Chlumecky, p
du travail désintéressé et civilisateur, accompli par l'Italie dans un esprit albanais national.
San Giuliano décrit ouvertement la profonde impression qu'il a ressentie lorsque lors de sa visite dans une de ces écoles à Scutari « sous les accords de la marcia reale tous ces enfants étrangers se levèrent en chantant : Viva l'Italia e Viva il Re ». (Lo stato dell’ Albania e il compito dell, Italia, Giornale d'Italia, 23 juillet 1902.)
Les écoles autrichiennes sont sans exception de nature purement confessionnelle.
« Combien est puissante l'influence des consuls pour la fréquentation des écoles italiennes, nous le déduisons du fait, qu’une vacation de plusieurs mois du consulat italien à Durazzo pendant l’année scolaire de 1905-1906 eut pour conséquence une baisse du chiffre des élèves de 70 à 40. » (Chlumecky, p. 165-166.)
Mais la lutte entre les puissances alliées en Albanie n’est pas restreinte à l'Église et à l'École. Elle passe avec une violence toujours croissante sur le domaine de l’économie nationale, qui aujourd'hui détermine toute politique.
À première vue il semble douteux qu’on puisse en général parler d'une économie nationale en Albanie, dans un pays où il n’y a même pas encore de routes. Même le grand admirateur des Albanais, le baron Nopesa est obligé de dire, à propos des chemins en Albanie : « La communication entre les deux endroits est appelé chemin, euphémisme qu’on peut payer de sa vie. » (Nopesa, /. c., p. 70.)
Pour ce qui concerne l’état des routes en Albanie, les paroles avec lesquelles les autochthones se saluent en se rencontrant dans la montagne sont significatives :
€ À keni mujt? » c'est-à-dire : l’avez-vous pu? est la question, et « Po, kadal, kadal »
c'est-à-dire : oui, lentement, lentement (nous l'avons pu) est la réponse. (Voir D' Siebertz, PICEAD 220)
Un gué conduit à travers le Drin à Duëmani.
Autrefois on entretenait ici un bac, mais lorsqu'une querelle sanglante éclata entre Dousmani et Beresa, on se persuada qu’un
LES ALBANAIS. ur,
pareil instrument de communication avait aussi ses désavantages et l’on brisa le bac en petits morceaux. Mais peu à peu le besoin d'en avoir un se fit valoir, et il a été remis plus tard ; mais lorsque j’arrivai au Drin en 1905 et que je voulus aller à Dousmani, je dus passer le fleuve à gué : le nouveau bac avait, après une courte existence, à cause de nouvelles difficultés, partagé le sort de son prédécesseur et avait été expédié en morceaux dans le Drin.
On se sert pour traverser les fleuves de bacs en peau de chèvre. (Voir D' Siebertz, L. c., p. 4, à pt 0.)
Une traversée des pays montagneux d'Albanie exige de-la part du voyageur une force de résistance physique et psychique vraiment surhumaine.
Parfois le voyageur est forcé de traverser certains fleuves « sur des passerelles très périlleuses, confectionnées simplement avec des entrelacs de verges ». (Nopcesa, L. c., p. 10.)
Sur de pareils chemins l'exportation du plateau albanais doit être amenée dans la plaine et à la côte, et à de pareilles communications il
faut confier l'importation autrichienne et ita-
lienne dans toute l’Albanie, et malgré cela la. lutte commerciale sévit entre les alliés.
De quoi s'agit-il dans cette lutte ? |
Y at-il des trésors à déterrer en Albanie?
En réalité l’Albanie fait partie des pays les plus pauvres de l’Europe.
.. À Merdita le taux pour les intérêts balance entre 40 et 60 p. 100.
On peut admettre qu'un homme avec un revenu annuel de 160 couronnes en moyenne peut subsister. (P. 149.)
Le pays montagneux de l’Albanie du Nord produit beaucoup moins de maïs qu’il n’en consomme; 1} est donc réduit aux achats dans la plaine bien cultivée de Scutari. Comme d'’ailleurs cette plaine de Scutari doit nourrir outre une grande partie de l’Albanie une partie considérable du Monténégro qui est encore bien moins fertile, une mauvaise récolte dans la Cerna gora est accompagnée de la réaction la plus désastreuse en Albanie.
À Mnela les marrons sont moins chers que le maïs; on ne connaît pas les pommes de terre dans toute la Malciya.
