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ont le plus profondément étudié cette question, H. Sachs (1): Dans la vision, de même que dans le tact il y a deux choses tout à fait différentes à considérer : 1° la perception de lumière d'intensité déterminée et aussi souvent de qualité déterminée, c’est-à-dire les couleurs; 2 la perception de la forme de l’objet vu. La perception de la forme n’est pas le fait immédiat de la vision simple, elle est le produit d’un travail psychique complexe. La représentation de la forme est une représentation motrice, une représentation tactile pour l’œil. Pour qu'elle existe les sensations d’innervation de l’œil sont nécessaires. Les représentations de forme (ou mieux leur corrélatif physiologique) n’ont donc pas leur siège dans le territoire des perceptions lumineuses, dans le territoire sensoriel de la vue, mais dans cette région de l'écorce où naissent les sensations d’innervation des muscles del’œil,dansle territoireoptico-moteur de l'écorce.
Remarquons d’abord que Sachs s’est laissé entrainer à une analogie entre la vision et le tact qui n’est pas légitime; dans le tact ou plutôt dans la sensibilité générale, on trouve exactement les deux classes de sensations qu’il distingue : sensations pures et sensations de forme, et ces sensations appartiennent bien en propre au seul sens du tact; tandis que si la perception de la lumière d'intensité et de qualité variables est l’apanage indiscuté de la vision, il n’en est pas de même des impressions de forme, impressions qui, ainsi que nous avons eu l’occasion de le dire, sont primitivement tactiles
(1) Sacs. — Das Gechirn der Fœrster’schen Rindenblinden (470. aus der ps. Klinik in Breslau. Leipzig, 1895) et Vortrage über Bau und Thætigkeit der Grossh. und die Lehre von der Aphasie und Seclenbl. Breslau, 1893.
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et restent en définitive tactiles. Supprimez la sensation du corps et vous supprimez l'espace, c’est-à-dire la forme ; un système visuel dans l'univers n'aurait pas la notion de l’espace. Ce que Sachs dit, d'autre part, du territoire optico-moteur est très juste, mais à la condition précisément que l’on ne lui confère pas une activité spéciale dans la sensation pure des formes, mais bien plutôt dans celle de la localisation dans l’espace; la distinction bien nette de ces deux éléments est essentielle. Ce n’est pas, en effet, aux éléments d’innervation musculaire de l’œil que les sensations tactiles sont venues, dans l’éducation de Ja vision, entrer en relations associatives, pour leur donner, en quelque sorte, leur procuration.
Les identifications immédiates, qui mettent en œuvre la sensation rétinienne, ne la font pas progresser de la perception lumineuse à la perception de formes, les deux choses marchent presque parallèlement. On ne peut, le dit très bien Soury (1), se croire le droit d'imposer aux choses les conceptions logiques de son esprit. Nous avons dit, et nous insistons sur ce point capital : tous les actes cérébraux, comme tous les actes nerveux d'ailleurs, sont orientés vers l’action. Dans l’ordre phylogénique, la perception de plus en plus élevée ne procède pas par acquisitions successives des catégories abstraites dont notre esprit revêt les choses, mais par acquisitions de plus en plus élevées dans le seul but de l’action. Dans cet ordre d'idées, la sensation de forme, aussi vague que l’on voudra d’ailleurs, accompagne presque immédiatement la sensation purement lumineuse et s'élève paral-
(1) Sourv. — Cécité corticale, Revue philosophique, p. 243.
