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rouler devant lui des billes dans toutes les directions et en lui disant de les attraper, on constatera qu’il ne voit que très tardivement celles qui viennent de droite (Heiïlbronner) (1), etc.
D'ailleurs il sera bien difficile d’être absolument certain de la cécité absolue du champ hémianopsique; en effet, il peut être simplement le siège d’une amblyopie plus accusée ou d’une cécité psychique plus grave sans qu'il soit facile de les déceler. Le cas de Müller (obs. 32) est caractéristique. à cet égard: la malade avait une hémiopie vraie bien constatée et bien limitée au campimètre, mais de gros objets agités de l’autre côté dans le champ hémianopsique y étaient parfaitement perçus. Il y aurait peut-être lieu de parler ici de la possibilité d’une hémi-cécité psychique : le cas n’a pas été constaté en clinique et nous passerons. Dans toutes les observations de cécité psychique que nous avons réunies, l’hémianopsie, quand elle fut constatée, fut toujours latérale, homonyme et la plupart du temps droite ; comme exception nous ne citerons qu'un malade de Pick (obs. 39) qui semblait ne pas voir dans ses quadrants inférieurs et le malade très particulier de Badal (obs. n° 3) qui avait une hémiopie supérieure avec rétrécissement du champ visuel. Rappelons enfin, en passant, un fait qui nous sera utile plus tard, c'est l’existence plusieurs fois constatée, dans les cas d’hémiopie pure, d'hallucinations dans le champ obscur (Vetter) (2), (H. Lamy) (3).
(1) Hwripionnun, — Ueber Asymbolie, Breslau, 1897. obs. ne 1. @) Verren. -— D'après la Physiologie de Landois, p. 831. (3) Lamy. — Fémian. avec hallucin. dans la partie abolie du champ de
la vision (/evue Neurologique, 15 mars 1895).
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Les malades atteints de cécité psychique sont très ordinairement achromatopsiques : ils ne distinguent absolument pas les couleurs et font les erreurs les plus grossières, à moins qu'ils ne déclarent tout d'une seule couleur, gris, par exemple. Interrogés, ils semblent le plus souvent avoir perdu toute notion colorée, ils ne peuvent plus se représenter les couleurs (achromatopsie amnésique) ; ils répondent pourtant assez fréquemment que le sang est rouge, le ciel est bleu, les arbres sont verts : ces réponses ne prouvent pas du tout qu’ils aient le souvenir de ces couleurs ; en effet, ces questions sont trop simples, on peut y répondre sans être obligé de recourir à un souvenir visuel ; le malade de Charcot (observation n° 8) le disait très bien : «Je sais que ma femme a les cheveux noirs; j'en ai la plus parfaite certitude. Il y a pour moi impossibilité complète de retrouver cette couleur en ma mémoire, aussi complète que de m’imaginer sa personne et ses traits. » On devra donc pousser plus loin l’interrogatoire et faire appel à des souvenirs précis : la couleur de tel uniforme, de tel monument, etc... Doiton dire que l’achromatopsie de ces malades est une cécité absolue pour les couleurs? Pas toujours et peut-être même moins souvent qu'on le croit; le même malade, qui montrait du doigt un rouge écarlate quand on lui demandait de choisir la couleur du canari ou simplement la couleur jaune, pourra parfaitement reconnaître dans un groupe de carrés de couleurs diverses les carrés de même teinte (observation personnelle), il pourra même échantillonner les écheveaux de même nuance avec assez de délicatesse (observation de Lissauer n° 27; les deux malades de Müller n°% 37 et 38). Nous trouvons donc
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là précisément le trouble qui fait l’objet de notre étude, c’est-à-dire non pas une imperception des couleurs, mais bien une interruption dans l'identification des couleurs soit avec le mot qui les désigne, soit avec les souvenirs s’il en reste : il y à agnoscie achromatopsique.
Cette question nous amène naturellement à parler d’un problème très important, c’est celui de la persistance ou l'absence des souvenirs visuels dans la cécité psychique. Nous avons vu déjà que Munk avait fait de leur disparition la cause et la raison d’être de l’agnoscie visuelle; nous savons qu’il n’en est rien et que la cécité psychique n’est pas due exactement à une perte d'images-souvenirs, à une amnésie comme le voulait primitivement Wilbrand. Pour les auteurs qui suivirent, la présence ou l’absence des souvenirs visuels devait servir à classer les agnoscies et À. Pick, encore tout récemment, s’est prononcé en faveur de cette distinction. Cliniquement, il est d’abord évident que certains malades ont perdu tout souvenir visuel ; nous verrons ultérieurement quel rétrécissement du champ de l’intellect doit suivre la perte absolue de l’élément visuel dans toute idée concrète ou même dans toute pensée; nous verrons les troubles mentaux, les troubles de l’orientation qui peuvent en être la conséquence. Actuellement nous constatons le fait comme certain, il suffit de lire les observations de cécité psychique grave pour s’en convaincre. Mais le contraire est-il vrai? Peut-il exister des cécités psychiques avec intégrité complète des souvenirs-images ?
