‹ Les AfricainsChapitre 29 sur 62 · II. 3; VI, 17; IX, 7 ; X, 12 ; XI, 17; XIII, 31; XV · texte numérisé non relu

II. 3; VI, 17; IX, 7 ; X, 12 ; XI, 17; XIII, 31; XV

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plétées par des recherches dans les bibliothèques. C’est bien ce que nous dit hauteur dans sa préface : « Toutes les fois que j’avais pris en main quelque volume grec ou latin, toutes les fois que j’avais entendu quelque chose de remarquable, tout ce qui m’avait frappé sur n’importe quel sujet, je le transcrivais sans ordre et sans suite. Je constituais ainsi un fonds de réserve pour aider ma mémoire : c'étaient comme des provisions littéraires. » C'est en Attique, pendant les longues nuits d’hiver, qu’il avait commencé à réunir ses notes et à préparer le recueil : d’où le titre de son ouvrage. Il poursuivit ce travail en Italie. Dans la seconde moitié du règne de Marc-Aurèle, il se décida à publier les vingt livres qui étaient prêts, et qui nous sont parvenus, sauf le huitième. Il avait l’intention de compléter plus tard ces Mémoires : « Pendant, le reste des jours qu’il plaira aux dieux de m’accorder encore, tous les loisirs que me laisseront le soin de mes affaires domestiques et l'éducation de mes enfants, tous les moments dont je pourrai disposer, je les consacrerai à recueillir les matériaux de nouveaux Mémoires. Ainsi s’accroîtra le nombre de mes livres, si les dieux me viennent en aide, à mesure que s’accroîtra le nombre de mes jours ; et je ne désire voir se prolonger ma vie qu’ autant que je serai capable d’écrire et d’étudier.» La mort ne lui permit pas de compléter son œuvre, qui était déjà considérable. S’il eût voulu la continuer, c’est qu'il la croyait utile ; il la destinait surtout à ses enfants, mais il pensait bien que tous les lettrés y trouveraient leur compte. Hanté de cette préoccupation, il y entassait tout ce qui lui paraissait bon à savoir. « Il y a donc, dit-il, dans ces Mémoires la même incohérence de matières que dans mes notes primitives, prises à la hâte, sans méthode et sans ordre (1). » Comme les Essais de Montaigne, ce

(1) Praefat., 1-4 ; 23-24.

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livre est né du hasard des conversations et des lectures d’un paisible homme d’étude ; mais, comme il y manque la charmante personnalité d’un Montaigne et la magie du style, les Nuits atliques ne sont que les Mémoires d'un écolier.

Ces Mémoires n’en sont que plus précieux à certains égards ; car ils offrent un grand intérêt historique. D’abord Aulu-Gelle nous a conservé une foule de renseignements curieux, d'anecdotes, de fragments des vieux auteurs. Puis, c’est toute lasociétélittéraire du temps qui revit dans ce livre, avec son étroite conception de la littérature, avec son pédantisme frivole, avec sa manie de discussions sans fin, avec son épidémie d’érudition qui envahit tout, les rues, les places, les temples, les dîners d’amis, le chevet des malades ; mais aussi avec son ardeur sincère pour l'étude, avec son enthousiasme, avec sa grande probité. Car la plupart de ces philosophes, de ces rhéteurs, de ces grammairiens n’étaient pas les premiers venus ; ils n’avaient pas seulement beaucoup de savoir, ils avaient encore de l’esprit, delà verve, souvent même du bon sens. Et c’étaient d’honnêtes gens dans toute la force du terme. Quand ils se mêlaient de morale, leur enseignement ne manquait pas d’élévation et ils savaient en tirer les conclusions pratiques. Comme Favorinus faisait tranquillement son cours, on lui annonça que la femme d’un de ses auditeurs ordinaires, une dame de grande famille, venait d’accoucher ; le philosophe se mit aussitôt en route, suivi de nombreux disciples, pour aller complimenter l’heureux père ; en apprenant que l’on s’apprêtait à donner une nourrice au nouveauné, Favorinus interpella très vivement la mère de la jeune femme, dont le premier devoir, disait-il, était d’allaiter elle-même son enfant ; et il développa ce thème avec une abondance de raisons, avec une éloquence entraînante dont s’est souvenu et que n’a point

