CHAPITRE V
LES ÉPOQUES LITTÉRAIRES EN AFRIQUE
L’histoire littéraire de l’ancienne Afrique, si l'on tient compte de ce qui a précédé et de ce qui a suivi la domination romaine, présente huit époques nettement caractérisées. Aux deux premières nous ne nous arrêterons guère, parce que nous les connaissons mal, et parce quelles ne se rattachent pas directement à l'objet de cette étude -: c’est d’abord la littérature punique de la Carthage indépendante, et c’est ensuite, pendant les deux derniers siècles avant notre ère, une littérature de langue grecque. Notre lâche commence vraiment du jour où le latin devient l’idiome littéraire de l’Afrique. Pendant cette longue période purement romaine, il faut distinguer l’àge des origines (de Tibère à Trajanl, le siècle des Antonins où se précise la figure originale des auteurs du pays, le siècle des empereurs africains qui a été particulièrement fécond en écrivains, et le siècle de saint Augustin qu'interrompt brusquement la prise de Carthage par les barbares. Enfin, une période vandale et une période byzantine annoncent et préparent en Afrique la ruine complète de la civilisation antique. Avant d’étudier en détail les auteurs et les œuvres de langue latine, il ne sera pas inutile d’esquisser la physionomie de l'ensemble, en indiquant tout au moins les grands traits et les grands noms de chaque époque.
LE GÉNIE AFRICAIN
i° Epoque punique. ■ — Au moment où Scipion Emilien assiégeait Carthage pour la brûler et la raser, nous savons que cetle ville renfermait des bibliothèques remplies d’ouvrages puniques. Tous ces livres n’étaient guère intelligibles aux Romains ; aussi le sénat en fit don aux princes numides ses alliés, surtout à Micipsa (1 ). Bien des siècles après, et jusqu’aux derniers jours de la domination romaine, on conservait pieusement et on lisait encore en Afrique ces vieux témoins de la littérature carthaginoise. Beaucoup d'auteurs alors les ont maniés et en ont tiré d’utiles indications : Salluste, le roi Juba, les géographes et les historiens grecs, Apulée, Aviénus, saint Augustin. Ce qu’a été cette littérature punique, on ne saurait aujourd'hui s’en faire une idée nette : nous n’avons de renseignements précis que sur quelques ouvrages isolés. Le plus ancien, à notre connaissance, était une relation du roi Hannon» Vers la fin du vie siècle avant notre ère, ce vaillant homme avait exploré la côte occidentale d'Afrique jusqu'au delà du Sénégal; au retour, naturellement, il raconta son voyage et il en consigna les principaux résultats dans une inscription lapidaire qu'on vit pendant plusieurs siècles à Carthage, au temple de Baal Plus tard, ce long document fut abrégé et inséré dans une collection d’ouvrages puniques mise sous le nom du roi Hannon; puis on le traduisit en grec, et c’est sous cette forme qu’il nous est parvenu (2). C'était sans doute encore une relation de voyage, ce livre d’Himilcon que cite et copie souvent Aviénus (3). Le geùre historique paraît avoir été aussi en grand honneur : c’est dans les chroniques
(1) Pline. Hist. Nat.. XVIII, 22.
(2) Jîannoim Per'plùs, dans les Geog. graec. minores deC. Müller,.
I, p. 1 -14. — Cf. Pline, Hist. Nat.. V, 8.
(3) Aviénus. Ora maritima. aux vers 111, 383. 412. — C£. Pline.
