Voir Steinmetz, L. e., p
reçurent, à qui un teint blafard donnait l’aspect | de forçats. Depuis douze ans les deux frères | n'avaient quitté leur Koula. » (Steinmetz, p. 11
« Dans le presbytère de Brnje nous étions | assis devant l’âtre avec un voisin qai s'appelait | DZok Kara. C'était un personnage intéressant: Il avait tué neuf hommes, dont un de sa propre tribu. Pendant dix ans il avait vécu à Matja
dans un exil volontaire et n’était rentré qu'après
la mort d'un de ses fils tué par la famille ennemie. Son récit fut interrompu par un messager qui venait chercher le missionnaire chez un mourant à Sfogou, endroit éloigné d’une heure. Ce n’est que tard dans la nuit que le prêtre rentra profondément bouleversé: Depuis des années les hommes d’une famille qui devait du sang n'y avaient quitté leum Koula, jusqu à ce jour où un d’eux, qui n’était même pas l'assassin, s'étant éloigné de quelque pas de la maison pour guetter une vache, avait rencontré par hasard celui à qui incom-= bait la vengeance; sur-le-champ celui-ci avait tiré sur lui et l'avait blessé mortellement au bas-ventre. Le vénérable père accepta comme faible consolation que désormais le vieux
crime était expié et que la famille en même temps que celui qui l'avait chargée de la dette de sang était libérée de sa captivité. » (Steinmeiz, l° c., p. 18.)
Lorsque enfin Steinmetz eut trouvé un guide pour la Lourya, il décrit les aventures de ce voyage de la facon suivante :
« Nous partimes le 21 août, mais ne pümes pousser bien loin. À peine avions-nous, après avoir traversé une côte doucement inclinée et recouverte d'herbe, commencé à monter la pente escarpée et boisée de la Kounova, que nous fûmes arrêtés par des cris très forts et pénétrants, venant d'un champ éloigné, et qu'on nous demanda ce que nous avions l'intention de faire là-haut. Notre réponse que nous voulions visiter les lacs fut suivie d’un ordre de retourner. Nous ne l’écoutâmes pas et continuâmes à monter. Mais on commença à bouger derrière nous. Nous entendimes des cris de-ci et de-là, et bientôt nous vimes de différents côtés des hommes armés nous suivre en courant. De nouveau nous fûmes invités à descendre et cette fois on menaca de tirer sur nous. Comme toute résistance aurait été
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absurde, nous décidâmes, après une ‘courte délibération, de céder. Sur le pré un groupe
d'hommes qui gesticulaient violemment nous
attendait déjà; un d’eux surtout se mit à crier
contre nous d’une façon si farouche que je.
m'attendais à tout moment à une rencontre
sanglante. Ce que nous cherchions là-haut? Que
voulait donc cet étranger à Lourya? Peut-être.
même lever les trésors enfouis là-haut? Cela,
on ne le concéderait jamais de la vie; les trésors.
appartenaient aux Louryanais! Des questions et des cris pareils mugissaient autour de nous,
mêlés de malédictions et de menaces, de toutes
parts, lorsque nous nous dirigeèmes vers
l'église qui était proche, protégés par le prêtre de l'endroit qui cherchait à tranquilliser la bande excitée. Le missionnaire de Roubigou et moi respirâmes de soulagement, lorsque nous fermâmes la porte du presbytère derrière nous. Les Louryanais s’assirent sous un arbre près de l'entrée et s’égosillèrent en devisant tapageusement sur notre témérité. Le curé resta avec eux. Lorsque la tempête se fut apaisée un peu après un certain temps, il rentra pour me faire connaître le résultat de ses efforts. Sur sa
déclaration qu'en vieil ami j'étais venu lui rendre visite, on lui avait déclaré nettement que je pouvais rester dans la maison de mission aussi longtemps qu'il me plaisait, mais que toute autre tentative de visiter les environs serait empêchée par la force. Plus tard deux Louryanais qui déjà auparavant avaient été les plus tranquilles entrèrent aussi dans la chambre et discutèrent très raisonnablement cette affaire. Ils prétendirent que notre excursion aurait été, en haut aussi, exposée à des périls, puisque les Louryanais s’y querellaient sans cesse avec les Sélitanais. Comme pour confirmer ce qu’ils venaient de dire un homme entra brusquement, sans haleine, tellement il avait marché vite, et raconta qu'il venait de tuer, il y a deux heures, un Sélitanais sur la Kounova. En rentrant de sa chaumière il avait aperçu quatre Sélitanais dont les mouvements précautionnés lui faisaient soupconner qu'ils étaient en expédition de brigandage. Il les avait suivis en se glissant à
