partie par la démonétisation de ses titres
1. Charles Loiseau, Revanche des Balkans, La Revue de Paris, du 1°’ déc. 1912.
Il semble incroyable pour le xx° siècle, et| pourtant il paraît que c’est vrai que cette politique étrangère, fausse et hostile à l’État est inspirée par les 7ésuites.
Elle est dénoncée par beaucoup de bons Autrichiens dans la presse autrichienne même comme excitalion jésuitique à la guerre.
« Les jésuites ont été honteusement joués dans la question orientale. Au lieu de la croix romaine, la croix « schismatique » sera plantée sur la mosquée de Sainte-Sophie à Constantinople. La Russie, première puissance du christianisme schismatique, pourra en profiter pour agrandir la sphère de son influence sur les Balkans. C'est à cause de cette possibilité que le jésuitisme cherche à irriter l'Autriche-Hongrie contre la Russie, et d’un autre côté à appeler l'Allemagne au secours de la monarchie du Danube, quand commencera la grande danse qui dégénèrera en une guerre européenne, uni-
verselle. »
« C’est ce but que servent en première ligne les articles d’irritation de l’Internationale noire en Allemagne et en Autriche. Mais Maximilian Harden également, le fameux éditeur de la revue berlinoise hebdomadaire Die Zukunft est au service de cette excitation méthodique des jésuites à la guerre. Ses expositions à propos d'une conférence faite Le 10 novembre à Vienne le font voir très clairement. Elles concordent exactement dans leurs idées fondamentales avec les déclarations de la presse jésuitique. Maximilian Harden exposa entre autres que la Russie et la France ne pouvaient pas hasarder une guerre, la Russie ayant besoin d’un an et demi pour mobiliser, et la France n'ayant mème pas de poudre. La France aurait voulu acheter de la poudre au Wurtemberg, à n’importe quelprix. Mais le gouvernement wurtembergeois aurait expressément défendu de la fournir. Harden dit à la fin : Je ne crois pas que cette guerre universelle vienne, si l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne, qui ensemble sont en état de mettre sur pieds six millions de parfaits soldats, montrent qu'ils ne fuient pas lâchement une
guerre.
Dans un sens analogue la feuille jésuitique Das Katholische Deutschland écrit :
«Mais l'Autriche n’a pas le droit d’être oisive, et elle ne le sera pas. Elle a déjà déclaré ne pas vouloir tolérer que la Serbie mette la main sur le Sandjak de Novi-Bazar qui, en somme, devrait être autrichien depuis longtemps, — et elle prendra donc ce petit pays. Comme les troupes de l'Autriche sont prêtes, la promenade ira peut-être à Constantinople, et nous ne disons qu’une chose : Vive l'Autriche! Qu’une bonne fois ces Turcs délabrés, qui en plus de leur sordide islam sont encore devenus des francs-maçons, soient chassés de l’Europe!
Constantinople au christianisme occidental‘!
Que l’Autriche règne en arbitre entre les États balkaniques — à quoi elle est destinée comme aucun autre État ne l’est — qu’elle ait la gloire de planter encore une fois la croix catholique sur l’église de Sainte-Sophie. Elle l’a vraiment mérité par la lutte sanglante qu'elle a menée pendant des siècles contre les musulmans, ces destructeurs de toute culture. Donc, vive l’Au-
1. Quel christianisme? Le christianisme jésuilique, ou luthérien, ou helvétique ou anglican ? — La Rédaction.
triche et bonne chance! Ne t'inquiète pas :
l'Angleterre a peur de nous, la Russie a peur d’émeutes, la France a de la poudre détériorée et n’en a pas encore inventé de nouvelle. Et l'Allemagne est derrière toi! Maintenant ou jamais il faut troubler la fête à la Russie. »
Là-dessus, l’AlUldeutsche Tageblatt de Vienne fit la remarque suivante :
« Non, il n’en fut pas ainsi; car l'État de slavisation que l'Autriche est devenue avec l'aide de l’église romaine et de ses instruments politiques a perdu la capacité politique de jouer le rôle, que lui assignaient les ultramontains, du champion romain contre l'Est et contre l'Islam en Europe. Le « sordide islam » est humilié, mais non par les corps d'armée de l'empereur catholique de l'Europe, qui fut proclamé à Vienne par les ultramontains après le congrès eucharistique, mais par les Slaves des Balkans schismatiques, derrière lesquels se range, avec toute sa sympathie, tout le slavisme de la monarchie du Danube. La politique de slavisation en Autriche a dressé une barrière aux velléités de Grande Puissance que les gouvernants autrichiens laissaient si volontiers
errer au delà des frontières de la monarchie, une barrière par-dessus laquelle ils ne pourront plus tendre la main. Rome eut sa part active dans cette politique de slavisation en Autriche, et l'ironie des événements politiques, dont nous sommes les témoins, voulut que l'effondrement de l’islamisme, cet ardent désir des ultramontains, devint en même temps l'effondrement de leurs espoirs par rapport à l'établissement d’une hégémonie romaine aux Balkans contre le schisme. Et que ce serait beau — espéraiton! Dans le même numéro de la feuille qui voulait voir la croix catholique plantée sur l'église de Sainte-Sophie à Constantinople contre le schisme en Russie et contre l'islamisme, fut publiée l’élucubration poétique suivante, produit de la folie jésuito-romaine d’une
domination universelle :