‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 38 sur 126 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Je suis obligée de l'apprendre que non seulement c'est une femme, mais encore une jeune fille assez inquiétante.

PHILIPPE

Ah ! que voilà bien le jugement de la femme sur la femme ! Parce que celle-ci n'est plus de même couvée, qu'elle nous arrive avec un passé, des besoins nouveaux...

MARTHE, haussant les épaules.

Une femme à son âge a besoin de bonheur. Elle le cherche si peu au dehors qu'il y a des chances pour qu'elle l'ait trouvé ici.

PHILIPPE

Il faudrait pourtant ne pas déraisonner. Voilà une fille chassée de son couvent, de la

vie qu'elle s'était choisie, du jour au lendemain elle ne peut se transformer en quêteuse de mariage. Tu t'obstines à des tentatives qui m'étonnent de ta part et ressembleraient à des manques de tact. Laisse-la souffler, se retourner. Ça ne doit pas être gai tous les jours sa petite aventure.

MARTHE

Oh! pour ce que lui manque son couvent... C'est tout juste si elle va à la messe, elle laisse Sabine communier seule. J'en ai parlé à ma sœur qui le prend avec un flegme : « Hélène traverse une crise, laisse-la ; observe la même discrétion que moi-même. Elle a de grands troubles intérieurs, ne la tourmente pas. » Comme toutes les défroquées, elle ne croit plus à rien, parbleu ! Tu verras où ça la mènera. Si elles te plaisent à toi, les femmes sans religion !

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