l'abri des haies et des champs et envoyé à l'un
deux une balle dans le dos, lorsqu'ils s'étaient
larrêtés au-dessus d'un petit bassin pour épier
‘un petit troupeau louryanais qui passait en bas. |
88 LÉSVALBANATS:
Les brigands ainsi surpris par derrière avaient riposté aussitôt par des coups de fusil, mais notre homme s'était échappé sain et sauf &t venait maintenant alarmer la vallée, puisqu'on pouvait s'attendre à des représailles de la part des Sélitanais. » (Voir Steinmetz, p. 57, 58)
La situation intérieure à Selita correspond à celle des tribus voisines. Au dehors on $e manifeste, ici aussi, par des expéditions de brigandage. Mais celles-ci sont plus rarement dirigées vers le littoral; leurs principaux buts sont plutôt la riche Matya, qui s'étend si commodément au pied des montagnes de Selita, @t le paysage de Reka. Tandis que les BSkasia= nais n'ont pas peu de respect des Matyanais, ceux-ci, de leur côté, craignent les Sélitanais qui comme la foudre foncent sur eux de leur désert rocheux. Et de même que les Zadrima n’osent pas aller reprendre à la Mirdita ce qu'on leur a enlevé, de même aucun Matyanais n'ose mettre le pied dans Selita. Il arrive même assez fréquemment qu’on engage dans la Matja des Selitanais ou des Ksélanais pour exécuter la vendetta sur des hommes de la même tribu.
Vraiment admirables sont les expéditions de
brigandage dans la Reka. Quand on les entend raconter on s'étonne quelles soient inconnues en « Europe »; on s'imagine être hors de notre continent ou dans les temps fabuleux du passé. Reka est le paysage à l’est du Korab et de la Desat planina qui le séparent de Dibra. Sa population est presque exclusivement bulgare (?). En été les merveilleux pâturages de ce vaste plateau sont animés de nombreux troupeaux. Cette richesse en bétail et le caractère peu belliqueux des Rékanais incitent les Sélitanais à de toujours nouvelles expéditions. En grandes bandes, jamais audessous de 50, le plus souvent réunis à 100 ou 200 hommes, ils marchent généralement secondés par les Louryanais, pendant plusieurs nuits. Se cachant le jour dans les forêts, ils passent inaperçus, monts et vaux, traversent le Drin noir et escaladent la paroi de rochers du Kirab couverte de neige étermelle et arrivent dans le territoire de Reka, y lenlèvent d’un seul coup plusieurs milliers de brebis et de chèvres et emmènent aussi les
bergers jusqu’au delà du Drin, pour que la
chose ne s’ébruite pas avant qu'ils aient quitté
la Reka. Les quelques ponts qui couvrent le Drin et qu'il faut passer avec les troupeaux, sont occupés de postes militaires, 1l est vrai; mais que peuvent ceux-ci contre le nombre écrasant de ces hommes décidés et bien armés? La bonne réussite de l’expédition est fêtée à la maison par des salves de joie et des festins. Ensuite on procède à la répartition du butin. De temps en temps une expédition échoue, si le pays envahi est alarmé à temps. Aïnsi, six semaines avant mon voyage une bande de brigands forte de cent hommes était revenue les mains vides et les têtes sanglantes. Elle prétendait qu’elle avait déjà enlevé à Reka 10 000 chèvres et brebis et fait prisonniers vingt bergers; mais l’énorme quantité de bétail avait attardé le retour, de sorte que les Rekanais avaient pu rassembler 500 hommes et rejoindre les brigands.
Les tribus des montagnes de l’ouest sont appelées « dzim s'egra » (gens sauvages). Mo même je ne pus avoir, dans le temps, aucun guide pour m'y conduire.