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dépassée Rousseau (1). Mais les scènes de ce genre sont rares dans Aulu-Gelle. Le grand travers des lettrés de l'époque était d’employer tout ce qu'ils avaient de science, de talent et d'esprit, à discuter d’insigniliants détails. C’est ce qu’un misanthrope osa dire à Favorinus lui- même. Comme ce philosophe se promenait avec Aulu-Gelle près du temple de Carmenlis, il rencontra le grammairien Domitius et l’interrogea sur le sens d’un mot : « Assurément, répliqua le bourru, nous sommes bien malades. Voilà que les plus illustres philosophes s’occupent uniquement des mots, de la valeur des mots. Je t’enverrai un livre où tu trouveras la réponse à La question. Moi grammairien, j’étudie les préceptes de la morale pratique. Vous philosophes, vous n’ètes, comme dit Caton, que des registres mortuaires ; vous ne savez que ramasser de méchants mots, des détails obscurs, des sons vides et frivoles comme les litanies des pleureuses d’enterrement. Plût aux dieux que nous fussions tous muets ! » . Domitius avait raison : à peine eut-il tourné le dos que Favorinus, souriant de cette boutade, reprenait tranquillement sa discussion grammaticale (2). Dans ces petites scènes des Nuits iniques passe toute la société instruite du siècle des Antonins. Dans un coin, au second plan, l’auteur s’est peint lui-même sans y songer ; et, tout en riant un peu de cet excellent homme si naïf, on ne peut s’empêcher de l’aimer pour sa candeur, pour sa réelle modestie, pour sa curiosité, pour sa bonhomie, pour le plaisir innocent qu’il éprouve et qu'il nous cause en nous parlant de lui -même, de ses études et de ses maîtres. Trois Africains, plus que tous leurs compatriotes, se sont illustrés dans la Rome de ce temps : Fronton en est le grand prêtre ; Apollinaire en est

(i) XII, 1.

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le spectateur impartial et le critique ; Aulu-Gelle en est le nouvelliste, le reporter, comme nous dirions aujourd’hui.

Malgré l’intérêt du livre, la valeur littéraire en est mince. Il n’y a presque rien d’original dans les Nuits attiques , ni pour le fond, ni pour la forme. Littérature ou grammaire, archéologie, histoire ou biographie, philosophie, droit, médecine, astronomie, géométrie ou physique, fables ou proverbes, musique, morale ou casuistique, anecdotes, cuisine, il y a de tout dans ces Mémoires. Çà et là, des renseignements ou des révélations bien bizarres : les vertus du nombre sept ; la liste des personnes mortes de joie ; des histoires de femmes changées en hommes ; la taille d’Hercule ; les malheurs qu'amène la soixante-troisième année de la vie ; le moyen d’adoucir les douleurs de la sciatique, en jouant certains airs de flûte (1). Mais tout cela n’appartient pas à Aulu-Gelle ; il l’avait entendu raconter ou lu ; il enregistrait pêle-mêle, sans savoir écarter les détails parasites pour en dégager l’idée essentielle. De même pour le style. Son goût de l’archaïsme, sa prédilection pour Salluste, ses néologismes apparents, même ses bizarreries de forme et les expressions pittoresques dont il relève ses paysages, tout cela n’est à lui que par contre-coup : il parle simplement la langue des Africains de son temps ; il adopte toutes leurs idées, principalement celles d’Apollinaire, dont il n’est que le reflet.

Mais par là encore son livre est très précieux pour nous. Aulu-Gelle ne se faisait point d illusion sur son compte, et, avec une modestie spirituelle, il avouait que sa part d’originalité était bien petite : « I! y a, dit-il, de petits animaux de peu de valeur qui ont la rage d’imiter tout ce qu’ils voient et entendent : moi

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