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CHAPITRE IX

LES RHÉTEURS DU IV8 SIÈCLE. — VICTORIN. — SERVIUS LE MAURE ET CHARISIUS. — AURELIUS VICTOR.

Au ive siècle, l’Afrique est encore féconde en gens de lettres. La place d'honneur appartient sans doute aux chrétiens, à saint Augustin et à la pléiade d’écrivains ecclésiastiques que nous verrons groupés autour de lui, et qui furent ses maîtres ou ses condisciples ou ses élèves, surtout ses partisans ou ses adversaires dans les querelles d’Eglise. Mais le camp des païens comptait aussi des rhéteurs distingués, comme ce Maxime de Madaura, qui eut une grande réputation dans toute la contrée et dont Augustin, son camarade d’université, était le premier à reconnaître le talent et la parfaite sincérité (1). De même que Maxime, quelques-uns de ces rhéteurs continuaient à soutenir la lutte contre le christianisme triomphant. Mais la plupart affectaient de l’ignorer et s’enfermaient dédaigneusement dans le cercle des études traditionnelles, comme si la conversion de Constantin n’eût apporté rien de nouveau dans le monde. Délaissant les grandes questions, ils s’acharnaient au menu détail de la rhétorique, de l’histoire ou de la grammaire. Et leur labeur n’a pas été vain : car au milieu du naufrage de tout ce qui leur était cher, ils ont recueilli bien des épaves de la civilisation antique.

(i) Saint Augustin, Epist. 16-17.

LES PAÏENS

Victorin résume en lui seul ces aspects si variés de l’Afrique de son temps. 11 fut illustre comme rhéteur, comme philosophe et comme orateur, comme écrivain et comme érudit, comme grammairien et comme métricien. Et il fut l'un des plus intrépides défenseurs et Tune des gloires du paganisme, jusqu’au jour où, sur le tard, il se convertit lui-même au Christianisme.

11 naquit dans l'une des provinces africaines, sans doute en Proconsulaire, vers le commencement du ive siècle. Il paraît avoir passé au pays natal toute la première moitié de sa vie. Il était dans la maturité de l’âge et du talent, quand il partit pour Rome, vers le milieu du règne de Constance. Il y professa la rhétorique avec un éclatant succès : saint Augustin, saint Jérôme et Boèce s’accordent à nous le représenter comme un orateur et un maître de premier ordre. Dès l’année353, l’enthousiasme des Romains lui avait élevé une statue sur lé Forum de Trajan. « Ce vieillard si savant, nous dit Augustin, était très versé dans tous les genres d’études libérales. Il avait lu une foule de philosophes , les avait approfondis et commentés. Il avait eu pour élèves beaucoup de nobles sénateurs; et même, par la gloire de son enseignement, il avait mérité et obtenu une statue sur une place de Rome (1). »

Rhéteur admiré, philosophe, savant universel et homme de goût, Victorin était aussi un noble caractère. L’histoire de sa conversion tardive en est une preuve.

(1) Saint Augustin, Confess.. VIII, 2. — Cf. saint Jérôme, Vir. illustr.. 101 ; Praefat. Comment, in Epist. ad Galat. ; Chronic. ad ann. 353 ; Boèce, Comment, in Porpliprium a Yictnrino translatum, p. I, 36 Rot. : « orator sui temporis ferme doctissimus. »

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