I, 18 ; 1, 34 ; I, 31 ; I, 22 ; I, 40 ; II, 13 ; I
LES PAÏENS
que jamais, « comme ces bêtes dont la morsure est plus terrible au moment où elles expirent » ; les Gaulois de la Cisalpine, irrésistibles au premier choc, « fondent peu à peu comme la neige de leurs montagnes», et les Gaulois d’Asie-Mineure se sont amollis, « comme les plantes dégénèrent en changeant de sol » ; les pirates sont « comme des amphibies », que Pompée prend tous « d’un coup de filet » ; César refoule les Helvètes dans leur pays, « comme un berger fait entrer son troupeau à l'étable (1) ». Quelquefois même, ce sont tous les détails d'un développement qui ont cette physionomie poétique : les expéditions de César en Bretagne prennent les proportions d'un duel avec l’Océan ; au milieu de la bataille de Munda, tout à coup les deux armées s'arrêtent et il se fait un grand silence, pendant que «la Fortune délibère (2) ». Certains passages de Florus sur le contraste entre l'ancienne et la nouvelle Rome rappellent Ovide ou Properce. « Qui le croirait ? Sora et Algide furent la terreur des Romains ; Satricum et Corniculum furent des provinces ; Vérule et Boville furent l'occasion de triomphes. Avant de marcher contre Tibur, aujourd’hui faubourg de Rome, ou contre Préneste, notre rendez-vous d’été, on faisait des vœux solennels au Capitole (3). » Enfin, par le choix et la précision du détail poétique, Florus obtient souvent des effets pittoresques. Dans les bataill es contre Pyrrhus, il aime à suivre de l’œil les éléphants, dont il décrit toutes les manœuvres ; et souvent il se plaît à peindre l’imprévu des luttes sur mer. Au triomphe de Marius, il remarque que le roi Teutobochus, un vrai géant, « dépassait de la tête les trophées conquis sur lui ». Il nous montre Apulon, roi d'istrie, surpris par les Romains, « hissé sur un cheval, la tête chancelante et appesantie
(3) I, 5. — Cf. I, 6.
FLORUS
par les fumées du vin, et, à son réveil, bien étonné et bien marri d’apprendre qu’il est prisonnier (1)». Et voyez encore les amusants préparatifs de guerre d'Antiochus.
« Au bord de l’Euripe, il fait dresser des tentes tissées d’or et de soie. Il mêle au murmure de la mer les sons de la flûte et de la lyre. De tous côtés, malgré la saison tardive, il fait venir des roses. Et, pour avoir l air d’un vrai chef d’armée, il enrôle pour ses chœurs des enfants et des jeunes filles (2). » Voilà de ces petits tableaux, d’une touche légère et spirituelle, comme on en rencontre souvent chez Florus.
Bien rarement historien, mais pour le fond, orateur et philosophe, pour la forme, rhéteur, poète et styliste : tel se montre à nous l’auteur de V Abrégé. Par la recherche du pittoresque, du tour poétique et de l’antithèse, du relief et de la couleur, comme par l’allure oratoii'e du développement, par la passion et par les brusqueries de l’imagination, Florus présente évidemment plus d’un rapport avec son compatriote Manilius, et prépare les voies aux grands rhéteurs d’Afrique. 11 les annonce même par certains détails du vocabulaire et de la syntaxe. Et s’il tombe fréquemment dans la déclamation, l’afféterie et le mauvais goût, ce seront iàjustement des défauts familiers à la prose africaine.