Abstraction faite de la stérilité du sol dans la
fi
Malciya, la cause de l'état primitif de l’agriculture en Albanie est à chercher dans l’état général où se trouve le pays. On ne peut pas cultiver les champs avec succès le fusil chargé sur les épaules ou avec les seules forces des femmes. Malgré cela on abandonne toujours plus, dans de nombreuses contrées, l'élevage du bétail et on passe à l’agriculture si pauvre en rendement. La conséquence en est une pauvreté qui augmente rapidement en produisant un effet angoissant sur le spectateur. Cette pauvreté est vraiment prodigieuse.
Le système d’assolement est inconnu dans la Malciya; il est impossible de labourer le sol très profondément, on n’engraisse presque pas du tout, et si l’on a réussi, par une irrigation constante, à tirer quelques épis du sol, on ne sait encore toujours pas si une moisson sera possible, une querelle souvent rapidement ourdie entre deux tribus pouvant détruire en peu d'heures le travail de beaucoup de mois.
C’est pourquoi beaucoup de familles des tribus des Chkrelis, Hottis et Klementis, qui habitent des territoires particulièrement pauvres ont
émigré dans la fertile Zadrima; mais là non
plus il ne leur est possible d’arriver à une réelle ; aisance à cause du voisinage de 30 000 Mirdites pauvres et en grande partie endettés, et qui pour cela, d’après Nopesa « ont une assez forte propension au brigandage ». A cause de la grande pauvreté de leur pays beaucoup d’Albanais se voient obligés d’émigrer s'ils ne préfèrent s'engager comme ouvriers des champs en Grèce et en Roumanie pendant les mois d’hiver. Mais il est aussi arrivé souvent, que des tribus entières des pays de la montagne se sont cffondrées sous le poids de leurs dettes, puis, en renonçant à leurs terres’ se sont réfugiées dans la Metochie pour s’y créer une nouvelle existence comme fermiers et ouvriers. Beaucoup d’Albanais ont émigré dans le territoire d’'Ipek- Prioren et y ont formé une colonie catholique qui doit compter 2 000 hommes.
Steinmetz écrit : « J'en vis plusieurs qui n'avaient même pas une chemise à mettre; mais tous avaient des fusils et des cartouchières. » Et le baron Nopcesa constate que les Malzores n'ignorent pas qu’on monte parfois une longue-vue sur des armes de précision,
mais qu'on ne s'était par exemple pas encore
rendu compte dans ce pays comment il fallait préparer un convenable fromage de lait de brebis.
« Le géologue Nopcsa confirme que les gisements de cuivre, de plomb, d’arsène et d’asbeste qu'il rencontra en Albanie semblent promettre très peu de chose. » (Cité par Siebertz, PRetn100
« Les habitants de la montagne ne vont que très rarement à la pêche, de même qu'ils ne vont pas à la chasse, quoique le fusil soit toujours, chez eux, à la portée de la main. »
(DESrebertz, L2c7,p..29)
« Les forêts seraient la seule, et la très grande richesse du pays, s’il y avait possibilité denlestexploiter pe{Sriebertz ue ,*p: 4907)
« Oui, ici l’on peut encore parler sans exagération de forêts d’une étendue de plusieurs journées, auxquelles la lache de l’homme n’a pas encore touché... Quelles masses de bois, quelles valeurs pourrissent ici chaque année! » (Siebertz Né r p.197)
« Le chemin conduit à travers une superbe forêt de sapins. Je n'avais encore jamais vu un
si beau peuplement en arbres conifères; pen-
dant un quart d'heure de gigantesques tiges sortent en rangs serrés et toutes droites de la” pente très rapide et sans taillis. Elle s’étendait devant moi dans sa virginité séculaire et nulle part on ne put apercevoir une trace humaine. » (Steinmetz, {. c., p. 49.) |
« C'est ainsi que ce pays laisse perdre des millions dans ces forêts de chênes, de bouleaux et de sapins, dont on devrait abattre une bonne partie abandonnée à la pourriture. » (Steinmetz, LILIOMESS
Cependant il n'en est pas partout ainsi en Albanie. Le médecin D' Siebertz a remarqué une exploitation de ces richesses par les Albanais. Sur la route en dessus du village de Chouma (en serbe ce mot signifie : forêt) il a eu une vue désolante de squelettes d’arbres.
« Les Albanais abattent tous les ans les branches de chênes pour sécher les feuilles qu'ils donnent à manger au bétail pendant l'hiver. » (D: Siebertz, L. c., p.32.)
Dans la tribu de Nikay les Albanais dévastent de superbes forêts de bouleaux, rien que pour avoir des pacages. Personne d’autre que le baron Nopesa relate le fait suivant :
« Tandis qu'à Scutari une charge de cheval de misérable bois vert coûte dix piastres, on dévaste, à une distance de 40 kilomètres de là, de superbes forêts de bouleaux. Les incendies de foréts (à Nikay) m'empèchèrent pendant trois jours de photographier. » (Nopcsa, [/. c., p- 29.)