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locales que Juba trouva les éléments de son Histoire de Libye (1) ; et c’est aux ouvrages du roi Hiempsal que Salluste emprunta toutes les traditions relatives aux origines africaines (2). Enfin il est un chef-d’œuvre 'qui eut la bonne fortune d’échapper au naufrage de la littérature punique et de devenir populaire même à Rome et en Grèce. Après le sac de Carthage, tandis qu’on abandonnait dédaigneusement aux princes indigènes tout le fonds des bibliothèques locales, on réserva formellement, pour l’envoyer en Italie, le traité de Magon, en vingt-huit livres, sur l’agriculture. En vertu d’un sénatus-consulte, on ouvrit une sorte de concours pour la traduction de cet ouvrage en latin ; le prix fut remporté par un citoyen d’une grande famille romaine, D. Silanus. Un demi-siècle plus tard, au temps de Sylla, l’encyclopédie de Magon fut mise, en grec par un habitantd’Utique, Cassius Dionysius, quidédiason œuvre au proconsul Sextilius ; et bientôt après, en Bithynie, elle était abrégée en six livres et présentée au roi Déjotarus. Rien ne devait manquer à la gloire de Magon ; Varron et Pline célébraient à l’envi ses mérites ; on le préférait même au vieux Caton ; et Columelle écrivait : « C’esl le Carthaginois Magon que nous vénérons le plus ; car il est le père de l’économie rurale » (3). D’après les fragments de cette encyclopédie de Magon, il serait téméraire de vouloir juger ce qu’a pu être la littérature punique ; pourtant, si l’on en rapproche ce que nous savons des chroniques d’Hiempsal, des relations d’Hannon et d’Himilcon, des cultes et des ex-voto de Carthage, on entrevoit, chez les auteurs phéniciens d’Afrique, un
(1) Plutarque, Parai!, min.. 23 : Aminien Marcellin, XXII, 15, 8 : « Juba punicorum confisus textu librorum. »
(2) Salluste, iêgurtha, 17 : « ex libris punicis, qui regis Hiempsalis dicebantur, interpretatum nobis est. »
(3) Columelle, I. 1, 12-14. — Cf. Varron, De re rust.. T. 1, 10 ; 17, 3 ; 38. 1 ; II. 1. 27 ; III. 2. 13; Cicéron, De orat.. I. 58 ; Pline. Hist. Nat.. XVII. G3 ; 80 ; 93 ; 128 ; XVIII, 22 ; 35 ; 97 ; XXI, 110!
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mélange d’effusions religieuses et. de préoccupations techniques, de mysticisme et de sens pratique.
2° Epoque grecque. — Carthage vaincue, puis détruite, •sa langue nationale perdit son rang et devint un patois ; le latin, dont les progrès furent lents en Afrique, et qui même à Rome était encore dédaigné parbien des lettrés, n’était pas prêt alors à remplacer le punique : c’est le grec qui remplit l'interrègne. Quelques Africains quittèrent leur pays pour aller vivre en Orient : tel fut cet Hasdrubal de Carthage, qui, dès le temps de la troisième guerre punique, à l’àge de vingt-quatre ans, abandonna •sa patrie pour aller entendre les philosophes d'Athènes, •surtout Carnéade ; bientôt il professa pour son compte et devint l'un des chefs de l’école académique ; il écrivit plus de quatre cents ouvrages, tous en grec (1). Après lui, tous ses compatriotes lettrés adoptèrent la même langue, ceux qui restèrent au pays natal comme ceux qui tentèrent fortune à Rome, Dionysius d’Utique, le traducteur de Magon (2i, comme le roi Juba, le Varron des Africains, ce puits de science au témoignage d" Athénée, le plus grand historien parmi les rois, si l’on en croit Plutarque (3). Juba avait écrit sur tous les sujets ; on citait (le lui des épigrammes, des traités de géographie et de grammaire, des livres sur le théâtre et la peinture, sur les altérations du langage, sur les antiquités de Rome, sur l’Assyrie, sur l’Arabie," sur la Libye ; c’était un bon écrivain, et un savant universel, dont l’opinion n’était jamais négligeable ; Pline, Appien et Dion Cassius,
(1) Diogène Laërte, IV. 07 ; Cicéron, Acad.. II. 31-32; Tusc.. III. 22 ; Etienne de Byzance, au mot K«fZr,S»v.
(2) Varron, Dere rust., I. 1. 1(1 : « hos nobilitate Mago Karthaginieusis præteriit punica lingua, quod res dispersas comprehendit libris XXVIII. quos Cassius Dionysius Uücensis vertit libris XX ac græca lingua Sextilio prætori misit. »
(3) Athénée, III. p. 83 ; Plutarque, Hector.. 9. — Voyez les fragments des ouvrages de Juba dans les Fragm. lvstor. gr.aec. de C. Müller. III. p. 405 sqq.
