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sives ; si cette vérification constante n’est plus possible, la sensation s’engageant dans une voie en réalité au début à peine fausse, arrive à faire vibrer un réseau, corrélatif de perception, qui n’aura qu’une analogie très lointaine avec l’objet considéré ; dans le choix des voies secondaires qui se présentent en foule en quelque sorte à chaque relai, la voie prise ne sera plus déterminée par la raison suflisante de la vérification par retour en arrière, elle le sera par une raison quelconque, souvent très minime, par exemple par la présence d’une vibration non encore éteinte sous l'influence d’une impression ou d’un souvenir précédent. Ceci nous explique l’intoxication chez ces malades aussi bien que la catégorie des objets qu'ils donnent ordinairement comme réponse; pour notre malade, vieux jardinier, une fourchette est un râteau, une bouteille est une plante, une clef sert à mettre des graines, toutes idéés qui étaient prépondérantes autrefois dans son esprit et qui le sont encore actuellement, ces idées ayant été moins atteintes que les autres, grâce à leur origine et à leur nature en grande partie tactiles.
L'agnoscie visuelle des malades que nous étudions suffit donc à expliquer leurs réponses, qui ordinairement paraissent non seulement fausses mais démentes; bien plus, elle explique, à elle seule, certains symptômes graves que l’on range ordinairement dans le cadre de l'agnoscie générale ou asymbolie. Un malade atteint de cécité psychique profonde, c'est-à-dire avec perte presque de tous les souvenirs visuels, est un malade incapable de s'orienter, nous l'avons vu; il est incapable de se coucher dans son lit, ne sachant pas où il doit reposer sa tête ; il
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est incapable même s’il a froid de retirer à lui ses couvertures, mouvement qui se fait en grande partie par représentation visuelle ; il est incapable de s'habiller seul, c'est-à dire de reconnaitre ses vêtements en les prenant et de les mettre dans l’ordre ; si on les lui tend, surtout si on commence à les lui mettre, il achève tout seul, ces mouvements dépendant surtout de représentations tactiles ; il est incapable de reconnaître au toucher la plupart des choses et pourtant il n’a pas d’agnoscie tactile; en effet le simple toucher ne nous fait connaître la plupart des choses que par l'appel immédiat de la représentation visuelle, qui vient rendre possible une impression tactile plus approfondie qui la vérifie; un malade agnoscique visuel ne pourra donc pas reconnaître un urinal, un verre, une cuillère au simple toucher ; mais il les reconnaîtra si l’on met les objets en action devant lui, si on met son cerveau en état de recevoir cette impression par une question ou par le mot qui désigne l’objet (Bernheim). On conduit à table le malade pour manger et il se sert correctement de la fourchette qu’il n'avait pas reconnue isolée ; on lui présente un urinal en lui demandant de donner de ses urines pour les examiner et il le fait sans erreur ; on lui présente une montre en lui demandant l'heure et il reconnaît la montre que l'instant d'avant il n'avait pu identifier (obs. pers.), etc.
On comprend que de tels troubles modifient profondément leur état psychique, leur déficit intellectuel est vraiment étendu; à peine capables de retenir un fait nouveau, incapables de prêter attention, la tête pleine de visions étrangères et multiples qu'ils croient reconnaître, on peut leur appliquer ce que Leyden et Jas-
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trowitz (1) disaient déja des malades atteints de cécité corticale : Ce sont en un certain sens des déments. Ils éprouvent des modifications profondes dans leur énergie psychique qui décline considérablement et même dans leur vie affective.
A cetégard une réponse du malade si légèrement atteint de Charcot est très instructive. « Autrefois, écrit-il, j'étais impressionnable, enthousiaste et je possédai une fantaisie féconde ; aujourd’hui je suis calme, froid et ma fantaisie ne peut m'égarer... Ayant perdu dernièrement un de mes parents auquel m’attachait une amitié sincère, j'ai éprouvé une douleur bien moins grande qüe si j'avais eu le pouvoir de me représenter par la vision intérieure la physionomie de ce parent. » Ce trouble si bien analysé dans un cas aussi léger peut nous faire préjuger de ce que peuvent être les cas graves, et on comprend que Fr. Müller explique les modifications du caractère de ses malades par le rétrécissement de leur imagination visuelle, et leur confusion mentale par la perte des souvenirs et la multiplicité de l’action des impressions fausses. Évidemment A. Pick (2) a raison de ne pas admettre toujours, comme Rabus, que l’état de stupidité soit constant chez ces malades et qu’il soit dû à l'absence de toute excitation nette et précise venant du dehors; souvent les excitations visuelles psycho-motrices, en quelque sorte, ne manquent pas (elles s'exercent alors dans un sens faux), mais souvent aussi le malade reste plongé dans une demi-
(li Vox KE. Luvos et Th. Jasrnowirz. — Bertræge sur Lehre von der Localisation in Grosshirn und über deren prakt. Verwerthung, Leipzig et Berlin, 1888.
(2) A. Prox. — Stœrungen der Identif. loc. cit, p. {1.
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torpeur d’où le tirent à peine la sensation de faim et les incommodités matérielles ; il présente quelquefois le tableau très juste que Wernicke avait rendu clinique, en le généralisant trop, le tableau de l’absence complète de toute volition (Willenlosigkeit).