Remarquons d’abord la grande difficulté à s'assurer de la chose, le malade étant le seul spectateur de ses repré-: sentations et pouvant seul en parler ; or, nous le verrons,
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toutes lés lésions de déficit cérébral sont à peine cons-
cientes la plupart du temps; le malade, d'autre part, peut, comme nous l'avons vu pour l’achromatopsie, donner des renseignements simples sur tel ou tel objet, sans être obligé pour cela de se les représenter. Ceci dit, constatons d’abord que certains malades ont des rêves visuels, que certains autres ont des hallucinations de la vue (3 obs. de Reinhard, n°° 49, 51 et 52; 3 de Stenger, n'“ 61,62 et 63; une de Vorster, n° 65; une de Müller n° 33; etc...) et enfin surtout qu'un assez grand nombre en pleine évolution de leur maladie peuvent donner des renseignements trop précis sur certains objets pour ne pas permettre de supposer la persistance de ‘certains souvenirs-images. Cela est réel et dans la localisation psychologique sinon anatomique de la lésion la constatation de pareils faits a grande valeur, mais la persistance des images-souvenirs peut-elle être complète ?
Nous répondrons : non: 1° parce que cliniquement on ne l’a jamais constaté; 2° parce que théoriquement il ne peut en être ainsi. Comme nous l'avons dit, dans le premier chapitre, le souvenir ne dépend, pas plus que la perception, de la mise en activité de quelques cellules où il serait déposé ; cette hypothèse enfermant le souvenir dans certains points et l’en faisant sortir tout formé comme d une boîte de jongleur, ne fait que reculer la difficulté de la question; elle est inadmissible. Chaque souvenir, avons-nous dit, dépend de la vibration d’une portion variable d’un réseau très compliqué, formé en quelque sorte par les totalisations de plus en plus élevées d’une infinité de voies diverses; mais dans ce réseau chaque totalisation ne vaut que par la persistance de ses
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connexions avec ses parties constituantes, dont elle répond en quelque sorte. Ces connexions venant à disparâître, non seulement le mouvement centripète ne pourra s'effectuer, c'est-à-dire que l'impression sensorielle ne pourra devenir perception et représentation par la voie des identifications de plus en plus élevées ; mais encore la voie centrifuge, c’est-à-dire la voie des souvenirs, est atteinte; les dernières étapes, après lesquelles aura lieu l'interruption de communication, n'auront plus leurs valeurs primitives ; elle seront en quelque sorte la monnaie fiduciaire d’un état qui ne peut faire face à ses engagements. La représentation visuelle des souvenirs devra donc subir un déficit d'autant plus grand que les voies de communication interrompues sont plus élevées, ou, ce qui est plus vrai, car une interruption pure et simple est trop théorique, le déficit se mesurera à l'étendue de la destruction des différentes étapes et à leur nature.
Dans les faits très divers de la cécité psychique, il est un groupe de phénomènes bien connus, bien limités et dont l'étude minutieuse ne peut être qu'extrêmement utile pour la compréhension de l’agnoscie visuelle en général : nous parlons de la cécité verbale; pourtant, nous ne nous y arrêterons pas. L'importance même de cette question, qui nécessite une discussion moins hâtive que celle que nous pourrions faire et aussi surtout la valeur particulière du groupe des objets non reconnus dans ce symptôme nous engageront à ne pas toucher à cette question. Ce qui nous intéresse dans la cécité psychique, c’est surtout le fait qu’elle porte atteinte au mécanisme supérieur, si délicat et si complexe, de la représentation ; le mot sans doute
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joue un rôle prépondérant dans la parole intérieure, c’està-dire dans la pensée ; mais en fait il n’a qu’une valeur conventionnelle, c’est une simple étiquette, appliquée à un groupe de faits très compliqués ; l'esprit très ordinairement se contente de l'étiquette où à peu près ; mais pour nous, Ce que nous voulons considérer actuellement, ce n’est pas ce signe conventionnel, mais bien plutôt tout ce qu il représente, ce qui lui donne en somme sa vraie valeur.
Ainsi quon peut le supposer a priori, l’alexie est très fréquente dans les cécités psychiques et l’on peut y rencontrer toutes les variétés qui ont été décrites. Un malade de Heïlbronner (n° 19), par exemple, présentait le tableau clinique de l’aphasie sensorielle de Wernicke; le malade de Vorster (n° 65) lisait les chiffres ; le malade de Müller (n° 34) reconnaissait encore quelques lettres; le malade de Lépine (n° 26) lisait très bien et comprenait tout ce qu'il lisait.. Signalons seulement un fait très intéressant : un malade de Heilbronner (n° 18), qui pouvait encore saisir pour ainsi dire au vol quelques mots, paraissait lire plus facilement les mots que les lettres et les mots un peu longs plus facilement que les mots courts ; Wernicke (1) avait déjà fait pareille remarque.
Ce que nous venons de dire de l’alexie s'applique de même à l’agraphie, trouble très fréquemment observé chez nos malades surtout chez certains malades présentant de graves troubles d'orientation. Nous aurons l’occasion d’en reparler. Vorster dit de son malade (n° 65): « L'écriture est très troublée, quoiqu'il puisse écrire toutes les lettres spontanément ou sous la dictée,
(1) Wennieke, — Ges. Abhandl., p. 47.