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Athénée, Plutarque et bien d'autres lui ont beaucoup emprunté et ont toujours parlé de lui en termes flatteurs. C’est pour nous le plus glorieux représentant de cette littérature grecque d'Afrique, dont les principaux caractères, à en juger parles fragments conservés, paraissent avoir été la curiosité dévote, le tour spirituel, le goûtde la précision, le sens de l'utile et une érudition de bon aloi. Après Juba, d’autres écrivains nés en Proconsulaire ou en Numidie, Cornutus, Fronton, Apulée, Tertullien, l’empereur Sévère et d’autres, ont encore composé des ouvrages en langue grecque. Mais désormais ce sera surtout fantaisie et manie érudite, ou question de mode : depuis le milieu du premier siècle de notre ère, la vraie langue li ttéraire de l’Afrique est le latin.
3 0 Epoque latine. — Lesorigines. — Il y avait longtemps déjà, plus de deux cents ans, qu'un Carthaginois s’était taillé une belle place dans la littérature romaine. Né à Carthage quelques années avant la mort d'Hannibal, Térence fut sans doute enlevé, puis transporté à Rome par un marchand d’esclaves ; affranchi par le sénateur Terentius Lucanus, il fut admis tout jeune, peut-être en sa qualité d’Africain, dans le cercle des Scipions et des Lélius, cercle aristocratiqueetàdemi grec, où se façonna son talent. 11 avait tout l'extérieur des gens de son pays natal : les cheveux crépus, le corps sec, le teintbronzé (1). Ses pièces élégantes, tout en (inesses et en nuances, œuvre délicate, trop délicate même, d’un lettré formé à l’école des Grecs, ne répondaient guère à ce qu’on pouvait attendre d'un Carthaginois authentique. Aussi beaucoup de gens à Rome ne voulaient voir en lui que le prête-nom de sesamis Léliuset Scipion (2). Sans doute il y avait un peu de vrai dans ces bruits méchants; et, bien que les auteurs de l'Afrique romaine se soient mon-
(1) Suétone, Vit a, Terent., p. 1 et .'J.
(2) Ibid., p. 2-4. — Cf. Cicéron, Ad Atticum, Vil, 3, 10 ; Quintilien, X, I, 99.
très plus tard très iiers de leur ancêtre, il est certain qu'il n’y avait rien d’africain dans l’œuvre attribuée à Térence : c’était seulement un nom fameux dont on se réclamait pour démontrer qu'il pouvait naître à Carthage de grands écrivains romains. En réalité, il faut attendre le premier siècle de notre ère pour voir se dessiner les j traits originaux de la littérature latine d’Afrique. En poésie; elle débute par un ouvrage inégal, mais puissant,
1 e s .4 s i rou o m? y 14 es d e M a n i li u s . En prose, elle cherche sa voie avec Cornutus ou Sévère de Eeptis ; et déjà même, j avec Florus, elle prélude à ses audaces futures.
4'1 Epoque d'Apulée et de Tertullien. Au siècle des Antonins, aucun doute n’est plus possible : c’est bien une nouvelle race d’écrivains qui vient d’apparaître dans , l’empire. Désormais, à Rome comme à Carthage, les Africains forment des groupes distincts, aisément reconnaissables à leur langage et à leur allure. Souvent déjà, même dans la capitale, ils donnent le ton. Car ils ont du talent, et ils sont nombreux : il en arrive, non plus seulement delà Proconsulaire ou des villes du littoral, comme dans Page précédent, mais encore du fond de la Numidie. A la cour d’Hadrien, Salvius Julianus d'Hadrumète passe pour le plus autorisé des jurisconsultes. Sous Antonin et Marc-Aurèle, le rhéteur Fronton de Cirta éclipse tous sesrivaux etrenddes oracles, tandis qu’ Apollinaire de Carthage est le plus respecté des grammairiens. Plus avisé encore, Apulée de Madaura se fixe dans son pays natal, et devient l’idole de ses compatriotes, dont il restera toujours le grand classique. En même temps, le christianisme, qui peu à peu s’avance, ouvre des voies nouvelles à l’activité littéraire des Africains. Tertullien de Carthage, grand admirateur et disciple d’Apulée, mais original entre tous, donne au christianisme local ses premiers chefs-d’œuvre, qui serviront de modèles à beaucoup d’autres.