En Albanie l’agriculture est à un degré trés bas. Les habitants sont en majeure partie éleveurs de bétail (de chèvres, de brebis, de chevaux de la montagne), nomades qui passent l'été dans la montagne tandis qu'en hiver ils descendent dans les plaines de la côte. Seuls, les Mirdites restent généralement toute l’année à la maison, tandis que les Klementis de l’Albanie du Nord passent l'hiver au fleuve Maty et les Zinzares de Pindos dans la plaine d’Avlona.
Ce n’est que sur La côte de l’Albanie qu’on fait du commerce. L'endroit de commerce Île plus actif est Skadar, dans l'Albanie du Sud Preveza qui, dans les années de 1880 à 1890, exporta pour trois millions et importa pour cinq millions. À Skadar l'importation s'élevait à trois millions et demi, dont deux tiers
venaient de l’Autriche-Hongrie; mais dans ces
derniers temps les Italiens ont refoulé le commerce autrichien *.
« Alors, il y a de cela dix ans — dit le baron de Chlumecky — la position commerciale de l'Autriche-Hongrie était dominante, les sympathies pour la monarchie prépondérantes. »
(Chlumecky, L. c., p. 160.)
Cela est aussi confirmé par Stfeinmetz :
« Nemtzia (l'Autriche) est à l’intérieur du pays un mot courant, de l'Italie on ne connaît même pas le nom. Et cet état de choses ne changera guère dans les prochains temps, surtout depuis que la monarchie a enfin pris la sage décision d'arrêter que les franciscains albanais n’étudieraient plus en Italie, mais, tant qu'ils ne sont pas formés au pays même, en Autriche, généralement à Lankovitz en Styrie et à Innsbruck. Et le peuple sait que ses prêtres sont dans la Nemtzia formés pour leur vocation dans leur pays, il sait par qui ils sont secondés plus tard, et il sait que la Nemtzia lui construit et lui entretient les églises, et que les consuls de la monarchie le soutiennent. Les mahomé-
1:21) "ANIK0 Zupanié (K. Gersin), Alt.-Serbien u. Albanien, Vienne, 1912, p. 35.
tans de l’Albanie du Nord sont séparés de la côte et des efforts italiens par la zone catholique et sont par conséquent exposés en première ligne à l'influence de leurs voisins amis de l’Autriche. » (Steinmetz, {. c., p. 11.)
Aujourd'hui, cela a changé.
« Aujourd'hui — gémit le baron de Chlumecky — nous avons le sentiment de nous trouver dans un pays entrain d'être complètement italianisé et partout nous sentons un courant d'une tension extrème qui nous est hostile, un courant qui traverse et retraverse le canal d’Otranto. Il est triste, et nous sommes obligés de l’avouer à notre très grande honte, que nous ayons été nous-mêmes ceux qui ont posé le premier germe et le plus fertile de l'italianisation de l’Albanie. Le droit, qui par de nombreux contrats nous était dévolu, du protectorat catholique en Albanie, était exercé en première ligne par des contributions à des constructions d’églises, par la dotation ou la subvention du clergé, par la fondation et l’entretien d'écoles confessionnelles et d'institutions religieuses. Et l’Autriche-Hongrie ne
pouvait pas venir au secours de cetle popu-
136 LES VATLEXNATS:
lation d’une façon plus généreuse et désintéressée, qu'en protégeant son bien le plus cher, sa foi, qu’en lui donnant le prêtre, qu’en lui créant des maisons de culte et en dirigeant l’éducation du prêtre de la façon, profondément religieuse, que désirait le peuple lui-même. Mais fallait-il absolument le faire d'une facon à nous faire paraître comme les pionniers de l'Italie? Était-il nécessaire que nous fussions juste ceux qui ont enseigné la langue italienne aux Albanais, et rien que celle-là, était-il nécessaire d’envoyer juste des . missionnaires italiens et des prêtres italiens dans ce pays? — L'expansion de la connaissance de l'italien jusqu'en Vieille-Serbie dut avoir, naturellement et comme automatiquement, l'effet d'une propagande italienne; nous avons labouré le sol dans lequel l'Italie a jeté sa semence. » (Chlumecky, {. c., p. 160-162.)
Victor Bérard écrit sur l'activité de l'Italie à Durazzo :
« Les vaisseaux italiens et les intrigues italiennes ont réveillé cette ville morte à la vie. Les vaisseaux entrent deux fois par jour. Les intrigues ne sont un secret pour personne et on
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