‹ Les agnosciesChapitre 4 sur 37 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Au cours de ses expériences célèbres de 1876 à 1879, pratiquées sur des animaux dans le but d'étudier les localisations cérébrales, Munk (1), pour la première fois, employa et définit les termes de cécité corticale et de cécité psychique : la cécité corticale totale est la disparition persistante de toute impression et de toute représentation visuelle, la cécité psychique est la perte transitoire ou durable des représentations visuelles ainsi que des souvenirs-images acquises par les perceptions visuelles antérieures. Dans une de ses expériences les plus célèbres et les plus caractéristiques, il enleva chez un chien une rondelle de 1 cent. 1/2 environ de substance grise cérébrale de la partie supérieure et postérieure de la pointe de chaque lobe occipital. Pendant quatre à cinq semaines l’animal présenta un ensemble de phénomènes dont l’analyse psychologique amena Munk à la conception de la cécité psychique. Voici quelques traits principaux de l'observation : (Pas d'anomalies dans l'audition,

(4) Monk. — Verhandl. der Physiol. Gesells. zu Berlin 1876-1879 et Ueber die Functionen der Grosshirnrinde, Berlin 1881.

ÉIOMEE

le goût, l’odorat, les mouvements et la sensibilité. Le chien se promène en liberlé dans la chambre sans se heurter à aucun objet même lorsqu'on lui coupe lechemin il évite ou saute les obstacles assez adroitement; mais il existe dans le domaine psychique de la vision un trouble particulier : il ne remarque ni l’eau ni les aliments qui sont là, même s’il a faim et soif ; il est indifférent à tout ce qu’il voit, les menaces ne l’effraient pas; on peut approcher de ses yeux une flamme, sans le faire éloigner ; il ne donne plus la patte, quand on la lui demande à haute voix ; la vue de son maître, la vue d’autres chiens le laisse impassible. Il est évident que par l’extirpation de la zone indiquée, le chien éprouve de la cécité psychique c'est-à-dire qu’il a perdu les images-souvenirs acquises par les perceptions visuelles antérieures, de sorte qu’il ne connaît ou qu'il ne reconnaît plus ce qu’il voit: il est revenu à l’état d’un jeune chien. En effet on le voit se diriger et flâner de tous côtés pour réapprendre à connaître ce qui l’entoure ; ilsuffit de lui plonger quelquefois le museau dans sa jatte de lait, pour qu'il en acquière désormais la notion. Peu à peu il se rééduque et au bout de quelques semaines, il ne se distingue pas des autres chiens. Le point lésé ne comprend donc pas toute la sphère visuelle, celle-ci s’étend plus loin et occupe le lobe occipital tout entier; mais il en est le centre, il est le siège de la plupart des images-souvenirs acquises par les perceptions antérieures. »

Munk (1) fait remarquer que l’on ne peut pas conférer

(1) Muxk. — Sehsphaere und Raumvorstellung. Zntern. Beitræge sur wissenschaftl. Medicin. Festschrift für Virchow, 1891.

es

aux mêmes cellules corticales tout à la fois la faculté de faire parvenir à la conscience les impressions très variables de la rétine et la puissance de conserver le souvenir de chacune d'elles; il distingue les cellules éléments de représentation et les cellules éléments de perception. « Lorsqu'une chose est considérée avec attention, l’incitation va des éléments de perception aux éléments de représentation et tandis que les premiers reviennent au repos, elle laisse dans les seconds certaines modifications matérielles qui ne s’effacent que lentement; les éléments de représentation modifiés d’une façon durable ou, ce qui revient au même, chargés potentiellement des souvenirsimages, sont-ils détruits ou incapables de fonctionnement, alors se perd la connaissance des choses acquises jusqu’à présent, les impressions visuelles sont neuves et inconnues, il y a cécité psychique. » Remarquons en passant que Munk, si clairvoyant dans ses expériences et si prudent dans ses déductions, n’a pas été plus loin dans cette voie et qu'il na pas été jusqu'à admettre comme Wilbrand, Nothnagel plus tard, l'existence un peu simpliste de deux territoires anatomiques distincts, l’un pour la perception pure, l’autre pour les souvenirs visuels et la représentation. « On peut admettre, dit Munk, pour aider à l'édification de l’écorce, deux couches séparées d'éléments de représentation et d’éléments de perception; mais en fait, ces éléments sont si proches que l’expérimentateur ne peut pas léser les uns sans les autres. »

Les expériences et les conclusions de Munk si neuves et si originales soulevèrent des protestations. Ce fut d’abord le grand adversaire des localisations cérébrales,

Page 1