POÈTE ET SOLDAT
D'après une lettre d'un de ses amis et compagnons d'armes qui l'enterra à Scyros.
Le jour qu'il eut compris que les hautes idées Devenaient peu à peu L'enjeu De la lutte vers le futur échafaudée, Etant poète, il se promit d'être soldat.
Pas un instant, il n'hésita A dominer en lui la dangereuse joie D'être juste et clément à la race de proie Qui se prouvait cruelle avec tranquillité ; Son cerveau libre en fut à tel point révolté
l68 LES AILES ROUGES DE LA GUERRE
Qu'il fit accueil, portes ouvertes, A la haine innombrable, exaltante et alerte.
Il s'embarqua tel jour d'été, Quand les vents d'Est couvrent l'immensité De l'écumante et fougueuse avalanche Pes, vagues blanches ; Il s'embarqua vers l'Orient, Jeune, ferme, rapide et souriant, Voyant déjà surgir au clair de ses prunelles Les golfes d'or des Dardanelles.
Hélas I qui donc eût cru que bref serait son rêve Et que jamais son poing farouche et violent N'arborerait dans un combat sanglant Le glaive?
Hélas! qui donc eût dit qu'en ces pays vermeils Où tout lui semhlait joie, amour, splendeur et f£te, Son cerveau trop ardent sous son front de poète Serait tué par le soleil?