ACTE II, SCÈNE I
PHILIPPE
Alors c'est pour me parler des troubles de conscience d'Hélène Schlumberger que tu me retiens ici?
MARTHE
C'était peut-être une manière discrète de ne pas faire allusion aux tiens.
PHILIPPE
Tu m'abasourdis. C'est bien une scène de jalousie que tu me fais l'honneur...
Non certes, nous n'en sommes pas là, mais si cela devait durer, nous y viendrions; aujour-
d'hui il me suffit de te rappeler à la plus élémentaire prudence. Il y a chez toi une coquetterie, un besoin d'intéresser dont tu ne te rends pas compte. Je l'ai observé bien des fois auprès de Béatrice Spire, tu es très jeune...
PHILIPPE, avec fatigue.
Le besoin dont tu parles est de tous les âges. Béatrice Spire est une femme avec laquelle on cause, voilà tout. La vie solitaire qu'elle a menée, séparée depuis vingt ans, l'a beaucoup mûrie, développée. Un mariage sans amour et sans amant, il n'y a encore rien de tel pour raffiner une femme.
MARTHE
Moi qui, sans doute, ne suis pas une femme avec laquelle on cause, je n'ai qu'à déplorer de manquer des raffinements de Béatrice Spire.