Nous avons considéré jusqu’à présent l’agnoscie: pure par troubles dans l'identification secondaire des impressions de la vue, avec phénomènes cérébraux de déficit en quelque sorte négatifs ; il n’en est pas toujours ainsi ; les hallucinations, cette épilepsie des territoires sensoriels du cerveau, a dit Tamburini, peuvent venir compliquer et agoraver lourdement l’état psychique de nos malades. Parfois ces hallucinations sont lentes à se produire ; pendant quatre à cinq mois, souvent plus, le malade reste impassible, à peine réveillé par les repas et les examens qu’on lui fait subir; puis, un jour, son cerveau, isolé en grande partie depuis longtemps du monde extérieur, perd léquilibre, il chavire et alors apparaissent les phrases démentes ; d’autres fois, plus rarement, la même lésion qui avait déterminé l’agnoscie fait naître elle-même les hallucinations ; bien entendu dans les cas seulement où la lésion destructive ne s'étend pas à toute représentation visuelle ({Wilbrand). Nous avons déjà vu le cas se produire chez certains hémianopsiques: Vorster cite de nombreux cas dans lesquels une lésion occipitale a déterminé pareilles hallucinations : Westphal (1), Gowers (2), Stenger (3), Vetter (4), Reinhard (5),
(1) Wesrpnar d'après \WVisgranb. — Loc. cit.
(2) Gowærs in Normieee. — Top. Diagn. der Gehirnkr. p.390.
3) Srexcen. — Arch. f. Phys, loc. cit., t. XUIT, p. 248.
( (4) Verrer d'après Laxpois. — Loc. cit.
(5) ReinnanDn. — Arch. f. Phys, & XVII p. #81.
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Dejerine(1). L'observation de Vorster (n° 65). elle-même, est très intéressante par les explications mêmes que le malade put fournir après guérison sur son état mental antérieur pendant sa folie, et par la thérapeutique très rationnelle qui en découle. Les hallucinations étant déterminées par des erreurs agnosciques, un isolement sévère du malade, en le préservant de la multiplicité des impressions qui donnaient matière à sa démence parfois furieuse, fut suivi du meilleur résultat.
Il nous reste au point de vue clinique à faire quelques remarques sur l'allure générale de la maladie, remarques qui trouveront place à l’anatomie pathologique des agnoscies.
Le début de l’affection est très ordinairement brusque, survenant chez un homme âgé, sa cause étant la plupart du temps un ramollissement ; les symptômes apoplectiques dissipés, la cécité psychique du malade apparaîtra ; mais comme le fait très bien remarquer Müller, on sera fréquemment obligé d’en rechercher les symptômes pour la découvrir ; ou bien le malade n’est que très légèrement atteint et ce n’est que par hasard qu’on s’apercevra de ses erreurs, ou par les renseignements qu'il donnera luimême spontanément : ou bien le malade sera gravement atteint, mais alors son état somatique, compliqué de paralysies, sera grave ; il présentera l'aspect de ces malades, véritables machines automatiques, qui restent étendus sans bouger dans leur lit; on est obligé de les changer, de les nourrir et l’on ne s’apercevra pas de leur trouble.
(1) Diyeue. — Arch. de Physiol., 1890, p. 177.
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L’affection présente une autre allure clinique lorsqu'elle n’est pas primitive, mais secondaire ; la paralysie générale, l’atrophie sénile simple en sont la cause fréquente. On comprend que les voies associatives déjà très compromises dans ces affections, par leur atrophie même, pourront déterminer le symptôme de la cécité psychique ou bien par une lésion intercurrente (petite hémorragie, œdème, compression) ne pourront plus fournir au cerveau une activité de suppléance suflisante pour contrebalancer des lésions de déficit qui, chez un homme sain n'auraient pas donné de cécité psychique. Dans ce cas on observe cliniquement, et les cas en sont nombreux, des variations très grandes dansla cécité psychique. L’agnoscie visuelle en elle même présente d’ailleurs presque toujours une grande variabilité, un objet non reconnu la veille pouvant l’être facilement le lendemain (Lissauer, Müller, Pick (n°39),Byrom Bramwell (1),Rieger (2)...),mais chez les malades qui nous occupent cette variabilité devient extrême; chaque crise épileptiforme ou paralytique détermine parfois une cécité psychique passagère guérie en quelques semaines (Reinhard n° 9), mais à chaque fois, le déficit devient plus apparent, et les malades présentent bientôt le tableau de l’agnoscie totale.
Ces cas bien étudiés par Stenger et surtout par Reinhard sont évidemment très intéressants mais l’absence ou la difficulté de la localisation anatomo-pathologique causale fait qu ils ne présentent pas, à beaucoup près, l'intérêt
(A4) Byron Brauwecz. — Zdnib. med. J. juillet 1897. (2) Ricéeer in Wozrr, — (leber Krankh. Dissociation der. Vorstell, 1897 pr 52);
Ares qui s'attache aux cas de cécité psychique ordinaire sur lesquels nous avons insisté et qui sont réellement ce que
Munk rêvait: de vraies expériences faites sur des sujets
capables de rendre compte psychologiquement de leur trouble mental.