‹ Les Albanais et les grandes puissancesChapitre 17 sur 30 · LS · texte numérisé non relu

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hongroise mobilisée, cette absurdité même des chances d’être réalisée.

Résumons un peu ce que nous avons con staté jusqu’à présent :

Les Albanais n’ont pas de type national n’ont pas de langue unifiée, n'ont pas de terri toire national, n’ont jamais formé un Éta:

national, n’ont même jamais essayé d'arriver un propre gouvernement national. Par conséquent l’invocation de la devise « le Balkan aux nations du Balkan » est tout à fait injustifiée par rapport à la fondation d'un État national

indépendant en Albanie.

Mais n’y a-t-il pas dans la manière de vivre et le caractère du peuple albanais des qualités qui en font un élément apte à former un État, et qui ont engagé les Grandes Puissances à octroyer aux Albanais un État national dans l'intérêt de la culture générale de cette partiel du globe? Est-ce que peut-être la conscience nationale des Albanais s'est éveillée? Est-ce

qu'ils demandent eux-mêmes la fondation d’un Etat autonome ?

= Pour répondre à cette question nous allons lire les rapports des savants et des politiciens qui, en majeure partie citoyens et patriotes autrichiens ont traversé l’Albanie dans tous les sens pendant ces dernières années, pour étudier le pays à fond, avec la scrupulosité allemande et magyare.

Nous choisissons exprès des auteurs austrohongrois pour répondre à la question posée plus haut, pour qu’on ne puisse pas nous reprocher de parti pris.

Écoutons d'abord le baron de Chlumecky :

« Il ne peut encore être question d’un réveil général de la conscience nationale albanaise. Gest qu'il y a tant de murs qui séparent les Albanais entre eux-mêmes. Tanlis que dans le Nord 100 000 Albanais sont catholiques, les Albanais de la côte et du Sud confessent presque exclusivement la religion orthodoxe ou mahométane (65 p.100 de mahométans, 20-25 p.

100 d'orthodoxes). Les mahométans sont divisés en deux sectes dont les Bektachis sont très fanatiques. Le fanatisme religieux est le trait

de caractère le plus prononcé de l'Albanais. Un large abime de haine sépare les adeptes des difiérentes religions et confessions, un abime que

n’ont pu combler certaines tentatives venues du

dehors ; l’Albanais croit ne pouvoir mieux ser! vir son Dieu qu'en vengeant par le sang ou

offense faite à sa religion. Vulle part en Europe

la vie humaïne ne vaut si peu de chose qu'em | Albanie, pays de la vendetta, laquelle n’est pas!

considérée comme un crime mais comme un devoir sacré, et où l'assassin trouve partout des portes ouvertes dont l'hospitalité le protège Plus de 70 p. 109 des décès de la population! masculine sont imputables à la vendetta (Degrand). Encore aujourd’hui on éprouve unel espèce de honte de mourir dans son lit. La plus, grande injure pour un Albanais est de lüil crier : « Puisses-tu périr par une maladie ». Les! prêtres catholiques combattent cette coutume! barbare, mais en vain. Le Vali de Kossovo!

écrit le 6 septembre 1897 au Grand-Vizir\ « Attendu que les autorités n’ont pas Le pouvoir, de faire valoir leurs ordres, tous les crimés! restent impunis. Cela augmente toujours plus l'insoumission des Albanais. Tous les jugements.

les tribunaux restent lettre morte, et la sécurité Pblique devient illusoire. » (Georges Verdène, La Vérité sur la question macédonienne, Paris, 905.) Hilmi Pascha se vantait en août 1903 is-à-vis du marquis Guicciardini d’avoir réussi n peu de mois à « désarmer la population de ‘Albanie supérieure, à immobiliser les crimi- ‘els et à obtenir 5 000 réconciliations (de la endetta) par quoi autant de crimes avaient été impèchés et la paix rendue à 10 000 familles. Guicciardini, Zmpressioni di Macedonia.) Mais > succès ne fut pas durable. Bientôt après le lépart des troupes concentrées en Albanie la ieille misère (lisez : les assassinats) parmi les banais recommenca, et ce même état anarhique dure toujours. Et ce n’est précisément uà cause de cette liberté effrénée qu’une

artie des Albanais est fidèle à la Turquie.

elle-ci voulut instituer un tribunal à Scutari : y envoya deux juges. Mais le lendemain de jur arrivée ils furent assassinés par les Albaais. Les assassins ne furent point punis. Cette 2ssibilité de se livrer impunément à des vioinces est si précieuse aux Albanais que, rési-

nés, ils ont accepté — seuls parmi tous les peu-

ples de la Turquie — qu'on ne reconnût point, officiellement, leur individualité ethnique. I] est vrai qu'elle n'existe pas. Car la différence entre le nord et le sud n’est pas seulement de

nature religieuse. Elle est aussi nationale el

linguistique, et il y a dans les deux parties dé tout autres mœurs, de tout autres coutumes"e: traditions. Même des différences anthropolo!

giques se font valoir et des divergences dt nature culturelle et économique augmenten!

encore la distance. Le cours du fleuve Skoumb

divise le pays en deux territoires totalemen|

différents. Les Ghègues parlent une autr

langue que les Tosques. Des dissensions qui ; ; | | durent depuis des siècles séparent ces groupe! divisés en de nombreuses tribus, qui au poin!

de vue religieux et social aussi sont étrangère!

les unes aux autres. » (Voir Chloumecky, £. € p. 109-111.)