5° Epoque des empereurs africains. — Au ine siècle,
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l’Afrique, où la sève déborde, semble partir pour la conquête dettome; du moins, elle y envoie des empereurs, les Sévères après Albinus, les Gordiens après Macrin, tous passionnés pour les lettres Elle produit beaucoup d’écrivains habiles, en vers ou en prose, les poètes Némésien et Reposianus, les deux Sammonicus, l’auteur anonyme des Distiques de Caton , les grammairiens Porphyrion et Nonius Marcellus, les métriciens Juba et Térentien le Maure : car la Maurétanie, à son tour, fournit son contingent. Plus intéressants encore que les païens, et plus célèbres, sont leurs compatriotes chrétiens 'Minucius Félix, apologiste ingénieux et fin lettré ; l’évêque de Carthage, saint Cyprien, dont nous possédons tant de curieux ouvrages ; le rhéteur Arnobe, au style violent et heurté; l'élégant Lactance, si admiré de ses contemporains ; Jules l’Africain, l’un des fondateurs de la chronologie ; et Commodien, le poète original aux rythmes hardis. Dès ce temps, la littérature chrétienne de l’Atlas, pleine d’audace et de vie, commence à rayonner sur tout l’Occident.
6° Epoque de saint Augustin. — - Au iv° siècle et au début du Ve, l’Afrique compte encore nombre d’écrivains ou de savants distingués : le rhéteur Victorin ; l’historien Aurelius Victor ; le grammairien Charisius ; Servius le Maure, le célèbre commentateur de Virgile ; Macrobe, l’auteur des Saturnales ; Martianus Capella, qui dans sa bizarre et curieuse encyclopédie condensa toute la science des écoles. D’autre part, les Eglises locales, orthodoxes ou hérétiques, sont fécondes en orateurs et en polémistes : mais tous disparaissent derrière, le grand nom de saint Augustin, en qui l’Afrique romaine, à la veille de sa ruine, résuma toutes ses gloires et tous ses talents.
7° Epoque vandale. — Brusquement, l’invasion vandale vint remettre tout en question. Ce fut un coup terrible pour la civilisation latine en ce pays. Pourtant le.
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goût des lettres y était si bien enraciné, qu’il survécut au désastre. On se rattacha désespérément au passé ; et parfois même les écrivains trouvèrent des protecteurs inattendus parmi ces rois barbares. On pouvait vivre encore et aimer la littérature oula science, puisqu’alors vécurent les médecins Cassius Félix et Cælius Aurelianus, et les auteurs des romans troyens, et l’érudit Pompée le Maure, et Fulgence qui voulut égayer la grammaire en y mêlant l’allégorie. Alors aussi continuaient les polémiques des évêques et des docteurs ; et un intéressant chroniqueur, Victor de Yita, se consolait des misères du temps et des persécutions religieuses, en les racontant. La poésie elle-même n’était pas morte. Luxorius et toute une pléiade de versificateurs chantaient leurs disgrâces ou les fêtes des rois vandales. On rédigeait le recueil de Y Anthologie de Carthage , qui nous a conservé tant de morceaux curieux. L’Afrique eut même alors un vrai poète, Dracontius.