Grand fut mon étonnement d'apprendre la façon dont les riches exploitent les pauvres
dans ce pays fermé à tout trafic. Ils prêtent de l'argent au taux excessif de 5 p. 100 par mois, c’est-à-dire de 60 p. 100 par an. Pour de petites sommes ils prennent comme gage mort un fusil, un revolver, une vache, etc., pour de plus grandes un pré ou un champ qui leur échoient si le terme de payement nest pas observé. Si la valeur du gage dépasse la somme prêtée, le créancier n'insiste pas sur le payement, mais joint les intérêts et les intérêts des intérêts au capital, le débiteur ne pouvant très souvent pas remplir ses obligations, jusqu'à ce que la dette qui s'accroît vite atteigne la valeur du terrain, qui est ensuite enlevé au débiteur avec l’aide d'amis. Dans un cas par exemple, quelqu'un, pour une dette primitive de 30 piastres (10 K.) dut donner un grand terrain, la dette s'étant accrue en peu d'années à 10 tchesses (1000 K.).
Les Ksélanais incendient le littoral. Dans le temps cette industrie était particulièrement florissante. Souvent 50 à 100 hommes se réumirent pour ces incursions. Maintenant elles
mont plus lieu qu’en petites bandes. C'est que
le gouvernement turcayantreconnu qu'avec des
gendarmes étrangers on ne pourra mettre un frein à ces brigandages, a pris des Ksélanais comme « zapties » à ses services, lesquels sont naturellement initiés aux endroits d’incursion et aux ruses de leurs compatriotes. Ils tiennent occupées, avec des détachements de troupes régulières, qu'on leur a adjoints en nombre supérieur, les issues des défilés dans la plaine. Mais même cela n’est pas un moyen radical, puisque les gardiens aussi qui ont leurs familles à Ksela, ont à craindre la vendetta. Par conséquent, les rencontres sont rarement sanglantes. D'habitude ces rencontres entre la gendarmerie et une bande d’envahisseurs se déroulent de cette façon que les zapties et les soldats, qui n'aiment non plus risquer leur vie, commencent de loin déjà à tirer en l’air, pour que les brigands puissent se mettre en süreté à temps, ce qui est d'autant plus facile que ces expéditions n'ont lieu que dans la nuit. Revenus au quartier, soldats et gendarmes fanfaronnent sur la bravoure de leur attaque et le grand nombre de coups de fusil échangés.
À l'intérieur linsécurité est encore plus grande qu'à BSka$i. Les habitants d’une com-
mune ne sont plus sûrs dans la commune | voisine. Des attaques à main armée ont lieu, où l’on ne craint même pas les complots et les guets-apens. Îl est prudent de ne pas perdre
de vue celui qu'on rencontre, même quand il a
| passé. Le nombre de ceux qui par crainte de la vengeance ne quittent pas la Koula est parti-
eulièrement grand à Ksela.
En nous rendant à la Koula éloignée d’un quart d'heure de mon nouvel hôte Dzin Kol
Kola, nous fûmes accompagnés de deux jeunes gens, qui éclairaient le terrain devant nous en
tenant leurs fusils chargés, et DzZin lui-même
regardait attentivement et continuellement de tous les côtés. Je connus plus tard la raison de cette vigilance. Din avait tué deux voisins pour des querelles de propriété et se trouvait pour cela doublement « dans le sang ».
L’isolement de Dzin ramenait très naturellement la conversation très souvent au triste état de choses régnant à Ksela. De toutes ses communications nous allons citer ici un événement qui me fut également raconté plus tard par le missionnaire. Au village de Mrena appartenant à la paroisse de Perlatay, village éloigné de
trois quarts d'heure de l’église, un jeune homme fut tué par un coup de fusil. Sur ce, son frère réunit quinze amis et attaqua avec eux les domestiques de l'assassin qui travaillaient au champ; ils en tuèrent quatre et en blessèrent
sept. Ce massacre qui mit un grand nombre de
familles dans le deuil, occasionna une excita-
tion et une confusion énormes dans toute la
commune. Personne n’osait sortir de sa Koula et personne du dehors n’osait mettre le pied dans ce pays avide de sang. Le jour et la nuit les partis ennemis se tiraient des coups de fusil de leurs maisons. Cet état de choses si préjudiciable à toute la situation économique du pays dura jusqu'à ce que l'assassin d’auparavant et le vengeur nouveau réussissent à tuer l’auteur du massacre. Alors on conclut avec l’aide du missionnaire un armistice d’un an, qui au
moment de mon séjour à Perlatay durait
encore et n’expirait qu'en novembre. L'affaire
ne sera terminée que le jour où neuf autres
hommes seront tombés, puisque des onze dettes
de sang deux seulement étaient réglées.
Eu cours de route nous eûmes la société de
deux Ksélanais très déguenillés qui prirent place