Quelques pages plus loin Chloumecky dit :

« Ces révoltes des Albanais dirigées tant contre les Serbes et les Monténégrins, tantô contre les Bulgares ! ont accrédité en Europe

1. Le baron de Chlumecky appelle « révoltes » l’extermine tion systématique des Slaves en Vieille-Serbie eten Macédoin|

LES ALBANAIS. v a

égende de la vive conscience nationale des Albanais. La belle conscience d'unité d’un veuple qui est divisé en deux religions et quatre sonfessions, qui parle plusieurs dialectes et qui depuis peu d'années seulement a pu s'entendre sur un propre et unique alphabet! Le beau désir d'unité des Albanais, qui se livrent entre eux des batailles sanglantes, qui se combattent d'une montagne à l’autre, d’une ville à l’autre, d'un vilayet à l’autre, et qui se haïssent à la Mortio (L. c., p. 114-115.)

« La vendetta qui décime les montagnards, et les combats que se livrent les Albanais du Nord entre eux ou aux Tosques, sont assez au goût des Turcs. — Les Rajas se massacrent entre eux, ravagent de leur propre main leurs rangs et l'indifférence des Turcs sous ce rapport apparaît aux Albanais comme un privilège tout spécial! Le gouvernement turc respecte Le droit d’assassinat que réclament les Albanais et sur-

à laquelle les Albanais se sont livrés sous la protection du gouvernement turc depuis de longues années, une extermination qui en la seule année de 1893 a obligé 10 000 Serbes à fuir de la Vieille-Serbie dans le royaume serbe et qui finalement a mené à la guerre de la Confédération balkanique contre la Turquie.

tout les Ghègues. Les deux parties y trouvent. leur compte et s’en déclarent satisfaits. » (L. cs. p.114.

Mais le baron de Chloumecky n'écrit peut être pas tout ce qu'il a vu de ses propres yeux. Suivons les voyageurs autrichiens et hongrois in politicis qui n’ont pas craint les dangers de. vie que comporte un voyage en Albanie et qui,. à cheval ou à pied ont traversé le pays dans tous les sens, et écoutons ce qu'ils rapportent.

Le baron Nopcesa qui voudrait, sinon excuser,

du moins rendre compréhensible cette folie de. la vendetta, et qui cherche à présenter les.

Albanais de la façon la plus avantageuse, ne peut pas s'empêcher d’avouer que dans la tribu. de Sala 27 p. 100 de tous les décès d'hommes.

sont la suite d’assassinats !.

« La vendetta — dit le médecin D’ Siebertz?

— existe de droit dans ses conséquences les

plus cruelles. Les querelles des tribus sévissent.

dans certaines parties sans pitié comme des chasses à l'homme.

1. François baron Nopcsa, Aus Sala und Klementi, albanesische Wanderungen, Sarajevo, Daniel A. Kajon, 1910.

2. Aus dem nordalbanesischen Hochgebirge, Sarajevo, 1909, p-. à.

» De même que nous sommes élevés à la charité, l’Albanais est élevé à la haine. À l'enfant albanais on inculque dès le commencement que telle ou telle famille est ennemie mortelle de la sienne; qu’elle lui a tué tant et tant d'hommes; qu'elle lui doit tant et tant de sang; qu'il n’a pas de devoir plus sacré que de les venger, et d'exterminer toute la race de ses ennemis; et que de cette facon il deviendra le héros de l’Albanie ». (Siebertz, L. c., p.91 et92.)

« À plusieurs reprises nous aperçûmes, le long du sentier à mulet, de hautes pierres pointues appuyées contre un rocher ou contre les arbres. Chacune de ces pierres signifie un homme tué à cette place, et la pierre y reste jusqu’à ce que la vendetta soit accomplie, que le crime soit expié. Dès que cela est fait. la pierre est enlevée .

» Les Chalas sont la tribu la plus forte et la plus estimée du plateau de l'Albanie catholique du Nord, puisqu'ils comptent près de 500 âmes dans 500 maisons. Ils observent le plus sévèrement la vendetta, ce dont la grande quantité de maisons, détruites dans leur district,

A. Siebertz, L. c., p. 138.

rend le témoignage le plus évident. » (Voir.