S0 Epoque byzantine. — Violemment séparée de l'Italie et de l'Europe par l’immigration vandale, la région de l'Atlas vivait presque entièrement isolée depuis trois ou quatre générations, quand elle fut rattachée à l'empire d'Orient par les victoires des généraux de Justinien. Mais la restauration byzantine n’a vraiment atteint que le Tell oriental et la côte maurétanienne ; à l’Ouest, tout l’intérieur du pays, où s’.étaient reconstiluées des principautés- indigènes, était à jamais perdu pour la civilisation romaine. Malgré toutes les misères el les guerres incessantes, au milieu de toutes les querelles religieuses, le goût de l’étude se conserva quelque peu dans les cités du littoral. Des lettrés, des savants y naissaient encore, dont les uns demeuraient au pays, tandis que d’autres cherchaient fortune à Constantinople. A l'Afrique byzantine appartiennent, entre autres, et Priscien de Cæsarea,si célèbre au moyen âge, et Junilius, l'auteur d’un précieux traité
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d'exégèse, et le chroniqueur Victor de Tunis, et le poète Corippus qui chanta, souvent en beaux vers, la guerre contre les Maures. Ce sont là, pour nous, les derniers Africains. Depuis longtemps, dans toute cette contrée, on voyait diminuer la force de résistance de l’élément européen et se rétrécir le cercle de la civilisation grécoromaine. L’administration byzantine, molle et compliquée, plus faible encore dans cette province si éloignée de la capitale, ne sut défendre Carthage et Constantine ni contre les Maures à l’Ouest, ni contre les Bédouins à l'Est : et vers la fin du vu® siècle, dans l'Afrique désormais arabe et berbère, il ne restait déjà plus, des Byzantins comme des Romains, qu'un vague souvenir et des ruines.
Depuis les premières œuvres lalines d’Afrique jusqu’à l’invasion musulmane, il s’était écoulé six cents ans ; à chaque génération se sont présentées des figures intéressantes, et dans cette rapide esquisse nous avons eu à mentionner plusieurs des plus grands noms de l’antiquité romaine. Assurément, dans aucune autre contrée de l’empire, on ne trouverait une littérature aussi riche, surtout aussi originale et aussi logique en son évolution. Dans le domaine de la pensée et du style, l'Afrique succède à l’Espagne sous les premiers Antonins, et dès le siècle suivant elle commence à réagir sur toute l’Europe occidentale: avec Apulée et Fronton, elle impose longtemps ses goûts aux païens de Rome; par Tertullien et Augustin, elle entraîne à sa suite la plupart des auteurs chrétiens. Ce qui est frappant surtout, c’est la persistance des mêmes goûts, des mêmes instincts et des mêmes aptitudes dans toute cette littérature africaine. Evidemment, il y a bien des différences à établir entre Manilius et Florus, entre Apollinaire et Fronton, entre Apulée et Tertullien, entre Cyprien et Arnobe, entre Augustin et Capella, entre
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D racontais et Victor de Yita, entre Priscien et Corippus; et cependant, malgré la diversité des dons individuels, lous ont un air de famille. Ils sont bien du même pays, de la même race ; ils parlent la même langue, et y portent un môme tour d’esprit. Quel que soit l'objet de leurs études, tous sont orateurs, grammairiens et dévots ; ils ont une syntaxe à eux, un fetyle à eux, emphatique et capricieux, pittoresque et réaliste, précieux et négligé, à la merci d’une imagination violente et mystique ; et jamais ils ne peuvent faire abstraction de leur personnalité, qu’ils étalent naïvement même dans un traité de grammaire ou de théologie. Matérielle- • ment, il est visible que la tradition africaine se transmet, dans le pays, d'une génération à l’autre ; tous admirent et imitent Salluste, puis leurs devanciers de Carthage ou de Numidie ; savants ou lettrés, ils connaissent avant tout leurs compatriotes ; grammairiens ou métriciens, ils relèvent d'Apollinaire ou de Térenlien ; païens, ils sont les héritiers d’Apulée ; chrétiens, ils savent par cœur ou ils ont sous les yeux les traités ] de Tertullien ; et, des premiers Africains, l’héritage passe, toujours grossi, jusqu’aux érudits et aux poètes contemporains des rois vandales ou des gouverneurs byzantins. Ainsi, d’une part, persistance du tempérament national, et, d'autre part, tradition locale ininterrompue : voilà qui explique l’unité de cette littérature latine d’Afrique, qui- se dessine sous les derniers Césars, qui se précise et grandit sous les Antonins, qui s > répand dans tous les sens sous les empereurs africains, qui arrive à son apogée avec saint Augustin, et qui, sous les Vandales et les Byzantins, survit même deux siècles à l’écroulement de l’empire romain.
LIYRE SECOND
LES PAÏENS