XIX
LES PAÏENS
jusque sur le bateau que fouettait une mer démontée. A peine débarqué à Brindes, et pour se remettre des émotions du voyage, il se promène sur le port: tout à coup il aperçoit un lot de vieux livres poudreux, qui étaient à vendre ; il s’approche, les feuillette, et y trouve des récits merveilleux, des histoires d’enchantements; séduit par le bon marché, il achète toute la collection et passe deux nuits à l'étudier. Dans l'intervalle, il se rend à une séance de littérature ; la municipalité de Brindes avait fait venir de Rome un maître de latin, et, pour éprouver son mérite, on avait décidé qu'il se tiendrait ce jour-là à la disposition du public, prêt à répondre sur toutes les questions ; Aulu-Gelle s’aperçoit vite qu'il a devant lui un ignorant, un rhéteur bon pour l'exportation, et il s’amuse à l’embarrasser, à se moquer de lui (1). C'est le dernier épisode caractéristique de ce voyage si fertile en incidents et en enseignements.
Rentré à Rome, Aulu-Gelle s’occupa de régler sa vie. 11 possédait quelque fortune. Il se maria, eut des enfants, dont il surveilla de près l'éducation (2). Il entra au barreau, et remplit diverses fonctions judiciaires : il fut assesseur au tribunal du préteur, juge pour les causes privées, juge extraordinaire désigné par les consuls. Modeste, timide, et, avant tout, homme de cabinet, il avoue son embarras et son effarement « lorsqu’on le tira du coin où il vivait dans l'ombre avec ses livres et ses maîtres, et qu’il parut -au milieu des hommes et à la lumière du forum ». Il s'acquitta, d’ailleurs, de ces fonctions avec laconscience qu'il portait en tout. Il compulsa les ouvrages grecs et latins sur le droit.. Il assistait aux conférencesd’avocats et de jurisconsultes. S’il hésitait sur l’arrêt à rendre, il allait consulter Favorinus ou quelque autre de ses anciens maîtres. Un jour, il reçut