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CHAPITRE II

LES ORIGINES DE LA PROSE AFRICAINE. — CORNUTUS ET SÉVÈRE DE LEPTIS. — FLORUS.

Si avec Manilius la poésie originale de l’Afrique romaine apparaît toute constituée dès le règne de Tibère, la prose africaine fut bien plus longue à se dessiner. Elle ne présentera tous ses caractères distinctifs que sous Antonin et Marc-Aurèle. En attendant elle s’essaie avec les rhéteurs de Leptis ou de Carthage; et déjà elle prend conscience d’elle-même avec Florus.

Pendant le premier siècle de l’empire, les lettres et l’éloquence semblent avoir compté d’assez nombreux représentants dans les cités du littoral, surtout en Proconsulaire. Juvénal conseillait aux orateurs, qui végétaient à Rome, d’aller chercher fortune sur l’autre rive de la Méditerranée : « Pars donc, disait-il, pars pour l’Afrique, cette nourrice des avocats, si tu veux tirer profit de ton éloquence (I) ». Malheureusement, nous ne savons presque rien de ces premiers rhéteurs de l’Atlas. Toutes leurs œuvres sont perdues, sauf un traité

(1)' Juvénal, Sat., VII, 147-149.

LES PAÏENS

en langue grecque; et, de la plupart des auteurs, le nom même n'a pas survécu. Deux hommes pourtant ont échappé à l’oubli, et restent pour nous les témoinsde cette période de tâtonnements : Cornutus et Sévère, tous deux de Leptis en Tripolitaine.

On ne saurait dire à quelle époque ni à quel âge Cornutus avait quitté l’Afrique. Nous le trouvons à Rome sous les règnes de Claude et de Néron. Il passe alors pour l'un des chefs de l'école stoïcienne, et pour l’un des maîtres les plus distingués de la capitale. « Toi, Cornutus, lui dit un de ses disciples, tu aimes à pâlir, la nuit, sur les livres. Tu enseignes la jeunesse, et à son oreille épurée tu confies le germe des dogmes de Cléanthe. Venez, jeunes gens et vieillards, venez apprendre à ses leçons quel est l'objet de la vie, et faire votre provision de route pour la triste vieillesse (1). » C’est un poète qui parle ici, cela va sans dire. Perse, à l'âge de seize ans, était devenu l'élève de Cornutus; dès lors, et pour toute la vie, il s’attacha à lui, adopta avec ardeur ses idées philosophiques, fit de lui son conseil et son guide ; il ne le quittait jamais, à ce qu’on rapporte (2). Chez son maître de prédilection, il rencontra un autre brillant élève qui devait être son rival en gloire poétique, un neveu des Sénèques, Lucain, avec qui il se lia d’amitié. Mais, plus que Lucain ou que tout autre, Perse subit l’ascendant de Cornutus ; il lui voua un véri table culte, fait d'admiration enthousiaste, de respect et de confiance. Plus tard, il lui dédia l’une de ses satires, où il exprime noblement sa reconnaissance : « Je t'ouvre mon cœur tout entier : je veux te montrer, ô Cornutus, ô mon ami, quelle place tu tiens dans mon âme. Eprouve-moi, toi qui es habile à recon-

(1) Perse, fiat.. Y. 62-65. — Cf. Dion Caesius, LXII, 29.

(2) Ces détails nous sont connus par la Vlta Persii. qui est reproduite dans l'édition de Perse par 0. Jalrn (Berlin. 1868, p. 35 sqq.).

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