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Et puis encor passent à ses côtés
Des patrouilles mornes et lentes.
Leur masse est grise ou noire et leur marche hésitante. Il les voit tour à tour s'avancer, s'arrêter, Glisser, ramper, et tout à coup comme ausculter
La plaine immense : On dirait que leur sort à tous est suspendu A tel bruit souterrain par leur crainte entendu ; Puis leur marche à tâtons dans la nuit recommence.
L'ennemi veille et se répand aussi Eu patrouilles mornes et lentes ; Leur masse est grise ou noire et leur marche hésitante. Qu'ait lieu une rencontre au tournant d'une orée, Sitôt s'entame sans merci Une lutte férocement exaspérée :
On s'agrippe et l'on se mord En un farouche corps à corps ; L'éclair blanc des couteaux au bout des poings travaille A creuser dans la chair de sanglantes entailles ;
A RAS DE TERRE l63
Des heurts, des chocs, des cris Assourdissent ou perforent la nuit ;
Des coups pleuvent sans nombre ; Un chien rôdeur au fond des bois, aboie
Et, blocs par blocs, des hommes choient Et font sur le sol noir de larg-es monceaux d'ombre.
Ainsi, Partout en France, en Allemagne, en Russie, Et plus loin en Egypte, et plus loin en Asie, La même guerre, En attendant le branle-bas Des suprêmes combats, Condense immensément sa fureur sous la terre.
Tandis qu'au-dessus d'elle à travers l'air, là haut, L'obus siffle sans cesse et le shrapnell éclate Avec un bruit heurté de lattes contre lattes ; On dirait dans la nue un tonnerre nouveau ; Le ciel n'est que bouquets de flammes suspendues Dont les fleurs sont la mort en tous sens répandue,
Et dès que le jour fuit, La nuit Se balafre des feux errants de cent désastres, Si bien qu'aux horizons tempétueux, Les yeux Croient voir lutter entre eux Et se heurter et se casser En deux Les astres.
RUPERT BROOKE