquoi? Parce que les malades, guéris des autres accidents de leur diallièse, quittent l'hôpital ou désertent en ville nos cabinets de consultation avant d'être délivrés de leur syphilide pigmentaire. Et, alors, que devient au delà cette syphilide, à c|uel terme s'efTace-t-elle ? On ne le sait. Quant à moi, je l'avoue, pour avoir recueilli quantité d'observations relatives à la svphilide pigmentaire, je n'en suis pas moins aujourd'hui à ignorer ce qu'elle dure en moyenne; et cela, j)arce (|ue presque invariablement mes obsei'vations s'arrêtent alors que ladite syphiMdc subsistait encore. Je manque donc d'éléments [)our juger la question de durée. Tout ce que

AFFECTIONS PARASYPHILITIQUES.

j'en puis dire, d'une façon vague el assurément sujette à revision, c'est que la durée de cet accident est longue, bien ])lus longue que celle des autres svpliilides, qu'elle excède, au bas mol, un an et demi à deux ans, voire trois ans, et qu'elle est susceptible à coup sûr de dépasser ce terme'.

Quel est donc, en définitive, ce curieux accident?

L'anatomie patbologique a essayé de nous renseigner sur ce point. Des coupes bislologiques ont été pratiquées maintes fois sur des lambeaux de peau détachés par biopsie (Tanturri, Bockart, de MaïefF, Darier, etc.). Que nous ont-elles appris? Deux faits : l'un prévu, nécessaire, à savoir : sura^ bondance d'éléments pigmenlaires dans les divers districts de la peau, couche de Malpighi, épiderme, corps papillaire ; — l'autre inattendu, consistant en ceci, d'après de MaïefF: épaississement des artérioles et des veinules cutanées, qui se présentent doublées, triplées, voire quadruplées comme parois vasculaires; quelquefois même oblitération complète de ces vaisseaux par réduction de calibre et tuméfaction de l'épithélium.

D'où il suivrait, d'après deMaïelT, que la s\ |)hilide

I. Ou a dit qu'en cerlains cas cette sypliilicle pigmentaire du cou disparaît assez rapidement, par exemple en l'espace de quelques semaines ou de quelques mois. Les cas de cet ordre doivent être bien rares, je crois, .le n'en ai pas encore observé ])oiir ma pari.

V. Jean de l''isson, Dss syphilidcs pignicnUitrcs en général et, en particulier, de la sypliilide pigmentaire priwitivc ohscrvéc clicz la femme et chez l'homme, Tlièses de Lille, 1887.

SYPHILIDE PIGMENTAIRE.

pigmentaire a pour origine une inflammation clironique et spécifique des petits vaisseaux sanguins de la peau, et qu'elle procède d'une affection endothéliale, au moins à ses débuts.

Quant à la coloration brune des taches, elle aurait sa raison dans la transformation du pigment sanguin provenant des thromboses vasculaires, pigment que les cellules migratrices transporteraient dans le corps papillaire et plus tard dans les couches épidermiques.

Que tel soit le processus anatomique de la syphilide pigmentaîre, c'est fort possible. Mais, sans doute, ce processus n'est lui-même qu'un intermédiaire entre la lésion et la cause première de cette lésion. Or, quelle est cette cause? C'est là ce que nous aurions intérêt à savoir, et c'est là, malheureusement, ce que nous ignorons. Les théories, qui ne manquent jamais, n'ont pas fait défaut en l'espèce. On a dit vaguement — et qu'est-ce que tout cela signifie? — que la syphilide pigmentaire « dérive d'une altération fonctionnelle des cellules qui produisent le pigment de la peau »; — qu'elle procède « d'une faculté chromatogène que communique au sang l'infection syphilitique » ; — qu'elle est le résultat « d'une lésion hématique, d'un véritable tatouage hématique, dérivant d'une dissociation de l'hémoglobine, laquelle, par le fait de l'intoxication syphililique, perdrait son adhérence aux globules et resterait fixée dans les mailles de la peau ». — Plus aventureux encore, un de nos ooni-

•J.A AFFECTIOISS l>AHASVI>IIILlTIQUIi.S.

