‹ Les affranchis; pièce en trois actes. Pref. de M. Fernand GreghChapitre 42 sur 126 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Étais- tu jalouse de Véron qui travaillait douze heures auprès de moi? Et pourtant nous vivions dans un tel rapprochement de pensée, une telle convergence d'application, une telle intimité physique, que l'amour même ne donne pas aux regards, aux gestes, cette intelligence et cette pénétration.

MARTHE, étonnée.

Non, pourquoi aurais- je été jalouse de ton secrétaire?

PHILIPPE, un peu rude.

Pourquoi serais-tu jalouse de la pensée? C'est exactement ce que je voulais dire. Quand Véron et moi nous poursuivions à table les idées, les chapitres et les mots du travail en cours, tu te taisais avec douceur, tu n'écoutais pas et pensais poliment à autre chose. Je

voyais à ton sourire que tu ne t'ennuyais même pas. Tu étais la femme exquise et je t'en bénissais. Pourquoi déroges-tu maintenant? Mon cerveau fonctionne depuis treize ans, sans qu'il t'ait jamais troublée. Que réclames-tu de lui aujourd'hui, quel devoir conjugal? Ou quelle infidélité lui reprocherais-tu?

MARTHE

Tu déplaces adroitement la question.

PHILIPPE

En admettant, ma pauvre amie, comme tu voudrais m'en persuader, que je subisse une influence à mon insu, croirais-tu par hasard t'y prendre adroitement? Tu te forges des rivalités et des guerres ; eh bien, lutte ! Au lieu de cela, espion qui se fourvoie, tu m'apportes des renseignements ! Je finirais par

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