‹ Les AfricainsChapitre 24 sur 62 · XII · texte numérisé non relu

XII

2 II, 21 ; VU. 16 ; Mil, 10.

(3) XV, 2; XVIII, 2 et 13.

AULU-GELLE

Il avait passé en Grèce une année entière, peut-être deux ans (1). Il dut enfin songer au retour. Tel nous l’avons vu à Rome et à Athènes, tel nous l’allons voir en voyage. Pendant qu’on relâchait à Patras, il se mit à fureter en ville et découvrit dans une bibliothèque un vieux manuscrit de Livius Andronicus (2). Pendant la traversée de la mer Ionienne, le navire fut assailli par une terrible tempête ; au milieu des rafales, sous un ciel noir de brune, les vagues déchaînées par l’ouragan couvraient le pont. Les passagers se croyaient perdus. Sans être plus brave que les autres, Aulu-Gelle était du moins soutenu par sa curiosité. Une chosele préoccupait plus encore que le danger : c’était d’observer l’attitude d’un célèbre stoïcien qu’il avait connu à Athènes. Ce philosophe se raidissait et ne laissait pas échapper une plainte : mais on le voyait pâlir. Quand le beau temps eut reparu, un riche et sot Asiatique ne se gêna pas pour rire des frayeurs du stoïcien, ce qui lui valut cette réplique hautaine : « Aristippe te répondra pour moi. Dans une circonstance semblable, un homme en tout semblable à toi lui demanda comment un philosophe pouvait avoir peur, tandis que lui-même était sans crainte. — C’est bien simple, dit le sage ; c’est que nous ne courons pas les mêmes risques; toi, tu n’as pas à t’inquiéter pour ta vie, qui est celle d’un vaurien; mais, moi, j’ai peur pour la vie d’ Aristippe. » Aulu-Gelle enregistra la boutade ; mais il voulut en avoir le cœur net. Un peu avant d’arriver au port, il s’approcha du stoïcien et l'interrogea humblement sur les causes de sa pâleur : cette fois, le philosophe s’adoucit, et, pour se justifier, il lut à son interlocuteur un passage d’Epictète sur la crainte involontaire, dont le corps seul est responsable (3). Aulu-Gelle avait donc trouvé à s’instruire

(1) Vraefat.. 4 ; I, 2 ; II, 21 ; XVII, 8; XVIII, 2 et 13 ; XIX 1.

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