‹ Les AgesChapitre 40 sur 43 · L'HOMME <DE CH^I · texte numérisé non relu

L'HOMME <DE CH^I

.L e soleil s'est levé. Les bleus sont presque roses. Une vapeur de vie enveloppe les choses, Un bain d'amour s'épanche à flots du ciel câlin : L'air mouillé de rosée hésite autour des formes; L'aube se glisse au pied des bouleaux et des ormes, Et le ciel matinal neige des fleurs de lin.

Le blé pousse en traits fins au long des sillons pâles. Dans les lointains, de frais étangs couleur d'opales S'ouvrent comme des yeux sous leurs cils de roseaux ; Le soleil se faufile entre les églantines ; Les corolles ont chaud; les nids chantent matines; Les taillis réveillés se lancent des oiseaux.

Jusque vers l'horizon, la plaine est parsemée De points rouges et bleus qui furent une armée : Fleurs énormes parmi les brins d'herbe fluets, Les soldats morts, rouges et bleus, baignés d'aurore, S'illuminent, et l'on croirait qu'on voit éclore De grands coquelicots mêlés à des bluets...

L'HOî\Cî\CE DIEU

Je l'ai vu quand j'étais enfant; je me rappelle : C'est un tableau pieux dans un coin de chapelle...

Un paysage nu dort sous un ciel épais :

Debout dans ce désert en deuil, le Dieu de paix,

Le jeune Rédempteur vêtu d'étoffes blanches

Se dresse, en écartant ses bras aux larges manches:

De ses paumes, à gros bouillons, le sang divin,

Le rouge sang d'amour qui doit couler en vain

Sort de la double plaie ainsi qu'un double fleuve.

Le sang coule ; et, cherchant quelqu'un qui s'en abreuve

Celui qui veut bénir regarde devant lui.

Il attend. Ses grands yeux, pleins de céleste ennui,

Xe découvrent qu'un monde immense et solitaire;

Les deux fleuves de sang n'abreuvent que la terre,

Mais ils coulent toujours et le Dieu va mourir.

C'est l'heure ! Il a compris le néant de souffrir

Et meurt de ce néant plus que de sa souffrance ; Son cœur, vide de sang, s'est vidé d'espérance, Et fatigué d'attendre en regardant là-bas, Il s'est tué d'amour pour qui n'en voulait pas.

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