patriotes s'est clemaïulé (( si la lésion ne serait pas en rapport avec quelque altération des ca|)su]es surrénales ». A la véivité, il n'a invocjué aucun élément de preuve anatomique à l'appui de cette hypothèse. — Enfin, pour quelques médecins, l'afTection aurait peut-être son point de départ dans le système nerveux, notamment dans les « centres trophiques de la moelle ». Deux raisons, d'après eux, légitimeraient cette manière de voir : d'une part, la symétrie très habituelle de l'éruption, symétrie seulement explicable par un trouble des centres nerveux; et, d'autre part, la fréquence ultra-prédominante de l'afFection chez hi femme, laquelle incontestablement est ])ien phis sujette que l'homme aux désordres nerveux de la syphilis en général et de la syphilis secondaire en particulier, etc.

Tout cela, inutile de le dire, ne constitue que de simples hypothèses, qu'il serait même superflu de discuter; et la vérité, en l'espèce, est que nous ne savons rien de la nature intime de la lésion.

La syphilide pigmentaire que je viens de vous décrire est le type par excellence des pigmentations primitives que réalise la syphilis. Mais ce n'est pas là a coup sûr — toujours à ne j)arl(>r que des pigmentalions primitives, c'esl-à-dire non précédées

MELAINODERMIES SYPHILITIQUES.

d'élément éruplif éli'aiiger — le seul type mélanodermique par lequel elle puisse se traduire. On la voit (juelquefois, d'une façon infiniment plus rare à la vérité, déterminer des mélanodermies tout à fait différentes soit comme siège, soit comme configuration, et pour lesquelles une simple mention sera suffisante.

C'est ainsi qu'un de mes malades, au cours d'une syphilis grave, a présenté sur la région du cou un Aaste placard noirâtre, presque noir, conslituanl une nappe continue et très différente de la sypliilide pigmentaire usuelle par l'absence de toute con (igLi ration aréolaire .

De même vous avez pu voir récemment dans le service deux malades (femmes) qui présentaient sur le visage, la nuque et le dos, au pourtour et à large distance de sypliilides papulo-tuberculeuses, des pigmentations étendues et très accentuées, sous forme de marbrures, de traînées sinueuses, ou bien encore de taches en bouquet figurant comme des archipels maculeux.

Sur l'une de ces malades, quelques îlots décolorés et véritablement vitiligineux alternaient avec les taches hyperchromiques, en sorte que l'ensemble ériiptif constituait réellement ce que j'ai ci-u pouvoir ap[)eler une leucomélanodermie'^ .

I. \ . Jhillclin (h la Sociclc française de deimat. et de sypli'iligraphtc, i8y3, j). 35o.

AFFECTIONS l'ARASYPHILlTIQUES.

Voilà, certes, toutes affections dont l'éliologie spécifique ne fait doute pour personne. En ce qui concerne notamment la syphilide pigmentaire cervicale, pas un médecin ne consentirait aujourd'hui à récuser les relations patliogéniques qui la rattachent à la syphilis. A ce point que, dans tous les livres du jour, dans toutes les monographies, celte syphilide est donnée comme constituant un témoignage, un véritable « certificat » d'infection spécifique. N'a-t-on pas dit qu'au point de vue séméiologique elle équivalait « à la signature de la vérole sur le cou du malade

Eh bien, cela admis, remarquez maintenant, messieurs, les deux points que voici :

I. — Est-ce que, d'abord, ces pigmentations de la syphilis sont constituées par une lésion propice à la syphilis? — Pour cela, non.

Certes, elles offrent bien certaines particularités de détail que leur confère sans doute leur origine spéciale, telles que localisation sur le cou, configuration réticulée, etc. Mais cela n'est que secondaire. En tant que caractères de fond, en tant que caractères constitutifs, qu'y trouvons-nous? Rien de spécial, rien qui leur appartienne en propre. Que sont-elles donc, ces lésions, au tolal? Des hyperchromies, et rien (h' plus; des hyperchromies.

SYPHILIDE PIGMENTAIRE.

comme en produisent tant d'autres conditions pathologiques étrangères à la syphilis, voire comme en produisent certaines conditions physiologiques.

En un mot, ce sont des hyperchromies ayant non pas leurs analogues, mais leurs homologues dans le chloasma utérin ou gravidique, diuis les mélanodermies cachectiques, dans les pigmentations natu- ' i-elles à certains sujets, etc.

