XV
AULU-GELLE
volumes, dans tous les moments de loisir que j’ai pu dérober aux affaires ; et cela, au point de m’épuiser (1). » Il était curieux de tout, et voulait tout connaître avec précision. Il avait horreur des ù-peu-près : pour éviter dans la conversation toute erreur de date, il avait rédigé à son usage un tableau synchronique de l’histoire des Grecs et des Romains. Malgré son admiration pour ses maîtres, malgré sa confiance absolue en eux, ilne pouvait s’empêcher de contrôler par lui-même leurs affirmations, pour le plaisir de constater qu’ils avaient raison. Il avait fureté dans presque toutes les bibliothèques d’Italie et de Grèce, compulsé les manuscrits, lu les vieux édits. Il tentait même quelques petites expériences pour s’assurer de l’exactitude de certains faits scientifiques. Quoiqu’il fût dévot et porté au respectai trouvait ridicules certains récits de Pline ; et à l’occasion il osait, lui, l’homme timide, se moquer d’un fatignorant (2). C’est qu’à défaut de plus brillantes qualités il avait du bon sens et de la conscience. Il transporta dans l’érudition ses habitudes de probité ; il a pu se tromper, il s'est trompé souvent, mais il a tout fait poursaisirla vérité : son scrupule d’honnête homme avait éveillé en lui l’esprit critique. Par là il est le digne élève d’Apollinaire ; mais il n’est que cela : toute sa vie, il resta l’étudiant modeste et laborieux qu’il était à dix-huit ans.
Maintenant que nous connaissons l’homme, son livre nous est connu. En effet, si l’on veut bien comprendre et goûter les Nuits atliques , il faut y voir simplement les Mémoires d’Aulu-Gelle. C’est un recueil de notes prises au jour le jour, après des lectures, des cours, des conversations, des promenades ou des dîners, et com-
(1) Praefat ., 12.