‹ Les ailes rouges de la guerre, poèmesChapitre 14 sur 23 · A RAS DE TERRE · texte numérisé non relu

A RAS DE TERRE

Hélas ! en aucun lieu sous le soleil, Bannière au clair, ne s'exaltent les chevauchées

Des escadrons bondissants et vermeils.

Tout se passe là-bas, en des plaines transies, En France, en Allemagne, en Belgique, en Russie, Où face à face sont couchées Mille troupes se surveillant De tranchée à tranchée.

Certes un jour, l'élan et la fureur Décideront et du vaincu et du vainqueur. En attendant, C'est un serpentement

Oui bouge et rampe et s'allonge sous terre.

On circule dans le mystère, L'œil et l'oreille au guet, le pas aventureux ; Tout le travail se fait secret et ténébreux ; La vaillance se mue en témérité sombre ; On se sent le complice et le soldat de l'ombre ; On ne se parle guère ; on ne pousse aucun cri ; On creuse le sous- sol jusques à la nuitée

Et Ton attend patiemment Que l'ennemi surpris,

Sinistrement, soit enfoui

Sous la terre éclatée.

Oh ! les moments de trouble et les heures1 d'ennui ! On les subit Et l'on bougonne :

Tout est uni et morne et n'exalte personne. Il est môme des jours Où l'on se sent si las, si lourd,

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Et d'humeur si contraire, Que l'on voudrait soudainement Peu importe comment Finir la guerre.

Devant le front, c'es't les postes d'ëcotitë Qui se dressent aux coins dissimulés dés routes. Toujours,

Quelqu'un y veille, nuit et jour.

Il guette au loin l'espace, et l'espace le guette ; Il vit dissimulé dans l'immense tempête,

Le cœur et l'esprit angoissés, Sous le déchaînement des feux entrecroisés. Parfois, quand le soir tombe, en été, sur les plaines, Il entend les crapauds dans les mares prochaines Paisiblement siffler comme aux temps d'autrefois, Où il était, parmi les champs ou dans les bois, Celui qui fait dûment polir le bien de la terre Les gestes clairs, puissants et millénaires.

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