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lèlement avec elle. L’examen de la perception des formes chez les malades atteints d’agnoscie visuelle n’est donc pas un examen accessoire; c’est au contraire pour ainsi dire la recherche de la mesure de leur cécité psychique. Comment pourra-t-on se rendre compte de cette appréciation des formes? Lissauer, là encore, comme sur bien d'autres points, s’est montré profond psychologue autant que clinicien éclairé; il remarque que son malade a plus de peine à constater une dissemblance qu'une ressemblance et, en effet, c'est bien sur l’absence d’une dissemblance constatée que se fonde la reconnaissance et non pas sur la constatation d’une ressemblance. Il y aura donc lieu d'examiner chez nos malades ce que Lissauer appelle la puissance de discernement, c’est-à-dire le minimum de dissemblance qu'ils puissent constater ou, suivant ses paroles, la grandeur de la modification que puisse subir le contenu d’une perception pour pouvoir être donnée avec la conscience d’une différence. Cette recherche faite sur des objets de plus en plus compliqués peut éclairer l’observateur sur le point précis où s’interrompt le travail de l'identification chez le malade examiné, le point où s'arrête la sensation dans son acheminement vers la perception et la représentation, c’est-à-dire, en somme, la nature et la valeur de l’agnoscie visuelle à constater. Pour que les impressions rétiniennes puissent donner ce qu'elles contiennent, pour que la procuration dont les ont revêtues les impressions de sensibilité générale puisse être valable, il est indispensable qu'il y ait un lien entre le corps et l'impression rétinienne ; il faut que cette impression puisse être donnée en fonction de la position du corps tout entier. Ce lien indispensable est
précisément l'appareil musculaire de l'œil; supprimez idéalement les sensations fournies par cet appareil, et vous aurez ce que Pick (1) a très bien appelé troubles de la Tiefenlocalisation, ce que nous appellerons troubles de la localisation dans l’espace. Ce même auteur a d’ailleurs fait une revue très complète des différentes observations, où l’on doit, à n'en pas douter, attribuer au trouble de cette faculté les phénomènes qui y sont décrits. On aura grand intérêt à les relire: ce sont celles de Crouigneau (n° 11), de Zenner (2), de Noïchewski (n° 25), celles de Freund (n° 13, 15 et surtout 14), deux des observations de Reinhard (n°57 et Arch. f. Psys. IX, p. 147), celles de Wilbrand (n° 66), d'Exner (3), enfin les quatre observations personnelles que A. Pick joint à son article (n° 40, 41 et 42). L'observation de Vorster (n° 63), celle de Müller (n° 33), une troisième de Reinhard (n° 45) nous montrent la fréquence de ce phénomène ; mais aucune ne vaut la très curieuse observation de Badal (n° 3), qui peut passer pour le type du trouble dont nous parlons ; elle serait à citer dans son entier, nous prions le lecteur de s’y reporter. Remarquons pourtant qu'il ne faut pas admettre trop facilement ce trouble de localisation dans l’espace et qu’il ne suffira pas de voir le malade passer la main à côté de l’objet qu'il veut saisir pour croire à une fausse projection rétinienne. Il faudra au préalable avoir eu grand soin d'éliminer toute espèce de troubles du côté des membres et nous verrons à l’agnoscie tactile combien
(1) Priex. — Ueber Stærungen der Tiefenlocalisation, Beit. s. Path. und path. Anat. des Centralnervensystems. Berlin 1898, p. 185.
(2) Zenxen. — Neurologisches Centrablatt, 1896, p. 29.
(3) Exnen. — ÆZrkl. der psych. Erchein., 1, 1894, p. 259 et suiv.
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ce trouble est fréquent. Le malade que nous avons observé présentait quelque chose d’analogue, il prenait fréquemment à côté de l’objet, mais il avait une hémiplégie droite et l’autopsie nous confirma l’idée d’un trouble moteur et non visuel. Avec les restrictions que nous avons faites et en détachant de la perception si générale de la forme, la perception beaucoup plus particulière de la localisation dans l’espace, nous admettons parfaitement les déductions logiques de Sachs (1); nous admettons, et les observations que nous avons citées en fournissent la preuve, l'influence considérable d’un trouble pareilsur la lecture, sur l'écriture (particulièrement dans l'observation de Vorster que nous avons citée à propos de l’agraphie) et nous admettons même comme possible l'existence d’une cécité psychique corticale, due à la destruction des deux centres opticomoteurs, s’il y en a, ce que nous nous réservons de discuter plus tard à propos de l'anatomie pathologique de l’agnoscie.
(1) Sacus. — Vortræge über Bau und Thœtigkeit der Grosshirn, 1893,