J'insiste et je dis :

Quelle différenciation introduire, en tant qne qualité de lésions, par exemple entre la syphilide

( pigmentaire et le masque de la grossesse? Cliniquement, c'est tout un. J'ai même, à ce point de vue, un foit assez piquant à vous signaler. Ces derniers temps j'aA^ais dans mon service une toute jeune femme, syphilitique de fraîche date, qui présentait (chose très rare) une syphilide pigmentaire du visage, localisée sur le front, les joues, la lèvre

^ supérieure et le menton. On eût dit un masque de grossesse; or cette femme n'avait jamais eu de grossesse. A titre de curiosité, je l'atlressai à mon distingué collègue et ami le professeur Pinard, comme un spécimen de syphilide pigmentaire simulant un chloasma gravidique. Or, le hasard fit ({ue M. Pinard, à son tour, nous envoya le lendemain une femme de son service qui, non syphilitique, mais enceinte, présentait un masque de grossesse exactement identique, comme siège et comme teinte, à la syphilide pigmentaire de notre malade. Les deux éruptions « faisaient la paire »,

AFFECTIONS l'AUAS> l'IIlLrJinDKS.

élaieul. absolument copiées l'une sui' l'autre, bien quedëriNant de canses absolument dillerentes.

De même, quelle différenciation introduire — toujours en tant que qualité de lésions — entre la syphilide pignientaire et certaines mélanodennies cachectiques, notamment les mélanodennies que produit parfois la tuberculose?

Jugez même par cette photographie de l'identilé objective que peuvent parfois — très exceptionnellement, je l'avoue — affecter les mélanodermies tuberculeuses avec la syphilide pigmentaire. Pour tout le monde, la pigmentation réticulaire du cou que vous voyez reproduite ici sera un ty|)e accompli de syphilide pigmentaire. Eh bien, ce n'est pas une syphilide pigmentaire, c'est une mélanodermie tuberculeuse. La jeune malade qui présentait cette lésion, d'abord, était vierge, et, de plus, ne présentait aucun signe de syphilis, soit acquise, soit héréditaire. Inutile de dire si j'ai olislinémenl recherché la syphilis sur elle; je voulais la trouver, car c'était la première fois que je voyais mis en défaut le fl\meux signe du « collier de Vénus » en tant que témoignage d'infection syphilitique. Or, impossible de la trouver. Et comme, d'autre part, cette jeune fille était tuberculeuse, phthisique même et déjà cachectique, force me fut bien (\c rapporter à la tuberculose celte mélanodermie cervicale réticulée.

Il y a plus encore : c'est que des pigmentalioiis analogues (à cela ju-ès de la disposition réticulée)

SYPHlI-IDIi PIGIM ENTAI HE.

aux pigmentations de la syphilis s'observent quelquefois à l'état physiologique, par exemple cliez les femmes fortement brunes. Nous avions dans le serviee, il y a quelques mois, une jeune virago extraordinairement brune, qui présentait disséminés eà et là (notamment sin^ le cou, le front, la lèvre supérieure, les aisselles, les flancs et la partie supéro-in terne des cuisses) des placards pigmentaires tout à fait semblables comme coloration aux pigmentations de la syphilis ou de la grossesse; et cependant elle n'avait pas la syphilis, et cependant elle n'avait jamais été grosse.

II. — Le second fait sur lequel il me reste maintenant à appeler votre attention est plus curieux encore.

Je le répète, il n'est personne pour nier que les mélanodermies en cjuestion, qui sont si communes au cours de la syphilis secondaire, se produisent sous l'influence de la syphilis. Ce sont là, de l'aveu général, des dérivés, des résultais de l'infection spécifique.

Eh bien, cependant, ces accidenis de la syphilis, ces accidents dont l'origine spécifique n'est pas récusable, se montrent absolument vcfractaires au traitement qui guérit usuellement la syphilis. Le mercure, d'abord — particularité à coup sûr bien exceptionnelle — n'exerce sur eux aucune action. L'iodure de potassium ne les influence pas davantage. Et l'association de ces deux remèdes ne produit pas sur eux de plus sensibles résultais.

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