ACTE II, SCÈNE I
MARTHE
Crois-tu?
PHILIPPE
Oh, Marthe, assez d'élégie, voyons ! Occupetoi, intéresse-toi à quelque chose. Flirte si tu le veux, ne sois pas là à soupçonner toutes les physionomies que n'éteint pas le marasme. Vis, sapristi ! Regarde, écoute, apprends. Éveille en tes enfants cette puissance de vivre que tu étouffes si soigneusement en eux, captive-les, secoue-les. En vérité, ils n'ont pas l'air de s'amuser tous les jours. C'est effrayant des enfants moroses. Ma parole ! Ils s'ennuient à douze ans.
MARTHE
Ah 1 comme tu es amoureux !
Oui, je suis amoureux, je l'ai toujours été, mais des séductions éternelles de ce monde, de ses beautés qui ne portent pas un nom de femme.
MARTHE
Tu parles comme un fou. Est-ce le ton que tu as là-haut, quand on ne sait ce que vous dites?
PHILIPPE, plus calme et plus agacé.
Tu te plains d'une distraction qui me serait apportée, d'une camaraderie nouvelle que j'apprécierais trop, quel compte m'en vas-tu demander? Voilà treize ans que je vis seul dans cette bibliothèque incriminée, que ne m'y as-tu suivi? Bien d'autres y ont passé.