RUPERT BROOKE, POETE ET SOLDAT
Son corps ne souffrit guère ; On le mit sur son lit dans sa cabine claire, Un rayon du couchant visita son chevet Et son regard encor lucide apercevait Lentement ses deux mains se dorer de lumière.
Jadis, il eût voulu mourir ainsi, Par un soir fabuleux, en une île lointaine Où le troène et l'asphodèle et le souci S'émeuvent au chant clair et menu des fontaines ; 3r, depuis quatre jours Tordre du capitaine !^ous faisait faire escale en l'île de Scyros : De longs parfums de fleurs s'allongeaient sur les eaux Et la brise chantait aux cordages des moufles Si bien que ce fut elle, entrant par les hublots, Jui recueillit et puis dispersa sur les flots Son dernier souffle.
Cn uniforme roux coupé en son milieu
)'un seul rang de boutons aux fleurons militaires,
Nous l'avons enterré par un minuit lunaire, Dans un site merveilleux.
Nous l'avons mis sur nos épaules fraternelles, Y maintenant sa bière avec nos larges mains. Des flambeaux allumés éclairaient les chemins Au long de roches éternelles.
Nous étions comme heureux de le sentir encor Une dernière fois en son cercueil de hêtre Nous toucher presque et comme agir de tout son être Très doucement, contre nos corps.
Nous l'avons longuement couché sous de beaux arbres Au penchant d'un coteau par la sauge strié ; Son tombeau fut orné d'un rameau d'olivier Et recouvert par de blancs marbres.
Ceux de sa compagnie ont voulu que sa croix Ne fût que deux tronçons d'un pauvre et frêle arbuste Ils ont inscrit son nom sur une planche fruste, Prenant pour encre un peu de poix.