Siebertz, {. c., p. 194.)

« Le soir, le missionnaire vint vers nous en nous invitant à entrer dans la maison, car après le coucher du soleil, dit-il, les Nikays se glissent de l’autre côté de la frontière de la tribu. Il est vrai que leurs balles étaient destinées aux Chalas, et que l'étranger restait intact du moment qu'il était reconnu comme tel, mais dans l'obscurité il était facile de confondre. Comme témoignage vivant de ces querelles sanglantes il nous montra au presbytère un garçon de huit ans, dont on avait tué, dans l’espace de quelques semaines, tous les parents de sexe masculin. » (D' Liebert, /. c., p. 24.)

« Je m'étonnais de voir que la colonie de Dragobiya se trouvait entre les mains dé Chalas, dont le territoire est séparé de Dra= gobiya par le Grat qui est assez haut et où se trouvent les Cafa Valbons, tandis qu'on voudrait assigner les pacages avec leur accès COM: mode de l’est aux Krasnici. Sur ma demande j'appris, que les Chalas se trouvaient la en conquérants, et que la conquête et la défense

de cette place avaient occasionné maint combat

Là LES ALBANAIS. 81

acharné avec les Krasniéi. Lul Tchoka, le chef de la famille dont j'étais l'hôte, et qui est la plus estimée de l'endroit, me raconta non sans fierté que les membres de sa famille seuls avaient tué onze Krasniti dans ces luttes. »

BEbLiebert, {. c., p. 61.)

Et cependant tous ces meurtres n'avaient pas été accomplis par vendetta, mais pour ravir le bien d'autrui! Et ces cas sont encore assez fréquents en Albanie.

« Dans l’ombre du rocher de San Martino se dissimulait jadis un village aisé, qui était presque une petite ville. Plus de 300 familles turques s’y étaient installées; il est probable aussi qu'elles aient posé le premier fond de l'aisance qui règne aujourd'hui dans ce pays. Mais il ne faisait pas bon habiter la frontière de Merdita. En incendiant et en tuant, les hommes de Bib Doda se jetèrent sur la riche colonie turque, dévastèrent la colonie et chassèrent ses habitants. Seul un certain nombre de tombes turques témoigne encore aujourd'hui que là vivaient dans le temps des disciples du prophète. » (Siebertz, /. c., p. 123.)

Dans la vallée de ces « sur-voleurs » — nom

caractéristique! — les Miridites volent aux

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gens la chemise qu'ils portent sur le dos.

« Le brigandage était considéré autrefois chez les Malzores comme une industrie fort chevaleresque. » (Siebertz, p. 80.)

Steinmetz parle longuement de la grande désorganisation de la vie publique à Merdita. Il rapporte que le « brigantagio » fleurit à Merdita et que les Mirdites sont connus comme de fameux brigands. Ils infestent la route com= merciale de Scutari à Prizren qui longe leur frontière du nord, la barrent souvent pendant des semaines à toute circulation, se pillent les uns les autres, mais exercent de préférence une activité de brigands de bétail sur le littoral. Au han de Kalimatchi, Steinmetz vit un garçon de quinze ans à peine qui, une semaine auparavant, était descendu dans la plaine avec deux camarades du même âge pour ravir du bétail, et qui avait à cette occasion tué le propriétaire du troupeau par un coup de fusil. « Naturellement — ajoute Steinmetz — de pareils crimes restent entièrement impunis, car les habitants de la plaine ne se hasardent pas dans la montagne,

et les Turcs n’osent même pas mettre le pied

ch,

dans la Merdita. » (Cité par Siebertz, p. 126.) Lorsque Steinmetz voulut aller à Lourya Eper, il ne put d'abord avoir aucun guide. Le maître de la maison déclara d'une façon péremptoire que ni lui ni aucun membre de sa famille ne pouvait l'accompagner, puisqu'il devait du sang à Lourya Eper. Et rien ne put décider les deux autres Louryanais présents, puisqu'ils avaient, eux aussi, à craindre des yengeances sanglantes. Des 300 familles de la tribu pas moins de 250 sont en querelle de sang les unes avec les autres. Dans aucune autre partie de l’Albanie on ne voit si peu d'hommes dehors ; ils se gardent, à l'abri de leurs maisons, de la balle du vengeur!.

«En passant — continue le même auteur — devant une Koula, nous fùmes invités par la fenêtre à entrer. J'acceptai avec d’autant plus d'intérèt que le missionnaire m'avait annoncé auparavant, que cette famille depuis des années déjà était « n’dchak », « dans le sang ». J'étais Surpris de constater la sévérité et les conséquences de la séquestration qu’impose la ven-

detta. À l’étace supérieur deux hommes nous 5 P

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