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comprendre ce que nous entendons par la: lorsqu'un homme de moyenne instruction fait rapidement sur un papier un rond et qu’il en marque le centre, on peut dire que le premier trait rapide est dû en très grande partie à son centre moteur, tandis que le simple fait d'en marquer le centre nécessite l’activité plus grande du centre visuel.
Avant de discuter la question examinons les faits. Voici le malade de Lissauer (n° 27), il est atteint de cécité psychique assez grave et il a conservé une petite partie de ses souvenirs-images. Il peut encore avec la plus grande difficulté esquisser très grossièrement mais nettement le dessin d’un modèle géométrique ou d’objets simples non reconnus parfois: une montre, un loquet, un balai; le dessin étant naturellement plus malaisé d'après nature que d’après un modèle ; il peut enfin dessiner de tête, mais alors, ce qu'il fait est très curieux : il ne termine jamais son dessin d’un seul jet; dès qu’il à achevé une portion, elle lui devient étrangère, il ne la reconnaît plus et il ne peut plus y adapter la portion suivante,qu'il fait alors dans un sens quelconque. Par exemple, voulant dessiner une botte, il fait à part le pied, la tige ; il arrive au talon: où doit-il le placer ? Il hésite, et reste en suspens, ou bien il le localise tantôt d’un côté tantôt d'un autre ; pour représenter une bouteille, il fait à part le fond, le corps, le goulot; un bonhomme qu'il dessine ressemble à un mannequin désarticulé et remonté tout de travers.
La malade de Müller (n° 33) est aussi intéressante quoique plus gravement atteinte : elle fait une croix sur modèle, mais elle est incapable de faire quoi que ce soit de tête ; l'observateur, très ingénieusement, dessine alors
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un ovale avec deux points représentant une tête avec les deux veux, la malade devait faire le nez et la bouche: elle traça un trait vertical entre les deux yeux pour le nez, mais elle représenta la bouche par un trait horizontal immédiatement à côté du nez. C'était donc bien une impuissance presque totale de représentation visuelle qui empêchait la malade de dessiner; le malade de Lissauer semblait au contraire avoir encore quelques vestiges de cet élément visuel, juste ce qu’il fallait pour permettre l'exécution de ce qui dans le dessin est dû surtout à l'élément moteur, c’est-à-dire, un peu ce que les peintres appellent le coup de crayon; mais la représentation vraie de l’ensemble étant impossible, il ne pouvait pas ajuster et coordonner les différentes parties entre elles. Il se passe là quelque chose de très analogue à ce qui se passe dans l’agraphie, lorsqu'on voit les malades encore capables de figurer les éléments presque purement moteurs de l'écriture, c’est-à-dire, suivant l'éducation de chacun, des jambages, des esquisses de lettres, des morceaux de mots et surtout par exemple leur signature.
L’interruption, qui donne le trouble d'identification, au lieu de porter sur le souvenir, peut siéger très près du point de départ, c'est-à-dire être en amont et respecter les totalisations qui entrent en activité dans les souvenirs : si, d'autre part, cette lésion est assez superficielle pour permettre à ces totalisations de ne pas perdre toute valeur, les souvenirs visuels persisteront en grande partie et l'on verra alors le malade, encore capable de dessiner de tête, éprouver les plus grandes difficultés à copier un modèle. Nous ne pouvons nous empêcher de voir dans la dernière
observation de la thèse de Miraillé un exemple frappant de ce que nous avançons. Ce malade atteint de cécité verbale pure reconnaissait encore bien les objets, mais il présentait très nettement le phénomène de l’agnoscie des couleurs sans achromatopsie vraie, il avait des troubles de l'orientation. Ces faits suffisent pour nous faire admettre une cécité psychique légère ; or, tandis que de mémoire il dessine, une tête par exemple, parfaitement et même avec un certain goût artistique, il n’exécute qu'avec la plus grande peine et les résultats les moins satisfaisants la copie d’un dessin ou d’un objet assez simple. Il en accuse d’ailleurs son défaut de vision ét de mémoire : « En copiant j'oublie ce que je copie », c’est-à-dire que la vue d’un objet déterminait chez lui une représentation visuelle suffisante pour la reconnaissance de l’objet, mais insuffisante pour le dessin. Le même trouble d’ailleurs s’accusait dans l'écriture; l'écriture courante dictée ou spontanée était assez belle, l’écriture copiée n'était qu’un gribouillage informe ; ceci est d'autant plus intéressant et plus suggestif que ce malade présentait un cas typique de cécité verbale pure de Déjerine.
Parlons enfin, pour terminer, du cas très curieux de Lépine (n° 26) : lorsqu'on mettait le malade devant un morceau de papier en le priant instamment de faire le dessin de quelque objet, il hésitait, puis brusquement écrivait le nom de ce qu’on lui demandait de dessiner, l'élément graphique de l'objet se substituant à l’élément purement visuel.
Nous arrivons par degré à une question très délicate, c’est celle de la perception des formes et de la localisation des objets dans l’espace. Voici ce qu’a dit un de ceux qui