‹ Les AfricainsChapitre 40 sur 62 · NONIUS MARCELLUS · texte numérisé non relu

NONIUS MARCELLUS

voyage , qui sont perdues fl). Pour nous, il n’est qu’un grammairien, et l'un des moins originaux. L’ouvrage que nous possédons est une sorte de lexique, dédié à son fils, et intitulé Abrégé de science. 11 comprend vingt chapitres : les douze premiers traitent des mots ; les huit derniers, des choses. On y trouve un peu de tout : des notes sur la propriété du langage, sur le genre ou le sens des noms, sur les synonymes, sur la déclinaison et la conjugaison, sur les nombres et les cas ; des renseignements sur la navigation, sur le costume, sur la formé des vases, sur la cuisine, sur les armes. En principe, dans chacune de ces sections, l’auteur suit l’ordre alphabétique; mais souvent les matériaux sont disposés au hasard ; ce qui s’explique sans doute par l’altération du texte. Evidemment l’ouvrage n'est qu'une compilation. Le plus souvent Nonius ne remonte pas aux écrivains originaux dont il invoque le témoignage : il les connaît de seconde main, par divers livres d’école, commentaires, encyclopédies, lexiques ou grammaires. Quoiqu’il oublie ordinairement d’indiquer ses sources, il doit beaucoup à ses devanciers, surtout à Verrius Flaccus et à Aulu-Gelle. Chose curieuse, dans ses renvois aux auteurs, il suit presque toujours un ordre déterminé d’avance : après Plaute, il cite Lucrèce, puis Accius, puis Pomponius, puisLucilius, et ainsi desuite ; souvent même, comme pour Cicéron, les divers livres d'un même écrivain occupent des places très différentes dans cette série. En réalité, rien de plus puéril que cet ordre fixe, tout arbitraire, déterminé sans doute parle classement dé ses notes ou par la disposition fortuite des volumes dans sa bibliothèque. Malgré tout, cet ouvrage est pour nous très précieux : justement parce qu’il n’a rien d’original, il nous a conservé une foule

(l) Nonius Marcellus, Compendiosa doctrina per litteras ad Jîlium,p. 451, 11 (édition de L. Müller, Leipzig, 1888).

LES PAÏENS

de choses qui autrement seraient perdues. Nonius faisait peu de cas des modernes : les derniers écrivainsqu’il nomme sont ses compatriotes Apulée et Seplimius Serenus. En revanche, comme tous les Africains, il s’intéressait beaucoup au vieux latin et il nous a transmis d’innombrables fragments de l’ancienne littérature romaine, des contemporains d’Ennius, de Plaute ou de Caton. C'estce quia fait vivre sa Cotnpendieuse Doctrine , et ce qui doit rendre indulgent pour lui. Son livre est toujours resté en honneur dans les écoles. Après avoir pillé ses prédécesseurs, il eut la gloire d’être pillé h son tour, surtout par ses compatriotes Priscien et Fulgence(l). Au début du cinquième siècle, il trouvait bien loin de son pays natal, à Toulouse, un admirateur, un certain Sabinus qui donnait de l’ouvrage une édition critique et qui signait: « Moi, Julius Tryfonianus Sabinus, garde du corps, j’ai lu ce livre qui m’appartient, sous le 5e consulat des seigneurs Arcadius et Honorius (en 402). Autant que je l’ai pu, sans maitre, je l’ai corrigé et annoté. J'avais alors 30 ans, et, depuis 4 ans, j’étais en garnison dans la cité de Toulouse (2) ». Et vraiment, Nonius méritait cet hommage : par son énergie de compilateur, il a sauvé bien des débris précieux de la vieille littérature; et par là, aujourd’hui encore, il contraint à le lire ceux-là même qui médisent le plusde lui.

(1) Keil, Grammat. lat., II, 35 ; 269 ; 499. — Cf. L. Müller, Nonius , II, p. 239.

(2) Cf. O. Jahn, Ber. der s'âchs. Ges., 1851, p. 332.

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