NONIUS MARCELLUS
l’on s’en aperçoit en le lisant : car, en ce grammairien, il y a du rhéteur et du styliste. Nous n’avons de lui qu’un ouvrage, son Commentaire sur Horace, dont le texte est quelque peu altéré et incomplet, mais qui n’en est pas moins précieux (1). 11 a puisé à de bonnes sources : Acron, Scaurus, Claranus, Suétone. Et, ce qui vaut mieux encore, il a généralement bien compris et il a aimé le poète qu’il interprétait. Il ne s’en tient pas aux remarques grammaticales. Il s’attache surtout à suivre, dans tous ses caprices, la pensée fuyante d'Horace, et à marquer l’enchaînement des idées ; il traite souvent, pour son compte, les questions de rhétorique ou de littérature que soulève son poète, et il nous renseigne sur les personnages qui figurent dans les ditférentes pièces. Le style même est intéressant par la netteté du tour, et assez pur, malgré le mélange d'africanismes. Comme écrivain, Porphyrion estde l’école de Fronton ; il est partisan de « l’élocution nouvelle » ; pour lui, les poètes du temps d’Auguste, Virgile ou Horace sont déjà des « anciens •. Somme toute, ce savant grammairien est un homme de goût, qui dans des travaux plus personnels eût pu montrer du talent.
Assurément l’on n’en saurait dire autant de Norrius Marcellus. Et pourtant on l’a de nos jours traité si dure ment, qu’on serait presque tenté de prendre sa défense La plupart des savants qui l’ont étudié parlent de lui avec le plus profond mépris. A cet érudit l’on reproche jusqu'à une invraisemblable ignorance : on a prétendu qu’il faisait de M. Tullius et de Cicéron deux personnages différents. Il y a quelques années, un critique américain résumait assez bienl’opinion courante, quand il disait : « Si stupide que soit Nonius, son ouvrage est
(1) Pomponii Porphyrionis Commentarii in Q. Horat!um Flaùr cum, rec. Meyer ; Leipzig, 1874, — Cf. Schol. ad Lucan. I 214 ; Keil, Grammat. lat., I, 2Ü0. — Sur la langue de Porphyrion, voyez : Sittl, Die Lok. Verschied. der Lat. Sprache, p. 89.
très important (1) ». Dans ces appréciations si sévères, il entre tout au moins quelque ingratitude : si l’on s’occupe tant de Nonius, c’est donc qu’il en vaut un peu la peine. D’ailleurs, on ne tient pas assez compte des altérations de toute sorte qu’ont subies au moyen âge les manuscrits de son ouvrage, et dont, en bonne justice, on ne saurait le rendre responsable.
Nonius Marcellus, qui vécut sans doute vers la fin du 111e siècle, est souvent appelé « le péripatéticien de Thubursicum ». Il y avait en Afrique deux villes de ce nom, situées toutes deux dans la vallée du Bagradas, mais l'une en Proconsulaire, l’autre en Numidie. On ne peut guère douter au jourd'hui que la patrie de Nonius ne soit la cité numide : car on y a trouvé une inscription relative à un Nonius Marcellus Herculius qui y avait élevé à ses frais des monuments, et qui doit être ou le grammairien lui-même ou son fils (2). Ce Thubursicum des Numides était bâti sur l’emplacement du village actuel de Khremissa (près de Souk-Ahrras), où l’on visite encore les ruines d'un théâtre, d’établissements thermaux, de villas et d arcs de triomphe; c’était une colonie importante, fondée près des sources de la Medjerda, dans une admirable situation. La beauté de ces horizons frappa vivement Apulée et Augustin qui naquirent tout près de là, l’un à Madaura, l’autre à Thagaste. Mais Nonius n’était pas un homme d’imagination : du monde, il ne connut que ses livres. 11 dut professer la philosophie, puisqu’on le qualifie toujours de « péripatéticien «.Sans doute il écrivit sur les matières de son enseignement ; mais nous n'avons rien de lui en ce genre. 11 avait publié, nops dit-il, des Lettres sur le
(1) American Journal of Philology , 1882: article de Nettleship sur Nonius Marcellus.
(2) Corpus inscr. lat., VIII, 4878. — Cf. Mommsen. Hernies, XIII, p. 559.