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SERVIUS LE MAURE

d’ouvrages antérieurs. Charisius n’est qu’un pédant d’école, empêtré dans son érudition. Il n’en a pas moins eu l'honneur d’être assez souvent copié par Servius, par Rufin, par Priscien et par Cassiodore. C'est que, malgré la pauvreté de la forme, la matière était assez riche, et le manuel était commode.

Serviusle Maure est un esprit beaucoup plusdistingué. Il naquit en Maurétanie vers le milieu du ivs siècle. Il vint jeune à Rome, où il fut vite célèbre par son enseignement et ses livres. C’était un homme fort instruit, d’une science sûre, et d'un goût délicat : avec cela, modeste, de bonnes manières, et très aimable. Il vécut surtout dans la société de Symmaque, qui avait été plusieurs années proconsul à Carthage, et qui s'en souvint toujours. Dans ce monde très aristocratique, attaché aux vieilles traditions, passionné pour les lettres, et oùles Africains étaient les bienvenus, Servius rencontra plusieurs compatriotes, par exemple les deuxCæcina Albinus, le père et le fils, originaires d’Hadrumète, comme le compétiteur de Sévère, et tous deux très lettrés. Ce cercle de Symmaque se composait de païens déterminés. Servius avait les mêmes croyances, avec une ombre de scepticisme : « Sur le compte des dieux, dit-il, il faut s’en tenir à la fable ; car nous ignorons la vérité 1) ». Son paganisme élégant, son origine africaine, sa vaste érudition, sa renommée de savant, sa bonne grâce, tout avait contribué à le faire très bien accueillir par Symmaque et par ses amis. Cette haute société romaine, celle que peint Macrobe dans ses Saturnales, avait Servius en grande estime et lui témoignait beaucoup d’égards. On le voit bien au rôle qu’il joue dans les dialogues de Macrobe. Quoiqu'il soit jeune encore à ce moment, on l’accable de compliments

(1) Servius, Comment, ad Æne’d. I, 297 ; cf. Ibid., I, 79 (édition Thilo et Ilagen, Leipzig, 1878-1884).

LES PAÏENS

et de prévenances. On s’accorde à louer sa science précoce, son amabilité, sa modestie ; on lui demande son avis dans les cas difficiles, et l'un des interlocuteurs lui dit : « Eh bien ! Servius, tu es plus savant non seulement que tous les jeunes gens de ta génération, mais aussi que tous les vieillards (1) ».

C’est à son Commentaire sur Virgile que Servius devait cette réputation et cette autorité. Ce commentaire, il l’avait publié de très bonne heure. Les personnages des Saturnales, vers 384, y font de fréquentes allusions, par exemple en ce passage : « Maintenant, que Servius nous dise ce qu’il a remarqué dans Virgile. Lui qui commente chaque jour le poète doit nécessairement le posséder à fond etêtre prêt à répondre (2)». L'ouvrage paraît même être antérieur à37o ; car c’est probablement cette annéelà que Gràtien refusa le titre de souverain pontife, et on lit dans Servius : « Aujourd’hui encore nous donnons aux empereurs le nom de pontife (3) ». Il est impossible de préciser davantage, d’autant mieux que le Commentaire a certainement paru en plusieurs fois : dans ses remarques sur les Géorgiques et sur les Bucoliques, l'auteur renvoie lui-même à ses études sur l'Enéide (4). Quoi qu’il en soit de cette question de date, le Commentaire sur Virgile a une grande valeur. Nous en possédons comme deux éditions différentes : l’une courte et un peu sèche, comme un livre d’école ; l’autre tout à fait complète, bien plus variée d’aspect et plus riche de matière, comme un livre savant. Dans la première, destinée sans doute aux jeunes gens, l’auteur se plaît sur-

(0 Macrobe, Sat., VII. 11. 2 ; cf. 1,24, 8 et 20 ; VI, 6, 1:1. 2, 15 : « doctorem receDs professus, ‘juxta doctrina mirabilis et amabilis verccundia. »

(2) Ibii . VI, 6, 1 ; cf. I, 24. 8 et 20.

^3) Servius. Ad Æneid. III, 80. — Cf. Mommsen, Rom. Staats- Tccht, II. j). 1054.

(4) Servius, ÀdBucol. VII. 26 ; Ad Georg ., I, 488 : II, 170 ; 481 ; IV, 101.

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